EDITO – A chacun son toit

17 novembre 2015

Nos plumes restent parfois muettes. Mais il est toujours mieux lorsqu’elles le sont par contemplation, plus que par l’effroi d’une nuit de novembre. Aujourd’hui, les plumes grattent de nouveau : notre nouvelle équipe, fraîchement installée a produit son premier regard croisé. L’idée est née d’un constat. Lorsqu’on arrive dans un pays inconnu, on a souvent l’envie pressante de comprendre sa terre d’adoption : vite saisir le pouls des rues, vite avoir une vision d’ensemble. Le spot idéal ? Les toits.

Les Toits

Monter sur un toit, c’est prendre de la hauteur et ramener à l’échelle humaine, l’immensité de la ville. Sur les toits de Saint-Pétersbourg, notre correspondante en Russie n’était pas seule. Autour d’elle, des touristes. Des agences ont fait des toits leur commerce illégal, et proposent une balade dangereusement bucolique sur les sommets de la ville des tsars.

De là-haut, on saisit les stigmates de toute une histoire. Les rénovations des immeubles, façades, fenêtres, portes, intérieurs sont légions mais qu’en est-il des toits ? Les toits peuvent être entretenus : les tuiles changées, les gouttières nettoyées… mais la charpente reste la même, la structure conçue par l’architecte originel est inamovible, un roc qui supporte les tempêtes, les bourrasques, les chutes de neige. C’est le cas à Cracovie, où les conditions climatiques éprouvantes ont poussé les ingénieurs de la Renaissance polonaise à inventer un style architectural unique, spécifique à la ville, mêlant les traditions locales aux influences italiennes.

Comme les vieux chênes dans les forêts qui traversent les âges et les hivers, les toits des villes peuvent être ces ancêtres bienveillants, des gardiens d’un patrimoine. Là aussi, les Anciens se trouvent parfois confrontés aux Modernes. A Shantou, des immeubles s’effondrent chaque mois. Sous le regard impassible des tenanciers de bouis-bouis populaires, construits de bric et de brocs, les gratte-ciels sont abattus par la mairie, car érigés en l’absence de permis de construire. A Sydney, c’est le moderne qui gagne du terrain. Un certain toit blanc, symbole d’une nation, est devenu la figure de proue du renouveau de la ville. Une véritable résistance a été organisée par les habitants du quartier historique de Millis Point, attachés à l’identité et à la beauté incomprise de leurs toits vétustes.

Il y a la vie sur les toits, la vie des toits, mais aussi sous les toits. Les toits abritent et représentent des foyers. A Cordoba, ils sont construits en terrasse pour devenir des extensions du salon familial, ce sont des lieux de vie où l’on joue, discute, lit, déguste une coupe de vin… Le fameux « asado », point culminant du weekend et ferment de la vie sociale des Argentins, se déroule souvent sur les toits, au soleil. Coïncidence culturelle des pays chauds, les toits sont aussi un espace de la vie de famille en Inde. Mais à New Delhi, on en profite surtout pour surveiller son voisin et s’assurer du strict respect des règles morales qui régissent la société indienne.

Observer les toits peut en effet nous apprendre beaucoup de choses sur la ville et ses habitants. A Bethléem, les maisons de Palestiniens sont facilement reconnaissables car elles ont toutes des réserves d’eau sur leurs toits. N’étant pas raccordés aux réseaux israéliens de la ville, les Palestiniens n’ont d’autre solution pour récolter et chauffer l’eau que compter sur les faveurs du ciel en matière de pluie et de soleil. A Kampala, les différences sociales sont encore plus tranchées entre les toits. Deux portraits, deux modes de vie et deux toits. Notre correspondant part à la rencontre du toit en dur et du toit en tôle pour raconter deux milieux que tout oppose si ce n’est la ville d’origine.

Les toits sont parfois l’illustration de dures réalités ; leur absence totale est le signe d’une misère autre. A Santa Barbara, en Californie, pour ne pas se retrouver SDF, des étudiants ont constitué des camps de mobil-homes près de leur université. D’autres, ont un toit mais sont obligés de le fuir. Ce sont les réfugiés. S’en suit une succession de toits, plus ou moins accueillants. A Berlin, notre correspondant racontera l’histoire de ceux pour qui le toit est d’abord et avant tout un refuge, un cocon à échelle humaine face à l’immensité de leurs malheurs.

Cette fois-ci, CrossWorlds vous emmène sur les toits du monde !

Paul Divet.

 

SOMMAIRE

Semaine du 16 novembre

Edito : A chacun son toit
Texte de Paul Divet
Illustré par Marguerite Boutrolle
Vidéo teaser de Marianne Getti

En Russie, à Saint-Pétersbourg,
Le tourisme illégal des toits de Saint-Pétersbourg – par Jeanne Richard

En Chine, à Shantou,
Une Chine, deux toits – par Anaïs Vassallo.

En Allemagne, à Berlin,
Un toit pour les réfugiés – par Etienne Béhar.

En Australie, à Sydney,
La ville qui ne voulait plus de ses toits du passé – par Loïc Renaudier.

Semaine du 23 novembre

Aux Etats-Unis, à Santa Barbara,
Des étudiants sans toit à Santa Barbara – par Marie Jactel.

En Ouganda, à Kampala,
Ouganda, parle-moi de toits – par Ronan Jacquin.

En Pologne, à Cracovie,
Pour que le ciel polonais ne me tombe pas sur la tête – par Valentin Jędraszyk.

En Argentine, à Córdoba,
Viens traîner sur mon toit ! – par Alicia Arsac et Marine Segura.

En Inde, à New Delhi,
D’un toit à l’autre, je te surveille – par Anouch Carracilly-Phillips.

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