L’ovni HK de la devise nationale chinoise

“Aucune idée. »

C’est ainsi que m’a répondu mon amie hongkongaise, la fameuse Katie (AKA 龔穎彤, Kung Wing Tung), quand je lui ai demandé la devise de Hong Kong.

“ – Et celle de la Chine ?
– Aucune idée.”

Une nouvelle fois, je me suis donc confrontée au mot qui fait le plus peur à Hong Kong : identité.

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Une rue à Hong Kong le 1er octobre 2013. Crédits photo: flickr/CC/Michelle Robinson

Ni chinoise ni britannique

Me lancer dans une analyse de la devise nationale chinoise, ç’aurait été hypocrite. Car Hong Kong n’est pas la Chine, c’est dit. Les Hongkongais regardent de haut les Chinois, des barbares sals et impolis, et jamais ils ne s’identifient à leurs valeurs. Qu’importe ce dont il s’agit, si c’est chinois, ils s’en écartent. Alors, même si la devise de la République populaire de Chine prône de “compter sur ses propres forces”, Hong Kong ne daigne pas écouter le conseil.

Aussi, ç’aurait été déplacé d’étudier l’ancienne devise de la colonie britannique. Ç’aurait pourtant pu être de circonstance car elle est en français dans le texte : “Dieu et mon droit”. Oui, l’héritage du Commonwealth est certain. Après plus d’un siècle et demi d’influence anglaise, la ville a cessé d’être une colonie seulement en 1997. Tous les Hongkongais ont d’ailleurs la nationalité britannique. Mais ce serait réduire Hong Kong à une ancienne colonie, dont la réussite ne tiendrait qu’à la tutelle occidentale…

Celle qu’on appelle la “Perle d’Orient” est un ovni. En tant que Région Administrative Spéciale (RAS), elle n’obéit (pour l’instant) pas à la loi chinoise. Ce statut finira normalement 50 ans après la fin de la concession britannique, c’est-à-dire en 2047 – “au moins”. Voilà ce dont tous les Hongkongais ont peur : dans 33 ans exactement, il y a de fortes chances pour que Hong Kong ne soit qu’un endroit parmi d’autres en Chine.

Beaucoup ne se voilent pas la face et voient venir la fin inéluctable de l’île : ils disent que même si le statut reste à part, Hong Kong sera en fait totalement sous la coupe de Pékin. C’est pourquoi ils font un rejet si viscéral des valeurs chinoises – un réflexe de survie. Donc, ni chinoise, ni anglaise : hongkongaise. Ça veut dire quoi, hongkongaise ?

La fête nationale (chinoise) à HK, démonstration de force. Crédits photo - Camille.

La fête nationale (chinoise) à Hong Kong, démonstration de force. Crédits photo: CrossWorlds/Camille Azoulai

La devise du dollar

Peut-être que la devise de cette ville, c’est justement la devise : le Hong Kong dollar. Jeu de mots osé, je vous l’accorde. Mais il faut reconnaître la valeur de l’argent ici, où tout va vite, où la finance est reine, où les taxes sont dérisoires, où tous les expats viennent pour s’enrichir avant tout. Depuis 20 ans, Hong Kong est classé n°1 en terme de liberté économique par le think thank américain Heritage Foundation. Les companies étrangères ne souffrent d’aucune barrière à l’entrée du marché. Il n’y a aucun contrôle des échanges. “Enrichissez-vous”, c’est le mot d’ordre.

Hong Kong la nuit. Crédits photo: flickr/CC/Marcelo Druck

Hong Kong la nuit. Crédits photo: flickr/CC/Marcelo Druck

« Eat »

Hong Kong est une ville incroyablement riche, mais pas seulement économiquement. Elle recouvre une sorte d’hybridité culturelle difficile à catégoriser. On retrouve toujours cet étrange patchwork, à la croisée de l’Orient et de l’Occident. Le mode de vie chinois est bien présent, notamment à travers tous les étals dépareillés de rue, les bocaux bigarrés de médecines chinoises, les bricoles à l’effigie de Mao. Comment résumer la culture chinoise, plein de traditions millénaires et parfois de déni…? Et encore plus dur, comment résumer la hongkongaise, qui se construit souvent en opposition ?

Après avoir harcelé mon amie hongkongaise, elle m’a finalement donné un mot qui pourrait résumer la culture de cette ville étrange. “Eat”. En effet, la nourriture illustre bien l’hybridité qui fait la force de Hong Kong. On la trouve n’importe où, n’importe quand : comme les “snow skin mooncakes”, ces nouveaux genres de gâteaux traditionnels qui ont le goût de glace mais gardent leurs caractéristiques chinoises, par leur forme circulaire mais surtout car ils ne se mangent qu’à l’occasion de la pleine Lune de mi-automne (le 15e jour du 8e mois lunaire).

Hong Kong la nuit. Crédits photo: flickr/CC/Marcelo Druck

Hong Kong la nuit. Crédits photo: flickr/CC/Marcelo Druck

Un mooncake, le 21 décembre 2010. Crédits photo: flickr/CC/karendotcom127

Un mooncake, le 21 décembre 2010. Crédits photo: flickr/CC/karendotcom127

 

Vous voulez comprendre Hong Kong ? Mangez ! Beaucoup, toujours, toujours plus, et vite ! “Stay hungry, stay foolish”, disait Steve Jobs, et  ça pourrait bien être une phrase d’accroche du libéralisme.

Camille Azoulai

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