Les vivants du cimetière finlandais

Quel lieu visitez-vous pour saisir le tempérament, l’ambiance d’un pays ou bien d’une ville ? Et bien croyez-moi ou non mais je vous assure qu’un cimetière est idéal pour cela. Effectivement, quel meilleur reflet de la société que celui de la trace que les membres qui la composent veulent laisser ?

L'esplanade Mannerheim, point culminant du cimetière de Hietaniemi, où repose le maréchal Mannerheim. De cette esplanade, on embrasse du regard à la fois le cimetière, la plage et la mer. Crédit photo : CrossWorlds/Candice Batellier

L’esplanade Mannerheim, point culminant du cimetière de Hietaniemi, où repose le maréchal Mannerheim. De cette esplanade, on embrasse du regard à la fois le cimetière, la plage et la mer. Octobre 2014. Crédits photo : CrossWorlds/Candice Batellier

 

Je m’explique, une personne ou une société fière d’elle-même et pleine d’estime envers sa propre existence voudra reposer dans une dernière demeure relativement démonstrative et à l’architecture recherchée. Au contraire, une personne – et par extension, une société – humble ne cherchera pas de faste particulier mais simplement un lieu où ses descendants et sa famille pourront se recueillir.

En ce frais mois de novembre finlandais, j’ai choisi le cimetière de Hietaniemi, dans le très agréable quartier de Töölö, au bord de la mer, à deux pas de la grande plage du même nom. Ce cimetière, dédié aux morts pour la Nation au cours de la Seconde Guerre mondiale – sujet éminemment tabou dans la société finlandaise – surplombe légèrement la mer qui l’entoure.

Le mur mémorial s’allonge sur plusieurs mètres et regroupe les noms et les dates des soldats ou civils morts pour la patrie. Octobre 2014. Crédit photo: CrossWorlds/Candice Batellier.

Le mur mémorial du cimetière Hietaniemi s’allonge sur plusieurs mètres et regroupe les noms et les dates des soldats ou civils morts pour la patrie. Octobre 2014. Crédits photo: CrossWorlds/Candice Batellier.

 

Malgré le mur délimitant son enceinte, le cimetière est totalement intégré au paysage urbain alentour – la plage et les terrains de sport. Il est par ailleurs frappant de voir l’abondante nature : les allées parfaitement entretenues et les nombreux écureuils s’y promenant. La seconde évidence est l’hétérogénéité des tombes et des décorations. Certaines sont ornées de statues, d’autres de figurines kitschissimes d’anges endormis ou encore de hiéroglyphes. Mais la grande majorité d’entre elles sont très modestement décorées de simples lanternes, témoins des Noël précédents. Des sculptures ornent certaines tombes rendant hommage au métier ou la passion du défunt : une violoniste aura un violon ; un joueur de handball, un ballon. De toute évidence, ici, des vivants veillent sur les lieux.

Il y a un témoin que nous connaissons tous – au moins de vue – le maître en la matière : le gardien du cimetière. En l’abordant, je voulais comprendre quelle était la vie d’un cimetière, quel était son quotidien, de quels acteurs était-il fait. Mais, ne comprenant pas le but de mes questions, ce dernier s’est contenté de me décrire sa routine, ponctuée d’entretien des fleurs, de quelques travaux de jardinerie et de surveillance des lieux. Son objectif : rendre le lieu accueillant.

Des statues décorent le cimetière Hietaniemi. Octobre 2014. Crédit photo:CrossWorlds/CandiceBatellier

Des statues décorent le cimetière Hietaniemi. Octobre 2014. Crédits photo: CrossWorlds/CandiceBatellier

 

Et il disait vrai. Une fois l’aspect « cimetière » – et donc, de prime abord, relativement repoussant – mis de côté, un doux sentiment apaisé s’empare de vous. La lumière de fin d’après-midi – aux alentours de 16h – descend des cimes et vous embaume – littéralement. Les visiteurs réguliers se reconnaissent à l’air assuré qu’ils arborent. Ils sont venus ici pour s’occuper d’une tombe en particulier et repartent après un temps de prière sobre, propre aux luthériens – religion majoritaire dans le pays.

Dans le cimetière de Hietaniemi, de nombreuses tombes témoignent de la passion des défunts, ici la musique. Octobre 2014. Crédit photo:CrossWorlds/CandiceBatellier

Dans le cimetière de Hietaniemi, de nombreuses tombes témoignent de la passion des défunts, ici la musique. Octobre 2014. Crédits photo: CrossWorlds/CandiceBatellier

 

D’autres visiteurs déambulent pour honorer la mémoire d’un grand homme ou bien des hommes ayant combattu à ses côtés. Au fil des allées, on voit se profiler à l’horizon la butte dédiée aux morts de la Seconde Guerre mondiale. Un muret empli de noms accolés de dates se dresse comme pour cloîtrer et séparer cet espace du reste des « quartiers ». Un dessin très régulier se devine, toutes les rangées sont espacées de quelques mètres et montent régulièrement vers une esplanade.

Là, face à la mer, se dresse la tombe du maréchal Mannerheim, le héros finlandais de cette guerre, puis président de la Finlande de 1944 à 1946. Une gerbe de fleurs blanches témoigne du passage respectueux du président Indien, Pranab Mukherjee. Ce général est, pour le peuple finlandais, l’équivalent de notre Général de Gaulle : il a permis de rendre les Finlandais fiers de leur pays, de fédérer ce peuple en une Nation. Après quelques épisodes particulièrement douloureux pour la Finlande – dont la guerre civile de 1917 à 1918 – et une indépendance récente, le maréchal Mannerheim a défendu l’honneur du pays aussi bien au front que sur le terrain diplomatique.

 

Dans le cimetière de Hietaniemi, le "quartier" des inhumés, au tracé particulièrement harmonieux. Octobre 2014. Crédit photo: CrossWorlds/Candice Batellier

Dans le cimetière de Hietaniemi, le « quartier » des inhumés, au tracé particulièrement harmonieux. Octobre 2014. Crédits photo: CrossWorlds/Candice Batellier

 

Dans les allées, les coureurs venus de la plage poursuivent leur chemin, équipés de leurs bonnets et gants high-tech contre le froid qui arrive par bourrasques. En effet, en ressortant, vous débouchez sur la plage longue d’un demi-kilomètre vous rappelant d’où vient ce froid glacial. La rumeur populaire veut que les Finlandais se baignent dans la mer, en été, au clair de lune. En attendant, les restes de neige parsemant le sable, ne donne aucune envie de plonger le moindre petit orteil dans les fines vagues qui s’aventurent jusqu’au sable.

Le sentiment que cette visite vous laisse est empreint d’apaisement, d’humilité mais une robustesse toute particulière transpire de l’architecture des tombes. Cette rigueur – voire cette âpreté – se retrouve dans le caractère des Finlandais qu’aucune météo n’arrête tandis que la sérénité est omniprésente dans leur mode de vie.

Candice Batellier

2 réflexions au sujet de « Les vivants du cimetière finlandais »

    1. Félicitations pour ce magnifique reportage, accompagné d’un commentaire remarquable. En espérant d’autres reportages aussi réussis, nous t’embrassons . A trés bientôt. Papy Mamie BRET.

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