Du temple de Bacchus aux rues de Beyrouth : le vin, héritage libanais

Le vin, 6 pays, 6 regards. Découvrez l’article de notre correspondante au Liban.

Dans un pays à moitié musulman, l’on pourrait s’attendre à ce que le vin ne soit pas valorisé et revendiqué comme un produit national. Et pourtant, ses adeptes assurent qu’il est un « ambassadeur du Liban« .

« Il y a une mosaïque de communautés dans le pays, et si une communauté ne boit pas d’alcool, d’autres le font. » Selon Mireille Hannaoui, secrétaire générale de l’Union Vinicole du Liban, il n’y a jamais eu de restrictions ni de pressions dans la commercialisation du vin, et les producteurs installés dans des régions musulmanes ne ressentent aucune menace dans leurs activités.

Les bars à vin, ainsi que les restaurants qui proposent une grande sélection de vins libanais ne manquent pas dans la capitale, Beyrouth. Les bars et restaurants, tant de Mar Mikhael (quartier chrétien) que de Hamra (quartier à majorité musulmane), regorgent de variétés de vins locaux.

Bricks, par exemple, est un bar-restaurant assez coté célèbre pour sa sélection de boissons dans le quartier de Hamra. Même si, dans des bars comme celui-ci, les connaisseurs sont les principaux consommateurs, le vin reste assez coté dans le pays. Lorena, serveuse dans cet établissement, dit qu’une bonne bouteille n’est pas forcément très chère, et reste un bon cadeau. « Tout le monde boit du vin », remarque Lorena. On peut très bien trouver une bouteille d’un domaine assez reconnu pour une vingtaine d’euros.

Rayon vinicole dans le supermarché Spinneys, Hamra, Beirut. Janvier 2017 © CrossWorlds / Wendolyn Trogneux

Rayon vinicole dans le supermarché Spinneys, Hamra, Beirut. Janvier 2017 © CrossWorlds / Wendolyn Trogneux

 

Les vins les plus consommés par les clients sont Ksara et Kefraya. Ces deux maisons sont des commerces familiaux qui représentent à la fois l’héritage vinicole du pays, ainsi que l’aristocratie libanaise.

En effet, Kefraya est une maison vinicole fondée par la famille Bustros, une des sept principales familles aristocratiques de Beyrouth. Les domaines de Kefraya et Ksara se trouvent dans la plaine de la Bekaa : la région de Zahlé, au centre de la plaine, est renommée pour la qualité de son raisin. Pendant la guerre, la Bekaa fut gravement endommagée par le passage des chars, mais les vignobles furent rapidement reconstruits, redonnant leur prestige à ces domaines vinicoles.

Une pratique antique remise en valeur

Le Liban que l’on connait aujourd’hui se situe dans le croissant fertile, territoire où les premières vignes du monde auraient été cultivées, d’après des récits de la Bible et l’Epopée de Gilgamesh.

La culture de la vigne est une tradition qui remonte aux Phéniciens, qui ont ensuite introduit la pratique dans les pays européens. Le temple de Bacchus, Dieu du vin, s’élève à Baalbeck, dans la région de la Bekaa. Sa construction date du 3ème siècle de notre ère et il reste le seul dédié à ce dieu. Il s’agit d’un des temples romains les mieux conservés et plus grands du monde.

Bien que le vin existe au Liban depuis des millénaires, le pays n’a créé une Union vinicole qu’en 1997. Avant la guerre, il faisait partie de l’Office Internationale de la Vigne et du Vin, créé en 1958, qui assiste les organisations vinicoles membres, et contribue à « l’harmonisation internationale des pratiques existantes » afin d’améliorer la production et commercialisation du vin, selon Mme Hannaoui.

Cette dernière rappelle que la guerre civile libanaise de 1975-1990 a retardé les activités du Liban. Pendant la guerre, le pays a arrêté de payer sa contribution annuelle à l’Office. À l’issue de la guerre, les relations avec l’OIV ont repris, et le Liban est redevenu membre en 1996. D’où la création de l’UVL en 1997. À l’époque, « il n’y avait que cinq producteurs de vin au Liban, qui se réunissaient officieusement, et de façon régulière, avant la création de l’Union ». Aujourd’hui, le Liban compte plus de 40 producteurs, dont 25 sont membres de l’UVL.

Vignes dans la ferme de Taanayel, dans la région de la Bekaa, Liban, Octobre 2017 © CrossWorlds / Wendolyn Trogneux

Vignes dans la ferme de Taanayel, dans la région de la Bekaa, Liban, Octobre 2017 © CrossWorlds / Wendolyn Trogneux

Le vin libanais face à la mondialisation

D’après Mireille Hannaoui, le vin est un ambassadeur du Liban :

« Le vin donne une image à l’étranger que le gouvernement a intérêt à conserver ».

Le vin libanais est ainsi l’un des quelques produits libanais qui sont appréciés dans le monde, reprend Mme Hannaoui qui affirme qu’il s’exporte dans plus de 35 pays. Pourtant, la quantité totale produite n’excède pas les neuf millions de bouteilles par an, et la contribution directe dans l’économie libanaise reste limitée.

L’Union est une institution privée, mais compte dans son organisme des représentants des ministères de l’Agriculture, l’Industrie et l’Économie qui régulent le secteur. Bien que l’UVL s’auto-régule, et qu’une loi organise depuis 2000 le secteur vinicole, l’institution en soi n’est pas très active faute de budget. Les obstacles principaux auxquels font face les vignes libanaises sont les prix exorbitants des terres et l’importation systématique de l’équipement pour l’habillage des bouteilles qui reste très cher.

Le vin reste cependant une boisson populaire qui coule dans les rues de Beyrouth et rappelle le patrimoine libanais hérité des vignes antiques.

Wendolyn Trogneux

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