Un Noël à Damas

Correspondant au Liban pour CrossWorlds, Nicolas s’est rendu à Damas pour Noël. 

Crédits photos de l'article - Nicolas.

Les rues aux couleurs de la Syrie. Crédits photo: CrossWorlds/Nicolas Hrycaj.

 

A la célébration du 25 décembre dans la cathédrale orthodoxe de Damas, Ahmad Badreddin Hassoun, le grand mufti de Syrie et responsable spirituel du sunnisme dans le pays, appelle à la tolérance religieuse. Lui va « autant prier dans une église que dans une mosquée« , me dit-il, tout en appelant à l’ouverture et à la paix entre les religions. Il rajoute qu’il préfèrerait voir la Mecque et Jérusalem détruites plutôt qu’un enfant pleurer. En cette période de Noël, et en pleine guerre civile, il est frappant de voir l’incroyable coexistence entre ces deux religions du Livre présentes dans la capitale, qui accueille aujourd’hui les trois quarts de la population syrienne (les chrétiens représentant environ 10% de la population). Cette tolérance religieuse est surtout vraie entre chrétiens et sunnites et s’explique peut-être par l’âge de la Syrie, vieille de plusieurs millénaires, alors que le christianisme n’a que 2000 ans, et l’islam 1500.

Le grand mufti de Syrie, Ahmad Badreddin Hassoun, responsable de l’islam sunnite dans le pays.

Le grand mufti de Syrie, Ahmad Badreddin Hassoun, responsable de l’islam sunnite dans le pays. Crédits photo: CrossWorlds/Nicolas Hrycaj

 

Dans la cathédrale orthodoxe, le berger côtoie le portrait des martyrs.

Dans la cathédrale orthodoxe, le berger côtoie le portrait des « martyrs » (soldats de l’armée régulière morts). Crédits photo: CrossWorlds/Nicolas Hrycaj

 

Dans la cathédrale orthodoxe, durant la cérémonie du 25 décembre 2013, avec les principaux responsables religieux du pays.

Dans la cathédrale orthodoxe, durant la cérémonie du 25 décembre 2013, avec les principaux responsables religieux du pays. Crédits photo: CrossWorlds/Nicolas Hrycaj

 

Damas est parmi les plus anciennes villes habitées du monde, fondée au IIIème millénaire avant JC,  elle s’est gorgée pendant des siècles de toutes les cultures qui s’y sont croisées. D’abord grecque et romaine (le plan de la ville et son orientation en sont typiques), puis berceau du christianisme à l’arrivée de Paul de Tarse, elle devient au VIIème siècle la capitale de la dynastie des Omeyyades (la grande mosquée des Omeyyades de Damas en est une de traces les plus raffinée) avant de se stabiliser comme carrefour économique et culturel, entre Asie et mer Méditerranée, entre la Mecque et l’Anatolie. Malgré la guerre civile, la ville garde sa richesse culturelle incroyable. Si une bombe est tombée devant la grande mosquée il y a deux semaines, la vieille ville et la majorité des monuments n’ont pas encore été touchés – contrairement à Beyrouth, ville voisine ayant eu les mêmes référents culturels et où trente ans de guerre civile ont détruit les rues.

 

Dans la cour de la grande mosquée des Omeyyades.

Dans la cour de la grande mosquée des Omeyyades. Crédits photo: CrossWorlds/Nicolas Hrycaj

 

Le souk de Damas est resté authentique. En comparaison, celui de Beyrouth accueille désormais des magasins de luxe.

Le souk de Damas. Crédits photo: CrossWorlds/Nicolas Hrycaj

 

A Damas, les habitants se déclarent syrien avant tout : la fierté pour leur pays passe avant leur religion. Et en l’occurrence, cela se traduit aussi dans les attaques des milices: paradoxalement, les chrétiens d’Occident pensent souvent que leurs frères d’Orient sont une cible privilégiée, ceux-là n’ont pas cette impression, explique le patriarche orthodoxe, Jean X d’Antioche.

Dans une salle du patriarcat .

Dans une salle du patriarcat. Crédits photo: CrossWorlds/Nicolas Hrycaj

 

Noël n’est visible que dans les quartiers chrétiens, où les habitants préparent parfois des décorations.

Cérémonie de Noël dans une école de la capitale.

Cérémonie de Noël dans une école de la capitale. Crédits photo: CrossWorlds/Nicolas Hrycaj

 

Dans un quartier chrétien, des habitants préparent des décorations de Noël.

