Mes tentatives d’approche du mâle chinois

Scénario n°1. En boîte

Mercredi soir, Ladies’ Night dans le quartier de Wan Chai : alcool gratuit pour les filles, les coupes de mauvais champagne passent de main en main. Odeur corsée de gens joyeusement entassés. Fidèle à ma tâche journalistique, pour ce cinquième regard sur le sexe opposé, je cherche du regard un local à draguer… Personne. C’est simple, alors que les Occidentaux ne représentent que 0.7% de la population hongkongaise, je ne trouve ici que des profils caucasiens. Les locaux ne voient pas l’intérêt de sortir et doivent déjà être en train de dormir ou en train d’étudier à la bibliothèque.

Scénario n°2. Des codes mystérieux.

Ah si, au comptoir, trois Chinois ! J’étouffe un “yesssss” intérieur. Quelques verres, une ambiance enfumée, ils m’ont l’air bien en forme. Mais rapidement, ça dérape. Ils commencent à parler avec des codes mystérieux. On me demande : “Are you O, A, OBA or OBSA?”. O (occupied) signifie en couple, A (available) célibataire, OBA (occupied but available) est clairement une invitation à une relation extra-conjugale, et OBSA (occupied but sexually available) parle de lui-même. Face au sérieux des filles chinoises, beaucoup s’imaginent que toutes les étrangères sont SA (sexually available).

Scénario n°3. À la bibliothèque.

Vous et moi l’avons compris, il vaut mieux que je quitte la piste de danse. Direction la bibliothèque de mon université. Des locaux y travaillent h24 et dorment sur place. Ils abordent rarement les étudiantes en échange, mais j’ai eu l’incroyable chance d’être une fois – une seule – approchée. Cela  aurait du être la bonne. Le jeune chinois s’est assis à côté de moi et a ouvert un manuel d’espagnol ou d’allemand, ou d’italien. Habile, il a compris que j’étais européenne. Mais au bout d’une demi heure, sans m’avoir adressé la parole, il finit par s’en aller. Et puis il revient essoufflé : “Est-ce que je peux être ton petit ami ?” C’est ça, l’innocence bon-enfant des locaux ! Inutile d’aller plus loin, je me contenterais de vous confier que j’ai laissé passer ma chance.

Scénario n°4. Mon banquier, un chaton.

D’accord, j’ai exagéré. Il y a bien une autre fois où un local s’est intéressé à moi, et l’histoire m’a amenée à la même conclusion : ils sont vraiment « choupis », ces Chinois. Il est quasi impossible d’obtenir une carte de crédit pour un étudiant… d’où mes échanges quotidiens avec celui que j’ai enregistré dans mes contacts sous le nom de “Michael HSBC”. Au fil de mes difficultés bancaires, il est devenu un de mes “favoris” sur Whatsapp. Au début il ne s’agissait que d’argent. Puis “Michael” m’a ajoutée sur WeChat, l’équivalent chinois de Facebook. Je ne connais toujours pas son vrai nom chinois, par contre j’ai découvert les photos de petits chatons qu’il publie régulièrement. Et aussi les citations profondes qu’il partage, évidemment en les ayant décorées de toutes les couleurs. “There are some things that, if you don’t do them now, perhaps you never will”, écrit-il par exemple. J’ai décliné plusieurs propositions de rendez-vous avec Michael (je suis allergique aux chats), je ne pourrais donc pas vous faire partager sa philosophie plus en détails.

Scénario n°5. Le Chinois et la Chinoise.

Là, c’est quand la force des choses oblige le mâle chinois à me fréquenter. “Patrick”, c’est le prénom occidental du garçon Hongkongais avec qui je devais faire mon exposé. Patrick est très gentil. Mais quand je l’ai rejoint pour travailler, toujours dans cette fameuse bibli, il ne m’y attendait pas seul : sa copine chinoise était venue nous tenir compagnie pour vérifier qu’il n’y avait aucune ambiguïté. Claire supervise toutes les relations féminines de son âme soeur. Le couple se tient la main en permanence. Ils n’ont jamais couché ensemble, pas question avant le mariage. Il est resté soumis, m’a lancé parfois discrètement des regards désolés mais contrits.

 

A la Saint-Valentin, il y en a pour tous, sauf pour moi. Crédits photo - Justine Dobelmann.

A la Saint-Valentin, il y en a pour tous, sauf pour moi. Crédits photo: CrossWorlds/Justine Dobelmann.

 Scénario n°6. Tinder.

Bon, je me retrouve seule. J’ai raté ma chance. La mort dans l’âme je quitte la bibli et je me tourne vers Tinder, cette application géniale qui localise les personnes à proximité également en mal d’amour. Mais je ne tombe que sur des têtes familières, des amis expats. “Haha, t’utilises Tinder, t’es vraiment  tombée si bas ?…” On ne me “match” avec aucun Chinois. C’est d’autant plus frustrant qu’à quelques mètres, mon camarade français ne cesse de tomber sur des profils de filles locales intéressées. Les filles chinoises sont souvent en couple avec des expats, c’est même un phénomène largement répandu, mais le contraire n’arrive quasiment jamais. Peut-être parce que ces filles cherchent à épouser le mode de vie occidental, le « luxe » qui va avec, et également car il y a plus de filles que de garçons : avec 876 hommes pour 1000 femmes, la concurrence est rude. Même Tinder m’a déçue.

Alors non, je ne me suis pas trouvée de copain chinois. J’ai décidé de faire avec : je ne leur plais pas.

Camille Azoulai

NB : Cet article a été volontairement écrit sous un ton humoristique.

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