17 pays et des coups de pied dans les murs

CrossWorlds invite à regarder de nouveau ce que l’on croit déjà connaître en France. Pour ce premier regard croisé de notre quatrième édition, nous vous parlons des murs. L’édito ci-dessous présente les  articles de nos correspondants, qui seront publiés tout au long des mois de novembre et décembre.

La femme éteint sa télé en secouant la tête. C’est décidé, elle ne regardera plus les informations. Partout, des murs se dressent, séparent, déchirent. Depuis le 11 septembre 2001, on n’a eu de cesse de construire de nouveaux murs à nos frontières, tentatives désespérées pour se dire que l‘on a encore un peu de contrôle sur ce qui se passe chez nous. Dix ans plus tard, ce sont plus de 45 murs qui séparent les pays et les territoires, dit le Washington Post. Elle jette un oeil sur la photo de la chute du mur de Berlin qui décore son couloir. Finalement, c’est comme si on n’avait rien appris.

Des murs infranchissables ?

Bien sûr, ce n’est pas nouveau de vouloir délimiter son territoire. Crier au monde que l’on est puissant, regarder de haut l’extérieur, voir arriver l’ennemi de loin.

Mais qui chasse-t-on ? Ici, les pauvres s’entassent dans des appartements minuscules, dont les murs de fortune s’élèvent bien au-delà du simple foyer.

Là, les barbelés se dressent pour séparer les riches et les pauvres, sous couvert de protéger les puissants.

Plus loin encore, on veut construire de nouveaux murs, se protéger toujours, même de son voisin et ami. Le mur, majestueux, devient partout un fantasme, un rempart contre l’Autre. Ou contre soi-même.

C’est comme si partout, tout s’écroulait. En Italie, la terre tremble cet automne et laisse des foyers désoeuvrés.

Pourtant, elle se souvient d’un temps où les murs étaient ses compagnons de jeu, quand elle passait ses récrées à jouer à « Un, deux, trois, Soleil ». Elle se sentait à l’abri, dans les murs de l’école. Puis elle a grandi, a commencé à se maquiller, a acheté un poster de hard rock pour afficher dans sa chambre.

Des murs comme vitrines

Adolescente, elle claquait la porte de sa chambre. Tournait le verrou. Au moins, enfermée entre ses quatre murs, elle était libre. A l’abri de ses parents, bien sûr, mais aussi protégée du reste du monde. Allongée sur son lit, ses yeux parcouraient les murs. Elle se calmait un peu en y regardant les photos de ses amis, les tickets de concerts, les petits mots reçus en cours, les posters, les cartes postales, les affiches de ses artistes préférés… C’était sa vitrine à elle, dans la vraie vie et puis sur Facebook.

Derrière les affiches, le papier peint rose choisi par ses parents. Il était un peu gênant, ce rose. Elle avait beau eu le décorer, on ne retenait que lui. Un mur c’est comme le temps, on ne peut pas en changer l’essence. Il reste là, droit, témoin de ce qu’il encadre, protège, marqué par la vie qui s’est construite autour de lui ou à l’intérieur.

Même en ruines, il nous dit encore quelque chose de son histoire. Les murs se souviennent, et si l’on sait les faire parler, ils peuvent nous dire tous les murmures qu’ils ont entendus, toutes les peaux qui se sont adossées à eux, peut-être même les larmes qu’ils ont recueillies.

Mais maintenant qu’elle est grande, c’est elle qui choisit la couleur de ses murs.

Des murs qui parlent

Dans la rue, la femme presse le pas. Elle n’aime pas passer dans ces rues, là où les hommes sont adossés en ligne, dos au mur toute la journée. Elle a mis une jupe aujourd’hui, alors elle presse le pas pour arriver dans un espace plus large, plus aéré. Ici le quartier n’est pas plus propre, ou plus riche, il est simplement plus vivant. De grands pans de murs ont été peints par des artistes célèbres il y a quelques années. Au milieu de ces immeubles là, on se sent bien, on vit, on déambule à l’aise. C’est beau, c’est gai, l’art résonne de cour en cour et dessine un sourire sur les lèvres de la jeune femme, qui passe pourtant tous les jours.

Plus loin, l’art parle politique. Ce sont les murs qui gueulent. Son pas s’affirme.

Et surtout… Des murs à abattre.

De retour devant son poste de télévision, la femme désespère. Et puis, dans un coin du salon, ses baskets. Elles sont roses, comme le mur de sa chambre d’ado et comme la première paire reçue lors d’un de ses anniversaires. C’était une paire de “baskets qui court vite”, qui lui permettait de ne jamais perdre à 1, 2, 3 soleil. Courir jusqu’au mur. Le toucher. Et… l’escalader. Le franchir.

Crédits dessin : CrossWorlds / Amandine Le Bellec

Crédits dessin : CrossWorlds / Amandine Le Bellec

 

Elle saute sur ses deux pieds et enfile ses chaussures. Elle sent une énergie folle, comme un rush d’adrénaline, des pulsions de cascadeuse. Après tout, un mur ce n’est pas qu’une barrière, un stop, c’est aussi quelque chose sur lequel on prend appui, qui donne de l’élan.

Elle claque la porte de son immeuble. Devant elle se dresse le mur de l’arrière-cour, austère, et même un peu hostile. Derrière, elle sait que s’étend la ville et toutes ses possibilités. Tout un monde à parcourir, des murs sur lesquels faire résonner le bruit de ses pas. Juste un dernier mur à franchir, un obstacle à escalader, une barrière à faire tomber.

Les mains posées sur le mur pour prendre une grande inspiration, elle se prépare à l’aventure. Un, deux, trois… La hargne aux pieds, elle sent déjà ces vieux murs se fissurer.

Laure Vaugeois.

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