EDITO – Les plumes du monde, leurs mots et leurs maux

La déconnexion totale. La quête se poursuit et se renouvèle à chaque période de vacances. On cherche à « passer les fêtes en famille », à « profiter de son repos », à « prendre le temps de vivre ». Alors on se défait des réseaux sociaux, des mails professionnels et personnels, et même des sempiternelles vidéos de chatons. Les premiers jours, on cesse aussi de suivre l’actualité, on met de côté les thèmes que nous rabâchent les médias et qui tracassent notre quotidien : chômage, récession économique, politique, terrorisme, guerre, catastrophes naturelles, tensions sociales, réchauffement climatique…

Mais l’abstinence est de courte durée. Une étrange sensation de gêne s’installe et se mue peu à peu en véritable démangeaison. Et puis c’est un flash info, le téléphone qui vibre, la radio ou la télé qu’on rallume, le journal qu’on achète : la déconnexion totale a ses limites. A l’heure de l’alerte mobile, des chaines d’informations en continu et des « clickbaits », le constat saute aux yeux : l’homme ne peut se passer de l’information, il ne peut contenir l’irrésistible besoin de s’abreuver en connaissances de l’instant présent, partout, tout le temps.

Un journal, 8 pays. Crédits dessin : CrossWorlds/Marguerite Boutrolle

L’info au petit-déjeuner. Crédits dessin : CrossWorlds/Marguerite Boutrolle

 

Les nouvelles technologies ont largement apporté leur part de frénésie. Le papier doit se réinventer au rythme des posts, tweets et clicks. Le journal a évolué, son arc est désormais fourni de plusieurs cordes, différents formats. La photo, la vidéo et le numérique ont révolutionné le bon vieux feuillet en noir et blanc de ses débuts. En Australie, un journaliste de la télévision locale nous raconte sa vision de cette évolution, son point de vue sur le journalisme moderne à l’ère du digital.

On aperçoit encore, ici et là, ceux qui font désormais figure de résistants, ceux qui se rendent invariablement au kiosque, chaque matin, pour acheter la dernière édition et scruter ses pages en sirotant leur café. Une habitude désuète, presque obsolète, mais anachroniquement charmante. Le plaisir de s’informer par le papier, d’avoir les doigts salis par l’encre noire ; voilà ce qui meut chacun de ces lecteurs. A Berlin, les goûts et surtout les habitudes de lecture diffèrent selon les quartiers. La définition du journal n’est pas forcément la même selon le côté du Mur où vous vous trouvez.

Les journaux sont ceux qui portent les nouvelles, les journalistes ceux qui les vérifient, les hiérarchisent, les approfondissent et les étayent pour en faire une information. Ces travailleurs comme les garants d’une vérité à un instant « t », des acharnés d’une objectivité convoitée, des mineurs de charbon à la recherche du diamant brut. Mais voilà, faute de diamant, on se contente parfois du plastique le plus scintillant. En Argentine, les gros titres tombent souvent dans le sensationnalisme larmoyant, au détriment de l’info.

Mais l’excès n’est pas le seul obstacle pour raconter le monde. En Ouganda, le journal est myope, en décalage avec la réalité de la population qui le lit : plus on s’éloigne de la capitale, plus l’accès à la presse se fait difficile et moins on retrouve de publications dans les dialectes locaux. Et que dire de ces pays où le journal est forcé à être myope. Comme en Afrique du Sud où, la presse a connu une lente progression, des bâillons de l’apartheid à la liberté de la démocratie. Mais le combat se poursuit, encore et toujours. En Chine, le journal semble froid, distant de la réalité, vidé de sa perspicacité, formaté dans sa structure et dans ses sujets au gré des « caprices » du gouvernement. En Jordanie, nous avons rencontré le fondateur de l’une des principales associations de lutte pour la liberté de la presse au Moyen-Orient. Il dresse un portrait pragmatique et mitigé de ses années de résistance.

Parce que le journal, dans ses formes diverses, résiste. Le 7 janvier dernier, les journalistes de l’hebdomadaire Charlie Hebdo ont été les cibles et les victimes des attentats perpétrés à Paris. Un an après, on se souvient. Et l’info vibre encore. Elle décrit, révèle, s’indigne, dénonce, raconte des histoires, grandes ou petites, profondes ou superficielles. La beauté du journal auquel on rend hommage découle de cette capacité à participer à l’histoire avec un grand H tout en étant ancré dans le banal du quotidien. En Inde, il vient emballer votre nourriture, servir de fenêtre, de papier toilettes ou virevolte libre dans le vent, en nuage de confettis.

Bonne lecture !

Paul Divet

 

SOMMAIRE

4 janvier
Edito : Les plumes du monde, leurs mots et leurs maux
Texte de Paul Divet

Illustré par Marguerite Boutrolle
Vidéo teaser de Marianne Getti

5 janvier
En Jordanie, à Amman,
Les journalistes dans l’impasse en Jordanie – par Maÿlis de Bantel.

9 janvier
En Allemagne, à Berlin,
Berlin découpée en quartiers de presse – par Etienne Béhar.

10 janvier
En Ouganda, à Kampala,
En Ouganda, journaux et habitants ne parlent pas la même langue – par Ronan Jacquin. 

13 janvier
En Afrique du Sud, à Johannesbourg,
La presse vigilante, de l’apartheid à aujourd’hui –  par Esther Meunier.

14 janvier
En Inde, à New Delhi,
Ceci n’est pas qu’un journal – par Anouch Carracilly & Eloïse Stark.

16 janvier
En Argentine, à Cordoba,
Des journaux et des larmes – par Marine Segura & Alicia Arsac.

24 janvier
En Chine, à Zhejiang,
La presse chinoise, à la loupe – par Camille Guillard.

26 janvier
En Australie, à Sydney,
La télé australienne à l’heure du digital – par Loïc Renaudier.

 

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