Le Danemark : la gloire de mon père ?

Mads (prononcer « masse ») et Sigrid (prononcer « Seal ») attendent un enfant. Il s’appellera Frederik.

S'il fallait représenter Sigrid et Mads... et si Frederick était une fille. Cliché d'une famille en joie. Crédits photo : Flickr/CC/amslerPIX

S’il fallait représenter Sigrid et Mads… et si Frederick était une fille. Cliché d’une famille en joie. Crédits photo : Flickr/CC/amslerPIX

On fantasme souvent l’exemple scandinave en termes d’égalité femmes-hommes. Les pays du Nord sont pris en exemple en ce qui concerne les politiques familiales et les congés parentaux, et en général à juste titre. Pourtant au Danemark, tout n’est pas si rose – et Sigrid s’en rendra vite compte.

Sigrid : maman présente et active

Elle a fait de longues études, elle a un bon poste. C’est une femme indépendante et responsable. Elle est enceinte de huit mois et vient de prendre son congé maternité. Elle ne s’inquiète pas pour l’argent : l’Etat lui rembourse son salaire pendant le mois qui précède l’arrivée de Frederik, et pendant les quatorze semaines qui la suivent. Mads et Sigrid peuvent se préparer sereinement à l’arrivée de leur fils, et ils savent qu’ils seront bien accompagnés pendant son enfance, et pas seulement financièrement. Le Danemark propose, par exemple, la présence d’un « visiteur de santé » pendant les dix-huit premiers mois de l’enfant. Celui-ci effectue environ 6-7 visites jusqu’aux 18 mois de l’enfant, afin de s’assurer de sa santé et son bien-être.

Mads et Sigrid sont heureux de fonder leur famille. C’est un élément très important de la vie des Danois. Même si l’Etat propose de nombreux services de garde d’enfants (64% des enfants de moins de trois ans sont gardés par une structure collective, ce qui correspond au taux le plus haut de l’Europe, contre par exemple 3% des Italiens d’après l’OFCE ) il est important pour le couple d’être proche de leur fils. L’UNICEF classait en 2007 les gosses danois parmi les enfants les plus heureux de monde, après les Néerlandais et les Suédois.  Pour veiller à l’épanouissement de leur enfant, c’est Sigrid qui restera à la maison. Mais elle sait que ce choix ne l’empêchera pas de reprendre normalement sa carrière. Et elle a raison : s’interrompre de travailler pour une femme, au Danemark, ne signifie pas renoncer à son ambition professionnelle. 79% des femmes danoises qui prennent un congé parental retournent travailler normalement après celui-ci, d’après une étude Eurofound. On pourrait dire que les Danoises ont le beurre et l’argent du beurre : une fécondité forte et une participation importante à la population active.

Un papa, une maman et 32 semaines de congé parental

Sigrid prépare la chambre d’enfant et sait qu’elle va y passer pas mal de temps dans les mois à venir. Seule, en général. Mads restera avec elle pendant les deux semaines suivant la naissance, puis il retournera au travail. Le congé paternité est rémunéré comme le congé maternité – à différencier du congé parental, qui s’additionne à ces congés nominatifs. Les deux parents peuvent le partager, mais Mads et Sigrid ont décidé qu’elle s’en chargerait seule. Les parents danois ont accès à 32 semaines de congé parentalpayé à la hauteur de leur salaire. En France, la mère a le droit à 16 semaines (pour les familles de moins de trois enfants), le père 11 jours, les indemnités étant égales aux gains journaliers de base. Les indemnités de l’Allocation Parentale d’Education s’élèvent à 500 euros. Sigrid va moduler son congé, n’en prenant qu’une partie à la naissance de Frederik – le reste est économisé pour servir jusqu’aux neuf ans de son fils.

Entre 1997 et 2002, les pères danois avaient deux semaines de « quota » dans ce congé. Les trente-deux semaines sont à partager entre les deux parents mais à cette époque, si les deux semaines n’étaient pas prises par le père, elles étaient perdues. Cette pratique n’est pas propre au Danemark : elle existe encore en Islande (où trois mois sont réservés aux hommes), en Norvège (dix semaines) et en Suède (huit semaines). Il s’avère que le quota est le seul moyen pour que les pères prennent effectivement une partie du congé parental, même dans des pays où les conventions de genre sont plus égalitaires.

Mads : un père comme les autres

Mads n’est pas l’homme progressiste et féministe que l’on fantasme parfois. Il est juste danois. L’intention politique des dispositions de congé parental au Danemark n’est pas d’encourager l’égalité des sexes, mais simplement d’offrir un choix libre aux parents. C’est à eux de décider comment ils répartiront la charge de l’éducation. Et pour Mads et Sigrid, comme beaucoup de Danois, il est naturel de laisser la mère s’occuper de son enfant. Dans le total de congés parentaux pris au Danemark, seul 6% le sont par les pères.  Alors non, Mads ne sera pas un père poule.

Frederik : pas encore né mais déjà indépendant

Frederik d’ailleurs n’aura pas besoin d’un papa omniprésent. Ses parents seront certes disponibles pour lui : les heures de travail sont moins nombreuses qu’en France, et plus flexibles. Le temps partiel est devenu un droit, pour tout type de conventions collectives. Mais surtout, l’Etat sera là pour lui, à travers des investissements massifs dans l’éducation ou dans les structures d’accueil, de la plus petite enfance à l’adolescence. Il bénéficiera de structures comme des crèches et jardins d’enfants puis il ira à l’école. Très vite, il grandira et Sigrid le voit déjà déménager et aller à l’université. Là-bas, il étudiera gratuitement, dans un appartement à lui, son indépendance financière étant garantie par les aides de l’Etat.

Si la réalité est un peu différente du mirage de l’égalité des sexes scandinave, Sigrid n’est pas pour autant acculée à son rôle de mère, tout comme Mads n’est pas coupé de la vie familiale. Les Danois sont avant tout libres de leurs choix, et si la situation des femmes est vraiment progressiste sur le marché du travail, la sphère familiale et l’éducation des enfants restent des domaines plus traditionnels.

Laure

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *