La Tsingtao, bière blonde en quête d’identité à Hong Kong

La bière, c’est partout et tout le temps à Hong Kong. Lieu public ou privé, clientèle branchée ou dépassée, ambiance festive ou posée, vous pouvez vous y saouler à volonté.

Tsingtao, bière star à Hong Kong.

Publicité pour la Tsingtao, bière star à Hong Kong. Crédits affiche : Tsingtao

La Tsingtao, reine des soirées

Tout le monde peut en boire n’importe où et n’importe quand. Dans les restaurants et les bars, on peut apporter sa petite bouteille et la siroter tranquille. C’est d’ailleurs tout un concept, ça s’appelle BYOB – Bring Your Own Booze. Beaucoup d’établissement estiment la licence pour vendre de l’alcool trop chère (une cinquantaine d’euros par jour) : la tradition s’est donc établie.  Certaines fois il faut payer le premier verre, ensuite chacun peut consommer sa propre boisson.

En fait, même pas besoin de rentrer dans un bar : les gens boivent leurs bières dans la rue. L’air étant toujours tiède, les nuits sont en permanence envahies de gens qui trinquent et titubent. Quelques bouteilles, un trottoir – la base d’une sauterie réussie.

La Tsingtao est la reine de ces soirées. Elle est dans les mains du plus misérable mendiant comme du plus classe expat’. On ne sait pas trop ce que son logo veut suggérer, on ne sait pas trop d’où elle vient, mais le fait est que sa suprématie s’est imposée. Voici une pub qui pourrait expliquer son succès, une pépite où l’on voit à la fois Mao éclater de rire et de jolies blondes en bikini :

La Tsingtao, en crise identitaire entre la Chine et l’Occident

Pourtant, malgré son rayonnement, la Tsingtao traverse une difficile crise identitaire. Pas vraiment chinoise mais pas vraiment européenne, cette bière n’a pas encore trouvé son identité propre, elle se cherche. D’ailleurs il y a encore débat sur son orthographe : Tsingtao ou Qingdao ? À l’origine l’École Française d’Extrême-Orient avait choisi la première option, à laquelle je demeure ici fidèle.

Le déchirement de la Tsingtao remonte du reste à sa naissance : quand les Allemands ont colonisé la ville de Qindao en 1898, ce sont eux qui ont installé les brasseries. Ce n’est qu’ensuite que les Chinois ont pris le relais, lorsqu’ils ont repris le contrôle du territoire en 1922. Dès sa plus petite enfance, la Tsingtao demeure donc tiraillée entre Est et Ouest. Comme elle représente 50% des exportations de bière chinoise, elle est presque autant connue à l’internationale qu’en Chine. C’est la bière chinoise la plus vendue aux Etats-Unis, elle fait partie de la culture populaire au point qu’on voit le très patriote Clint Eastwood en consommer une dans Gran Torino. Alors qui est-elle ? Une brave Germanique ou une vaillante Chinoise ?

À mes yeux, la Tsingtao est une cousine (germaine) de la ville de Hong Kong. Cette dernière correspond plutôt à la trentenaire qui, après une enfance chinoise, vient de divorcer de son mari british. Elle n’a pas encore d’enfants et son horloge biologique lui crie de se recaser, et vite. Elle angoisse parce qu’elle sent qu’on ne la regarde plus comme avant. Sauf qu’elle ne peut se tourner ni vers sa famille chinoise, trop rigide et grossière à son goût, ni vers sa belle-famille british avec laquelle elle n’entretient désormais plus que des contacts polis. Ainsi quand le dernier gouverneur britannique, Chris Patten, vient en visite à Hong Kong, on lui offre gentiment des « eggtarts », son péché mignon ; celui qu’on surnomme ici Fat Pang est le bienvenu, du moment qu’il n’est que de passage. Ce sont des relations aimables, mais policées.

Elle est perdue, cette pauvre trentenaire. Il ne lui reste qu’à boire – de la bière.

Camille Azoulai – Article publié en novembre 2013

4 réflexions au sujet de « La Tsingtao, bière blonde en quête d’identité à Hong Kong »

  1. Quelques corrections s’imposent car cet article manque d’exactitude. L’écriture en pinyin de la bière est Qingdao avec un g. De plus, après la possession allemande, la bière a été longtemps contrôlée par les Japonais (il y figurait même une croix nazie pendant la guerre).

    Qui plus est, je ne comprends pas très bien ton idée de « quête d’identité ». Tsingtao est un instrument qui sert à l’exportation de l’image de la Chine, et elle représente la société chinoise (dans toutes ses contradictions et ambiguïtés, certes), mais Tsingtao remplit à merveille sa fonction de soft power. Ainsi, parler d’une quête d’identité, c’est donc s’enfoncer dans le cliché. La prochaine fois, pousse donc ton voyage jusqu’à la fameuse ville de Qingdao, et tu comprendras que cette ville, tout comme cette bière, a déjà toute son identité et ses forces.

    P.s: le logo représente un temple qui se trouve dans la baie de Tsingtao, c’est un symbole important de la ville

    1. Bonjour Jérôme,

      Merci pour ton message, c’est dommage que l’article ne soit pas à ton goût, tu m’en vois désolée. Voici cependant les réponses à tes remarques :
      Il n’est pas question ici de pinyin, mais simplement de la traduction en français ou anglais du nom de cette bière. Mais sois en sûr, nous sommes très impressionnés que tu connaisses parfaitement le pinyin. Comme c’est écrit, j’ai choisi la traduction de l’École Française d’Extrême-Orient, car elle reflète l’angle européen.
      Ensuite, c’est précisément l’identité trouble de cette bière qui l’empêche de tomber dans une classification stéréotypée. Elle n’est ni seulement chinoise, ni seulement européenne – et c’est ce qui fait sa force, comme tu l’as souligné, avec le soft power.

      Enfin, c’est avec plaisir que je reçois ton invitation à voyager ! On part quand ?

  2. J’éclaircis mon propos, et je te cite  » Tsingtao ou Qindao ? », la vraie interrogation étant « Tsingtao ou Qingdao? ». Rassure-toi, loin de moi l’envie d’être pédant comme tu as pu le croire, mais ce genre de coquille se doit d’être corrigée pour un site qui se veut d’un certain standard… Et puis je dis aussi Tsingtao.

    Sinon, viens en Chine quand tu veux!

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