Entre l’Inde et le Pakistan, la frontière transformée en piste de danse

Tous les soirs sur la frontière entre l’Inde et le Pakistan, il se passe une cérémonie étrange. De part et d’autre de la portail, les militaires rivalisent de pas de danse.

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Crédits dessin : CrossWorlds/Eloïse Stark.

 

Wagah, à mi-chemin entre Lahore au Pakistan et Amritsar en Inde, est l’unique poste frontière entre ces deux pays, longtemps ennemis. Pour marquer la rivalité entre les deux pays, tous les soirs depuis 1959, se tient une cérémonie de fermeture de la frontière, où les gardes-frontières s’affrontent dans un chorégraphie de gestes de défiance.

Bollywood vs. chant religieux

Les touristes indiens affluent pour regarder le spectacle. Il faut faire une heure de voiture pour atteindre la frontière depuis Amritsar, la ville la plus proche, et puis marcher pendant encore une demi-heure pour atteindre l’amphithéâtre d’où l’on peut regarder le spectacle.

La sécurité est élevée, les militaires omniprésents. Pourtant, au sein de l’amphithéâtre, l’ambiance est joyeuse, plein d’un patriotisme bon-enfant. En attendant le début du spectacle, des chansons Bollywood retentissent à plein volume, et les femmes dansent, brandissant des drapeaux indiens.

Côté indien, les rangs sont toujours pleins à craquer, un mosaïque d’habits colorés. De là, on a vue sur les spectateurs pakistanais, de l’autre côté de la frontière. Ils sont peu nombreux, et vêtus de noir. L’ambiance est beaucoup plus austère, le stade quasiment vide. L’on tente de recouvrir la musique Bollywood par une musique religieuse.

Vers 18h, les deux musiques s’arrêtent, et sont remplacés par le tam-tam des percussions militaires. Et la danse commence. Les Indiens en marron, les Pakistanais en noir. Ils bougent en miroir. Jambe en l’air, poing levé. Des gestes de défiance, pour marquer un conflit qui perdurent. Des pas aussi agressifs que absurdes …. A mi-chemin entre une battle de hip-hop et la ministry of funny walks de Monthy Python.

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Crédits dessin : CrossWorlds/Eloïse Stark

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Crédits dessin : CrossWorlds/Eloïse Stark

Frontière agressive et absurde

Agressifs et absurdes… tout comme cette frontière, dessiné à l’arrache lors de la partition de l’Inde britannique en 1947. Pendant l’époque coloniale, l’Inde, le Pakistan et le Bangladesh n’étaient qu’un seul pays, englobés dans l’Inde britannique. Lors de l’indépendance, sous l’impulsion de la Ligue Musulmane, le sous continent a été divisé. En effet, les Britanniques ont gouverné selon une politique de « diviser pour mieux régner ». La Ligue musulmane craignait qu’avec le départ des colons, le pays sombrerait dans la violence communautaire. Ils ont réclamé la création du Pakistan, un état à majorité musulmane. Cela a entraîné le déplacement de 13 millions de personnes.

Les hindous allaient vers le sud, et les musulmans vers le nord, pour atteindre le Pakistan et le Bangladesh actuels. Une violence extrême a éclaté entre les deux communautés de fidèles – jusqu’à 2 millions de personnes ont été tuées. Depuis, les tensions entre les deux pays ne se sont jamais vraiment arrêtées. Ils se sont confrontés lors de trois guerres majeures, et continuent de s’affronter tous les jours dans la guerre latente qui secoue le Cachemire.

Ce sont donc 70 ans de tensions, de guerres, de rivalités qui sont transformées en chorée, tous les soirs sur la Wagah border.

Une suite de pas militaires à faire secouer le sol. Une poignée de main, à vitesse lumière. Et puis ils baissent les drapeaux, ils ferment la porte, et se tournent le dos de nouveau.

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Eloïse Stark

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