Les « Falleras » de Valence, ou comment un postiche peut vous permettre de retrouver le sommeil

Les cheveux, 8 pays, 8 regards. Hildegard Leloué perce les mystères des falleras et des coiffures impressionantes que ces valenciennes arborent lors de fêtes traditionnelles.

Avec leurs coiffures impressionnantes, les « falleras » sont les reines des « fallas », ces fêtes fastueuses qui transforment Valence pendant 5 jours. Mais face à la complexité d’une coiffure de plus de 2500 ans, bien souvent réalisée dans la douleur, les Espagnoles optent pour quelques astuces pour perpétuer la tradition dans de moindres souffrances.

Coiffure de fallera contemporaine réalisée pour les fallas de 2012 © Judith Górriz

Coiffure de fallera contemporaine réalisée pour les fallas de 2012 © Judith Górriz

Fallas en consomption durant la Nuit de la Cremà © Crosswrolds / Hildegard Leloué

Fallas en consomption durant la Nuit de la Cremà © Crosswrolds / Hildegard Leloué

Anatomie du pelo de fallera 

Sculpture ibérique de la Dame d’Elche réalisée entre le V et le IVème siècle avant JC © Wikipédia commons

Sculpture ibérique de la Dame d’Elche réalisée entre le V et le IVème siècle avant JC © Wikipédia commons

Inspirée par les apparats de la Dame d’Elche il y a plus de 2500 ans (et non de Princesse Leïla), la constitution de la coiffure traditionnelle est d’organisation tripartite : à l’arrière de la tête se trouve le moño trasero, sorte de chignon proéminent tressé, et sur chaque côté de la tête, deux plus petites formations également formées de tresses entrelacées, les rodetes. Le tout est soutenu grâce à une enfilade d’aiguilles et agrémenté de peignes, la pinta pour le moño trasero et les rascamonyos pour orner les rodetes. Symbole de la ville de Valence, elle a subi peu de modifications à travers les siècles, même si elle alimente les débats quant au nombre de monos, qui peut varier d’un à trois.

Rodete et mono vus de profil © Judith Górriz

Rodete et mono vus de profil © Judith Górriz

Mais quel que soit le nombre de monos, il va sans dire qu’une telle architecture capillaire nécessite toute une technique pour être menée à bien, pouvant se révéler aussi chronophage que douloureux. Les désagréments se poursuivent avec la question du sommeil, gêné par cette coiffure proéminente réalisée en amont des festivités pour être censée tenir toute sa durée.

En conséquence, une gamme de plus en plus large de produits se développe sur le marché pour faciliter son port, proposant des articles comme des coussins fendus d’une ouverture au milieu afin de permettre à la fallera de rejoindre les bras Morphée sans se décoiffer, ou encore des moños et rodetes tout faits qu’il suffit d’attacher à ses véritables cheveux pour faire illusion.

 

« Avec ces dispositifs intégrés, nous avons su saisir cette opportunité de décomplexifier la coiffure traditionnelle »,

explique Jorge Sendra, responsable de la communication digitale d’Hair Extension Canada, un salon de coiffure spécialisé dans le secteur du cheveu naturel et synthétique depuis a accepté de décrypter pour nous les subtilités de ce rituel capillaire.

« Ils offrent une solution aux désagréments de la coiffure en facilitant sa réalisation et son maintien tout en conservant un aspect naturel. Aujourd’hui, rares sont les falleras à continuer à utiliser leurs propres cheveux, que ce soit par souci de commodité ou pour pallier différents types de problèmes capillaires ».  

En effet, si le salon dans lequel œuvre M. Sendra a d’abord opéré dans le domaine des extensions de cheveux avant d’élargir sa gamme dans le business des coiffures de falleras toutes faites, il propose également des perruques oncologiques incluant monos et rodetes, visant à masquer la chute de cheveux des femmes atteintes de cancers pour leur permettre de participer aux festivités.

« Il y a quelques années, l’une de nos clientes souffrant de problèmes oncologiques a eu recours à nos soins avant d’être élue fallera mayor, et ce pour notre plus grande fierté », se souvient Jorge Sendra. 

Être Fallera Mayor est « un rôle symbolique très fort qui l’érige en représentante des Fallas pendant un an ».

Jorge Sendra explique l’engouement pour les falleras par une culture espagnole qui valorise le cheveu long et volumineux, « associé à la jeunesse » dans une société où « la préoccupation esthétique est précoce ».

« Si l’on regarde les Fallas d’un autre angle, on voit des fillettes de huit ou neuf ans déjà préparées pour devenir miss, pointe-t-il. Une fallera infantil est élue chaque année, avec le même rôle de représentation que la fallera mayor, mais pour les enfants. » 

Des mèches venues d’Inde

Très bien, mais comment aboutit-on à un tel résultat ? C’est tout un travail d’orfèvre, d’après mon interlocuteur :

 « Les coiffures traditionnelles sont réalisées à partir d’un assemblage de mèches naturelles autour d’un cordon central d’une longueur d’environ 55 centimètres. »

« Ceci pouvant varier en fonction du type de cheveu utilisé. Le cordon n’est pas extrait d’une seule et même chevelure, mais composé de plusieurs petites sections d’une vingtaine de centimètres chacune. Le mono trasero est confectionné à partir d’un assemblage de huit mèches tandis que les rodetes, formées de deux tresses enroulées entre elles, en cumulent six à raison de trois sections par tresses ». 

Un arc-en-ciel de mèches en vente au salon Hair Extension Canada © CrossWorlds / Hildegard Leloué

Un arc-en-ciel de mèches en vente au salon Hair Extension Canada © CrossWorlds / Hildegard Leloué

Un assemblage complexe, qui nécessite une grande quantité de cheveux

« Nous importons nos mèches d’Inde, où elles sont souvent coupées pour des motifs culturels et religieux », précise Jorge Sendra.

« Nos fournisseurs font subir plusieurs processus de nettoyage hygiénique aux cheveux, ceci avant de procéder à des décolorations industrielles, qui font du produit une base adéquate pour la teinture sans l’abîmer ». 

A l’ère de la mondialisation, les Fallas, fête de province locale par excellence, veillent que les Valenciens aient recours à des éléments situés à des milliers de kilomètres de leurs cultures pour encenser la leur. Tout comme les gigantesques statues brûlées à la fin des festivités, les mèches de cheveux ne servent qu’une fois

Sur cette Falla, un défilé de dictateurs dénudés ponctué Donald Trump, ainsi qu’une allégorie de la contraception pour dissuader d’enfanter des êtres de cet acabit © Crossworlds / Hildegard Leloué

Sur cette Falla, un défilé de dictateurs dénudés ponctué Donald Trump, ainsi qu’une allégorie de la contraception pour dissuader d’enfanter des êtres de cet acabit © Crossworlds / Hildegard Leloué

Pensive, Je remercie M. Sendra d’avoir vendu la mèche sur les secrets des apprêts des falleras, et m’en vais, sans pouvoir m’empêcher de trouver tout cela quelque peu tiré par les cheveux.

Affiche plébiscitant l’édition de 1950, avec un accent sur la coiffure traditionnelle ornée de chauves-souris, le symbole de la ville © Musée des Fallas de Valence

Affiche plébiscitant l’édition de 1950, avec un accent sur la coiffure traditionnelle ornée de chauves-souris, le symbole de la ville © Musée des Fallas de Valence

Hildegard Leloué, correspondante en Espagne

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