Les escalators, une rue dans les airs à Hong Kong

On s’est souvent foutue de moi pour une phrase dont je suis pourtant convaincue. “À Hong Kong, il faut penser en 3D.” Il n’y a pas juste des rues qui se croisent, mais des réseaux horizontaux et verticaux qui s’entremêlent. Vous arrivez à Hong Kong, vous rentrez dans une réalité augmentée. Vous rentrez dans The Dark Knight. 

 

Une rue dans les airs. © Eva Angermann pour The Guardian.

Une rue dans les airs. Crédits photo: CrossWorlds/Camille Azoulai

 

Comme le quartier des affaires est en pente, un gigantesque escalator passe à travers les immeubles pour faciliter la circulation piétonne. Il s’agit du plus long du monde, si bien qu’il traverse la ville en son poumon. Il s’étend sur plus de 800 mètres en longueur et 135 mètres en hauteur. C’est l’avenue principale par laquelle chacun passe, plusieurs fois matin et soir, au milieu des commerces, des bureaux et de la vie qui grouille. Et c’est dans les airs.

Crédits photo: CrossWorlds/Camille Azoulai

Chaque jour 85 000 personnes traversent ce pont au milieu de la ville selon les statistiques du gouvernement. Très tôt le matin on voit surtout des Occidentaux pressés — surtout anglais, mais aussi américains, et de plus en plus français — qui travaillent dans la finance et vont prendre la relève des marchés après New York. Bank of China, Morgan Stanley, Goldman Sachs, BNP, les banques ne manquent pas et beaucoup, comme par exemple HSBC, ont leur propre immeuble. Leurs employés ont parfois un léger sac siglé “Morgan Stanley” avec eux, car beaucoup viennent directement de la salle de sport. D’ailleurs on peut voir à travers les vitres des immeubles des gens qui courent sur des tapis dès 6-7h du matin.

Un peu plus tard, ce sont ceux qui commencent vers 10h et qui travaillent dans le luxe et les services. Toujours occidentaux, essentiellement. La population devient peu à peu moins distincte au cours de la journée : des locaux bien sûr, des quadragénaires en tenue de yoga, des nounous venues des Philippines… Les Escalators sont également devenus une attraction qui attire beaucoup de touristes. On les pousse, eux qui prennent des photos, perchés entre deux rues, eux qui agacent les gens en costumes et tailleurs.

Crédits photo: CrossWorlds/Camille Azoulai

Car le point commun de tous ces gens qui prennent les escalators, c’est qu’ils sont pressés. J’ai essayé de conduire un sondage, d’arrêter les passants pour leur poser quelques questions : échec. Seulement six personnes m’ont répondu sur une durée d’une heure. Deux d’entre eux étaient des hommes d’affaires qui allaient au bureau (l’un Hongkongais, l’autre Français) ; il y avait aussi une femme locale très sophistiquée qui allait petit-déjeuner dans un mall luxueux, le Landmark ; enfin les deux autres personnes étaient des touristes, français et allemands.

Pourquoi ai-je eu si peu de résultats ? Beaucoup devaient se rendre au travail. D’autres étaient des touristes de Chine continentale qui ne parlaient pas anglais. Et puis il y a les petites mains, ces femmes auxquelles peu font attention, qui portent des sacs très lourds et alimentent la main-d’oeuvre “facile” — pressing, restauration, aide domestique… Elles sont locales ou philippines (surtout les maids). Dans tous les cas, elles sont en retrait et ne pouvaient pas répondre à mes questions car elles n’avaient pas le temps ou ne pouvaient pas s’exprimer en anglais. Si parmi les locaux on ne rencontre ici quasiment que des femmes, c’est parce que dans un quartier financier comme Central, on trouve essentiellement soit des expatriés qui occupent des postes importants, soit des femmes, des “helpers” qui aident à faire tourner la machine dans l’ombre.

Crédits photo: CrossWorlds/Camille Azoulai

Les Escalators. Un pont, fait de métaux qui grincent, grisâtres, mais qui remplit fidèlement son rôle de passage. Un pont construit en 1993, et déjà l’artère de la ville. On y découvre le sens de cette ville, bruyante, bouillonnante, épuisante et profondément déconcertante ; cette énorme énergie qui la remplit, la diversité des gens qui y contribuent. Les Escalators passent près de l’immeuble HSBC et à côté d’une mosquée, près de restaurants gastronomiques comme L’Atelier de Robuchon mais aussi près de petites échoppes chinoises. Il est un spectacle à lui seul, dont on peut être le témoin en s’installant dans un des bars qui l’entourent.

 

Camille Azoulai

 

 

Une réflexion au sujet de « Les escalators, une rue dans les airs à Hong Kong »

  1. Ce sera dur de reconquérir des espaces agréables dans ces megalopoles infernales. La concentration de la finance internationale un poids pour l’humanité. Article très intéressant avec des photos évocatrices. De ma fenetre je ne vois que des montagnes et heureusement plus d’ascenseur pour les gravir

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