L’école finlandaise : mère de têtes bien faites et bien pleines

En Finlande, la jeunesse est une des principales ressources du pays. Tout le système éducatif est centré autour du bien-être des enfants, dès la primaire – qui commence à 7 ans.

En Finlande, les enfants sont perçus comme l'avenir du pays et l'Etat choisit l'éducation pour s'en assurer. Crédits photo : Flickr/CC/Mark Probst

En Finlande, les enfants sont perçus comme l’avenir du pays et l’Etat choisit l’éducation pour s’en assurer. Crédits photo : Flickr/CC/Mark Probst

 

Il est frappant de voir que la Finlande a conscience du fait qu’elle est un petit pays avec peu de ressources – ni or, ni pétrole – en dehors des arbres et de Nokia. Avec sa météo peu clémente et son territoire parsemé de 3 000 lacs, le pays avait besoin de miser sur une autre ressource : ses enfants, et par là même, son avenir. L’éducation est un moyen, LE moyen d’assurer l’avenir du pays. Par ailleurs, les valeurs égalitaires insufflées dans le système permettent de garantir à tous les enfants – quelque soient les milieux sociaux d’origine, le sexe, les parents ou autres déterminants sociaux – d’accéder à la même école. Dans la pratique, toutes les écoles sont publiques, les bus scolaires ainsi que la cantine sont gratuits.

Un enseignement personnalisé pour les enfants

En Finlande, la crise des vocations n’existe pas. Les places en maitrise s’arrachent autant qu’en médecine ou en université de droit – pas moins de 6600 candidats pour combler 660 postes au primaire – malgré les salaires équivalents à ceux des autres enseignants européens. Par ailleurs, les enseignants sont respectés par les parents d’élèves avec qui il existe un véritable dialogue mais ils sont également dévoués à leur métier. Une professeure en école primaire me confiait qu’il n’était pas rare, pour elle, de passer une heure ou deux le samedi matin avec des parents au téléphone.

Surtout, les enfants sont au centre de l’attention. Les enseignants à la tête de classes de 21 élèves en moyenne, sont souvent accompagnés d’un ou deux assistants afin de mettre au point des méthodes d’apprentissage adaptées à chaque élève. Des groupes sont créés afin de permettre à chacun d’utiliser ses facilités : apprentissage visuel ou auditif – par exemple. Ainsi, les enseignants ont un rôle d’expert en éducation. Ils établissent un dialogue entre collègues afin de faire fonctionner l’intelligence collective, repérer les élèves en difficulté et, si besoin est, de leur procurer des aides personnalisées. Il n’est pas rare que les enseignants suivent les classes sur plusieurs années, encore une fois, dans le souci d’accompagner l’enfant dans sa scolarité.

Des journées courtes sans A, B, C et D

L’une des grandes différences avec le système français ou américain est l’absence de jugement des enseignants sur les résultats des enfants. Ainsi, à l’école primaire les notes n’apparaissent que six années plus tard, afin d’introduire un classement entre élèves moins brutal et de façon plus progressive. A l’école primaire, les élèves ne sont notés qu’à partir de la 6e année, afin d’introduire une compétition progressive.

Une cour récréation à Helsinki en janvier 2015. Crédits photo: CrossWorlds/Candice Batellier

Une cour récréation à Helsinki en janvier 2015. Crédits photo: CrossWorlds/Candice Batellier

 

Un autre point de divergence à souligner : ici, les enfants passent peu de temps à l’école, quelques 5 ou 6 heures au maximum par jour. Bilan, quelques années plus tard, après le lycée, 66% des élèves sortis de l’école entrent dans des universités – ce qui est le taux le plus élevé de l’union Européenne.

Peut mieux faire ?

Cependant, quelques points viennent assombrir ce tableau. L’Etat finlandais dépense dans l’éducation en moyenne moins que les autres Etats européens ou que les Etats-Unis. Cette situation est dénoncée par quelques enseignants qui expliquent « ne pas pouvoir faire mieux avec moins ». De même, des impôts élevés sont l’autre face de cette école égalitaire et la démographie est en berne, ce qui affaibli cette « ressource » que représentent les enfants (la croissance démographique est de -0,5%).

De plus, un paradoxe émerge depuis deux ans. La Finlande et sa participation au modèle scandinave attirent toujours autant d’observateurs – principalement étatsuniens mais également canadiens – tandis qu’elle tombe de la 3e place à la 12e place dans le classement mathématiques PISA (Programme for International Student Assessment) selon les résultats de l’année 2012. Un mauvais cru ou bien le début de la fin du mythe de l’éducation finlandaise ? Seraient-ce les premiers signes que les réformes effectuées dans les années 1970, visant à rehausser le niveau de qualification des enseignants, ne sont plus adaptées aux élèves d’aujourd’hui ?

Pour saisir les enjeux de demain, qui défient même l’école finlandaise, des mesures ont été mises en place. La plus médiatique est celle proposée par un groupe de réflexion missionné par l’Etat : désormais, on peut réduire l’apprentissage de l’écriture manuscrite à une option. La seule écriture dactylographique sera obligatoire. Cette dernière mesure, vue comme « une importance nationale » selon le ministère de l’éducation nationale, sera mise en place dès la rentrée 2016.

Candice B.
@batellier

2 réflexions au sujet de « L’école finlandaise : mère de têtes bien faites et bien pleines »

  1. Merci pour cet article !

    Il est fou de voir le temps que prennent à se mettre en place les réformes éducatives des nos pays dont on sait que l’éducation en a un grand besoin, alors même que nous avons des exemples de modèles qui ont fait leurs preuves sous nos yeux.

    1. Merci à vous pour votre commentaire !
      Je ne sais pas si le modèle finlandais est transposable tel quel dans d’autres pays, en France par exemple. Cependant, certaines entreprises finlandaises se sont dédiées à exporter ce modèle au Japon ou ailleurs, et elles se portent tout à fait bien…

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