Dans un quartier chrétien, des habitants préparent des décorations de Noël. Crédits photo: CrossWorlds/Nicolas Hrycaj

 

En haut, la cérémonie de Noël dans une école de la capitale ; en bas, une photo affichée dans cette même école.

En haut, la cérémonie de Noël dans une école de la capitale ; en bas, une photo affichée dans cette même école. Crédits photo: CrossWorlds/Nicolas Hrycaj

 

Ce qui est davantage frappant, ce sont les checkpoints, installés à chaque coin de rue. Les militaires fouillent et vident les voitures pour éviter armes et voitures piégées ; en conséquence, la ville est souvent plus ou moins paralysée par des files de voitures qui attendent de passer. En même temps, la pénurie d’essence dans la capitale force les habitants à prendre des transports en commun : une trentaine de personnes éparpillées au bord d’une route n’est pas une scène rare. Les damascènes continuent cependant de vivre et de sortir, mais on voit les souffrances qu’ils traversent.

Scène de rue habituelle : les damascènes attendent les minibus qui sillonnent la ville.

Scène de rue habituelle : les damascènes attendent les minibus qui sillonnent la ville. Crédits photo: CrossWorlds/Nicolas Hrycaj

 

Un policier syrien dans la rue à proximité du vieux souk.

Un policier syrien dans la rue à proximité du vieux souk. Crédits photo: CrossWorlds/Nicolas Hrycaj

 

Le malheur ne vient pas que des explosions : la vie quotidienne, du fait de la guerre civile, est devenue infernale. La monnaie est continuellement dévaluée (en trois ans, la livre syrienne a connu une variation de plus de 200%), le commerce a été extrêmement touché par les destructions des industries, obligeant aujourd’hui à importer. Les ressources sont limitées, les coupures d’électricité quotidiennes. Cependant, ce n’est rien par rapport à ce que subissent les villages de certaines régions beaucoup plus touchées que la capitale ou les zones de combat : les habitants n’ont ni eau, ni électricité et pas non plus d’essence. Une majorité des hôpitaux du pays sont détruits ; il y a deux semaines, un camion rempli d’explosifs a fait exploser le jeune hôpital d’Alep, inauguré il y a deux ans. De même, l’inflation se répercute aussi sur le prix des médicaments qui a triplé depuis le début du conflit. Du haut de sa colline, le palais présidentiel où Bachar el-Assad siège, domine la ville. Bachar el-Assad n’a pas besoin d’en descendre, l’armée contrôle les rues et un culte autour de sa personne y a été mis en place.

Soldat dans une rue de Damas, de nuit.

Soldat dans une rue de Damas, de nuit. Crédits photo: CrossWorlds/Nicolas Hrycaj

 

Enfant malade dans une salle de l’hôpital de Damas.

Enfant malade dans une salle de l’hôpital de Damas. Crédits photo: CrossWorlds/Nicolas Hrycaj

 

Dans une mosquée de la banlieue de Damas, convertie en dortoir pour une cinquantaine de personnes, majoritairement des femmes et des enfants.

Dans une mosquée de la banlieue de Damas, convertie en dortoir pour une cinquantaine de personnes, majoritairement des femmes et des enfants. Crédits photo: CrossWorlds/Nicolas Hrycaj

 

Dans cette même mosquée.

Dans cette même mosquée. Crédits photo: CrossWorlds/Nicolas Hrycaj

 

Dans cette même mosquée toujours.

Dans cette même mosquée toujours. Crédits photo: CrossWorlds/Nicolas Hrycaj

 

Vraisemblablement, l’environnement dans lequel j’ai vu Damas était complètement différent de ce qu’il était durant les deux dernières années. Tous les gens que j’ai pu rencontrer ont insisté sur le calme qui s’était installé depuis quelques jours ; au moment de repartir, les tirs d’artillerie et les arrivées de mortiers semblaient se réveiller et reprenaient leur rythme. D’ailleurs, une tentative de trêve de Noël dans la banlieue de la capitale a rapidement été brisée. Mais l’espoir de revivre ensemble me semble toujours présent en Syrie, malgré la guerre civile ; les gens sortent et tentent de vivre comme ils le peuvent.

 

Les filles d'un orphelinat en banlieue de Damas.

Les filles d’un orphelinat en banlieue de Damas. Crédits photo: CrossWorlds/Nicolas Hrycaj

 

Nicolas Hrycaj

2 réflexions au sujet de « Un Noël à Damas »

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