Est-ce que tu peux m’épouser ? Le mariage interconfessionel en Indonésie

La petite croix qu’il porte autour du cou cliquète lorsqu’il met un genou au sol. « Est-ce que tu veux m’épouser ? ». Son visage à elle s’empourpre d’un seul coup, du bout de son nez jusqu’aux confins de son front soigneusement délimités par un hijab fleuri. « Oui ». Une scène fictive de demande en mariage, qui en Indonésie devrait se conclure sur un « Qui se convertit ? », étant donné que le pays ne reconnait pas les mariages inteconfessionnels. Mais si sur le papier, la pratique est limpide, la réalité sociale est plus complexe.

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Mariage hindou en Indonésie. Crédits photo : Bepatou/CC/Flickr

Mariage et religion entrelacés

« La reconnaissance d’un seul et unique Dieu » est le premier principe de l’idéologie d’Etat indonésienne, la Pancasila, qui s’articule autour de la coexistence des religions. Le pays reconnait les confessions chrétienne, bouddhiste, hindouiste et musulmane. Quelque soit la confession, la loi indonésienne veut que les deux futurs mariés aient la même. Le mariage civil est obligatoirement précédé d’une cérémonie religieuse, à l’exception de l’islam, religion de 87% de la population, pour laquelle la cérémonie religieuse tient lieu de cérémonie civile.

La conversion est donc une solution souvent adoptée pour permettre à la fois une reconnaissance officielle du mariage, et la bénédiction de la famille. Ade, 25 ans, originaire de Makassar, raconte l’histoire de sa famille. Son père s’est converti au catholicisme pour épouser sa mère. La conversion revêt pour lui un aspect pragmatique et relève de la formalité. Il n’en demeure pas moins que la confession profondément personnelle : le père d’Ade est revenu à l’islam après son mariage car il s’agit de « sa religion de coeur». Pourtant, avec le nombre d’unions interconfessionelles s’est développé un mariage coutumier qui, à defaut d’être « officiel » et de valeur légale, n’oblige pas pour autant l’un des partis à abandonner sa religion. Dans ce cas, les enfants issus de l’union suivent généralement la confession du père.

Les attaches au mariage intrareligieux

L’Indonésie est tout autant marquée par la diversité que par la tolérance. Sur l’ensemble du territoire, les différentes religions cohabitent, mais certaines régions restent plus attachées à une certaine confession et moins ouvertes à la mixité matrimoniale. À Bugis, sur l’île de Sulawesi par exemple, l’islam est majoritaire et le mariage interconfessionnel n’est pas toléré. Si une personne de confession non musulmane souhaite prendre un époux/épouse originaire de Bugis, se convertir est une priorité. « Autrement, les Bugisnais le chasseront du village et cette personne ferait mieux de ne jamais y revenir » raconte Ade.

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Fiançailles musulmanes, Indonésie. Crédits photo : Bepatou/CC/Flickr

Le « gado gado » indonésien

Le gado gado est un plat indonésien constitué d’une multitude d’aliments. C’est l’adjectif que Ade attribue à « de plus en plus de familles indonésiennes ».  Par le mariage, il devient commun qu’au sein d’une même famille on retrouve non pas deux, mais plusieurs confessions. Et au-delà de la religion, se sont souvent les ethnies et la culture qui se croisent. C’est souvent le cas dans les villes, grands lieux de brassage qui rassemblent des gens venus de toute l’Indonésie et donnent lieu à de nombreuses unions. Mais loin d’uniformiser la société indonésienne, ces échanges deviennent une source de croisement des identités.

Vers une évolution des moeurs

La religion ne serait plus un facteur décisif dans le choix d’un partenaire en Indonésie (du moins dans certaines régions). Fathur et Chitito, deux étudiants indonésiens de 19 ans, affirment en effet que « la religion n’est pas une raison d’engagement ». Ils insistent tous deux sur le contraste entre leur génération et celle de leurs parents sur le ton de l’ironie : « il est vrai qu’au ‘bon vieux temps’ les gens ne se mariaient pas entre différentes religions ». Mais pour eux, la religion de leur partenaire ne saurait être décisive, même s’ils ont conscience que leur parents ne seraient probablement pas enchantés d’une union interconfessionelle.

Fathur remarque que la religion perd de son importance en général dans certaines parties d’Indonésie. Pour elle, de plus en plus de gens perdent leur attachement à leur religion et ne considèrent donc plus les croyances comme un obstacle à une union. S’il est pourtant à souligner que l’union interconfessionelle semble s’opposer au premier principe de l’idéologie indonésienne, « la reconnaissance en un et unique Dieu », Fathur explique que ce fondement est philosophique et peut être compris de façons différentes. Il pourrait donc s’adapter à l’évolution de la vision du mariage en Indonésie afin de donner réellement sens à la devise du pays : « unis dans la diversité ».

Juliette Brigand.

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