En Allemagne, d’autres jouets pour réduire les déchets et favoriser la créativité ?

La période des fêtes vient de s’achever et nos correspondants vous invitent à découvrir la fonction des jouets dans leurs pays d’accueil. En Allemagne, rencontre avec des jouets plus si mignons.

Assise dans le métro berlinois, je fais face à un papa et à ses deux fillettes, collants blancs, petites bottines, doudoune rose, jolies couettes, ces demoiselles sautillent comme des puces en brandissant le cadeau que leur père semble leur avoir tout juste acheté. Impossible d’attendre l’arrivée à la maison. Manifestant leur excitation d’une voix éclatante, elles en oublient la foule alentours et, sous le regard attendri de Papa, entament l’effeuillage.

Si prêt du but, elles sont loin d’imaginer les interminables étapes qui les sépare de la découverte de l’objet désiré. En effet, la Chose semble fort bien emballée.

Un Temps sans jouets ? Des jardins d'enfance tentent l'expérience en Allemagne. © Flickr/CC/Nobin নবীন. Retouches par CrossWorlds/Julie Maman

Un Temps sans jouets ? Des jardins d’enfance tentent l’expérience en Allemagne. © Flickr/CC/Nobin নবীন. Retouches par CrossWorlds/Julie Maman

 

Pour l’instant ce n’est qu’une boule rose d’une dizaine de centimètres de diamètre. Il faut tout d’abord retirer la première couche de plastique. Serait-ce dû à l’emballage indocile ou bien à cause de l’intense émotion qui trouble les mouvements de la jeune fille, cette première étape est interminable. L’impatience apparaît dans le regard de la plus petite.

Mais enfin… Victoire !

Papa stocke l’ensemble dans ses mains tandis que je m’attends à voir apparaître le trésor.

Désespoir… Voilà qu’apparaît un second emballage ! D’ores et déjà entraînée, la petite retire le second plastique de façon plus efficace. Papa en a maintenant plein les mains !

Il s’agit ensuite d’ouvrir, telle une huître perlière, la sphère rigide en plastique. Cris, rires, et encore cris, voilà qu’émerge … un joli petit chat à tête géante accompagné de tous ses accessoires de chat : sac à main, diadème, lunettes de soleil et j’en passe. L’ensemble joliment réalisé en plastique. Les petites sont ravies, la planète, elle, l’est beaucoup moins.

Un pays producteur de déchets

Aujourd’hui, le jouet est devenu un objet de consommation à part entière. En Allemagne, la moyenne s’élevait en 2013 à 25 jouets reçus par enfant en une année. Or, l’industrie du jouet est une importante productrice de plastique et d’emballages. Un nombre incalculable de données existent sur la pollution émise par une bouteille en plastique, mais on compte très peu d’équivalents pour les jouets.  Selon une étude Eurostat, chaque Allemand produit chaque année près de 454 kg de déchets ménagers et 222 kg d’emballages, principalement papier et plastique. Et bien que le recyclage augmente d’année en année, la production de déchets, elle, ne diminue pas.

Le Temps sans jouets

Certains Kindergarten (jardins d’enfants, en français), établissements semi-privés accueillant les petits de deux à six ans, ont pris l’initiative de prouver aux enfants et à leurs parents qu’il était possible de se divertir sans aucun jouet, par la seule force de l’imagination.

Fröbel, une société gérant près de 200 Kindergarten en Allemagne, tente en 2014 le Spielzeugfreien Zeit, le Temps sans jouet. Dans un rapport datant du 2 Avril 2014, la société fait le point sur cette expérience.

Elle raconte ainsi qu’après en avoir informé parents et enfants, il a été décidé de réduire voire de supprimer l’utilisation de jouets dans l’enceinte de l’établissement. XXXX Cette démarche a permis de stimuler l’utilisation des ressources propres aux enfants, non seulement leur créativité mais aussi leur capacité décisionnelle et collaborative. Les jeux ainsi créés par les enfants se sont parfois montrés fort ingénieux, souvent surprenants.

Camille, jeune expatriée française, travaille depuis trois ans dans un Kindargarten franco-allemand à Berlin. Avec ses collègues, ils ont trouvé cette démarche intéressante et ont décidé de l’appliquer à leur établissement. « On avait constaté que les jouets des enfants étaient affectés d’un effet de mode et que, rapidement, beaucoup d’entre eux devenaient dérisoires et étaient remplacés par de nouveaux jouets », m’explique-t-elle.

C’est ainsi qu’il y a quelques mois, ils ont décidé de franchir le pas. « Sur 14 familles, seulement deux mamans étaient réticentes, inquiètes de l’ennui de leurs enfants. » Un lundi, avec l’aide des petits, l’ensemble des jouets a donc été retiré du Kindergarten. « Le tri et le rangement ont tout d’abord donné lieu à un joyeux chaos », se rappelle-t-elle, « c’est vrai que la première semaine a été un peu plus intense que d’habitude ».

Marrons, cailloux, rouleaux de papier toilette, feuilles et autres éléments naturels à assembler et à coller avaient été préparés en amont. Les enfants, un peu perdus, ne savaient pas avec quoi ni comment jouer.

« On leur a montré et petit à petit ils s’y sont fait et n’ont jamais réclamé les jouets. »

Une telle mesure demande, il est vrai, de l’organisation de la part de l’établissement, ainsi qu’une présence renforcée des éducateurs pour accompagner les enfants. Au moins dans les premiers temps. Cependant, les effets sont positifs et les enfants se montrent extrêmement créatifs.

« Au lieu de passer dix minutes à jouer avec la super voiture, ils en passent trente à fabriquer quelque chose ! », souligne Camille.

Réintroduire les jouets

Depuis peu, et par souci de diversité, les jouets ont été réintroduits dans la classe. Chaque semaine les enfants choisissent deux types de jouets, le vote étant réalisé à la majorité. Leurs créations personnelles viennent alors s’associer à leurs jouets préférés ; les voitures dévalent des rampes en carton, tandis que des pompiers coquillage éteignent l’incendie des casernes Lego.

Plusieurs mois après le début de l’expérience, les retours des familles sont très positifs. « Les parents ont remarqué que leurs enfants dessinaient et bricolaient beaucoup plus qu’avant à la maison », affirme Camille.  Il semble même que certains d’entre eux aient décidé qu’ils avaient trop de jouets, un enfant ayant même décidé de donner certaines de ses possessions à une association.

Julie Maman, correspondante à Berlin

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