Dans le métro de Séoul, tout marche, tout est facile

Des rails, 10 pays, 10 regards. Découvrez l’article de notre correspondant en Corée du Sud.

Séoul abrite un des systèmes de métro les plus longs du monde avec ses 990 kilomètres, si l’on compte ses différents opérateurs, et ses lignes associées. Ce développement est vertigineux au regard de sa création relativement récente, dans les années 70.  Et d’après l’hebdomadaire anglais The Economist, 7 millions de passagers prennent ce métro tous les jours, nombre d’entre eux le préférant aux embouteillages. En effet, dans le métro coréen, tout marche, tout est facile.

Dans le métro de Séoul, les passagers ont les yeux rivés sur leurs smartphones. Juillet 2015. Crédits : Flickr/CC/In Hwa Kim

Dans le métro de Séoul, les passagers ont les yeux rivés sur leurs smartphones. Juillet 2015. Crédits : Flickr/CC/In Hwa Kim

 

Pour payer son ticket de métro, les Coréens utilisent la carte rechargeable T-Money, transférable aux bus et aux taxis. Ils peuvent aussi « taper » simplement leur portable sur le compteur par l’intermédiaire du système de paiement mobile Samsung.

Sur le quai, de nombreux écrans informent de la position du prochain train en temps réel. Un moyen d’éviter que la foule ne s’agglutine.

Données en temps réel

Seulgi, Coréenne de 21 ans, vit en zone métropolitaine de Séoul, dans la ville d’Incheon. Ses trajets sont souvent longs pour rejoindre ses amis dans le cœur de la capitale. Un moindre souci, apparemment puisque Seulgi, « vérifie la distance jusqu’à [sa] destination pour mieux [se] coordonner » avec eux.

Seulgi a 21 ans, mais l’utilisation des données en temps réel ne se limite pas à la jeune génération : tout le monde, jusqu’aux ajummas (femmes coréennes âgées), utilise l’application du métro de Séoul pour voir sa position actuelle et le temps restant du trajet.

A l’intérieur des trains, les écrans sont tout aussi nombreux, affichant simultanément la prochaine station, la télévision, ou des publicités, et permettant surtout aux autorités de transport de faire passer des messages.

Wifi gratuite

Il y a même la wifi gratuite. Mais cela n’impressionne pas les Coréens ; Séoul regorge de réseaux wifi gratuits. Seulgi, par exemple, reconnaît que la wifi du train « n’est pas mauvaise », voire « utilisable » mais elle lui préfère largement sa 3G payante. Mais pour HyeonKang, étudiant de 22 ans originaire d’une petite ville coréenne, la wifi gratuite du métro est indispensable : il s’y connecte à chaque trajet.

A bord du métro, les yeux sont rivés sur les smartphones. La grande majorité des passagers naviguent sur Facebook, Instagram, mais aussi KakaoTalk – un mélange de Whatsapp et Wechat – pendant la longueur de leur trajet. Nombreux sont ceux qui en profitent aussi pour jouer à des jeux vidéo et regarder des séries télévisées, voire des « web-toon ».

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Un « Rush Hour » bien ordonné

Lors du Rush Hour, quand les quais se remplissent, les personnes font la queue devant les portes du métro, et forment une ligne quasiment droite. Pas d’empressement, pas de bousculade pour entrer dans les wagons. Tout le monde attend courtoisement. Très peu coupent les files. Pourtant, le « rush hour » est décrit comme « désordonné », ou même « moche », parce que « les gens deviennent impolis » ; ils « poussent pour pouvoir entrer ».

Peu avant 18h, un octogénaire se fraye un chemin pour traverser le quai. Malheureusement pour elle, une jeune femme, concentrée sur son portable, ne remarque pas le vieil homme. Il lui décoche un puissant coup de coude. Au lieu de s’énerver, la jeune femme lance un regard plein d’excuses au vieil homme, et se décale.

Le désordre est insupportable pour beaucoup de Coréens. HyeonKang, l’étudiant originaire d’une petite ville, qui est pourtant très souriant, un peu moqueur, mais jamais grave, s’agace réellement lorsqu’il aperçoit les rares vendeurs ambulants : « ils dérangent tout le monde, alors que personne ne veut ce qu’ils proposent », tout ça dans le métro, « un espace qui sert au transport, pas au commerce ».

« Backpack phobia »

Un petit tour sur les blogs suffit pour voir de quoi se plaignent les nombreux voyageurs du métro de Séoul. Il y a d’abord ceux qui ne supportent pas « l’odeur des gens qui mangent dans le métro ». Ou ceux « qui écartent trop les jambes ». Il arrive aussi que certains se plaignent des « make-up girls », les femmes qui se maquillent dans le métro.

Les autorités répondent au problème des gens qui écartent trop les jambes, avec des affiches de sensibilisation.

Une campagne de sensibilisation à Séoul pour inciter les hommes à ne pas trop écarter les jambes dans le métro.

Un exemple de campagne de sensibilisation à Séoul pour inciter les hommes à ne pas trop écarter les jambes dans le métro.

Plus récemment, la « backpack-phobia » (la peur des dangers du port du sac-à-dos) a animé les réseaux. A un tel point que la SMRT, une des entreprises gérant le métro de Séoul, a tourné et diffusé une vidéo pour encourager une gestion prudente de son sac-à-dos. D’autres ont fait des vidéos similaires par initiative personnelle.

Cyprien Milea

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