Pour en finir avec la calvitie, direction Istanbul

Les cheveux, 8 pays, 8 regards. En Turquie, Clémence Zisswiller a suivi les pas de Atakan, qui comme des milliers d’autres, a choisi la chirurgie esthétique pour lutter contre la calvitie. Un tourisme florissant en Turquie.

Shampoings fortifiants, lotions vivifiantes, poudres texturisantes… Le marché turc regorge d’offres créatives pour enrayer, limiter ou camoufler la chute des cheveux.

Avoir une crinière flamboyante est largement valorisé et considéré comme un symbole de jeunesse, de santé, voire un atout de séduction dans l’imagerie populaire. Alors au nom de la jeunesse et de la perfection, se développent toutes sortes de méthodes de correction de l’apparence… et un marché du cheveu. Vous désirez re-densifier un crâne clairsemé ? La micro-greffe capillaire s’impose comme la solution au poil !

plaquette Clinimed

Plaquette publicitaire pour un centre de soins et de chirurgie esthétiques situé à Nişantaşı, un quartier cossu et prisé d’Istanbul. Mai 2019. 

Casquette ou micro-greffe ?

« Les cheveux, c’est le maquillage de l’homme », estime Atakan. Agé de 33 ans, ce stambouliote a subi une « FUE » en janvier dernier. Et cette opération, il ne la regrette absolument pas : il ponctue d’ailleurs son récit de pauses, en passant la main dans sa nouvelle chevelure foncée.

Atakan commence à se dégarnir aux alentours de ses 23 ans. Ses cheveux s’épuisent sur une année, sa confiance en lui s’appauvrit. Il n’a que 24 ans et déjà l’impression de regarder s’échapper sa jeunesse ; alors il cache ce nouveau complexe sous une casquette. « Je n’osais plus la retirer… Même lorsque ma voisine, une personne très âgée, venait me rendre visite, je ne voulais pas me découvrir ! ». Il entend alors parler de la micro-greffe.

Mehmet pré FUE

Atakan avant sa transplantation de follicules pileux. Avril 2018, Sile. © Photo fournie par Atakan. 

 

Appelée FUE (pour Follicular Unit Transplantation) dans le jargon médical, cette micro-greffe est considérée comme une opération chirurgicale « légère ». Réalisée sous anesthésie locale, la FUE consiste en l’extraction un à un de follicules pileux, implantés sur le crâne au niveau de la zone dégarnie.

Les greffons sont prélevés dans la couronne dont les cheveux ne tombent jamais. En fonction de la qualité de cette zone donneuse, le praticien définit une quantité de greffons à prélever (entre 2000 et 6000). Les cheveux ne repousseront alors plus dans la couronne, mais viendront densifier les parties clairsemées ou dégarnies.

Il s’agit ici d’un cas de chirurgie du mieux-être, comme le décrit Anastasia Meidani, sociologue de la santé : « Il ne s’agit pas de briser la cohérence de l’image du corps pour en créer une autre, mais de reconstruire la cohérence brisée de l’image du corps ». Son article intitulé « Différence « honteuse » et chirurgie esthétique : entre l’autonomie subjective des sujets et l’efficacité du contexte normatif » traite entre autre de la réappropriation du corps par la chirurgie esthétique.

Alors sur les recommandations d’un de ses amis anciennement chauve, Atakan prend rendez-vous pour un implant de follicules pileux à l’Academic Hastanesi, un hôpital privé localisé dans le quartier d’Üsküdar à Istanbul. Le maître d’opération n’est pas un docteur, mais un spécialiste de l’implant capillaire, « saç ekim uzmanı » en turc. Ce dernier ne dispose pas de sa propre salle d’opération mais loue une chambre à la journée dans cet hôpital.

Le spécialiste en transplantation trace la ligne de démarcation entre le front et les cheveux et décide du nombre d’implants. Pour Atakan, il s’agira de 4500 greffons prélevés dans la couronne et implantés sur l’avant du crâne. D’après le praticien, une greffe plus importante conduit à une perte de cheveux plus importante par la suite. Ce spécialiste pratique le prix fixe de 4000 TL (soit 625€) pour la totalité de l’opération, nullement pris en charge par l’assurance médicale.

Une fois le tracé de la ligne frontale réalisé, les assistantes prennent le relais pour retirer un à un chacun des 4500 follicules pileux. Et après de très nombreuses injections et dix heures d’opération, Atakan ressort avec un pansement blanc, enroulé comme un turban, le crâne légèrement endolori. Deux médicaments post-opératoires sont ordonnés pour favoriser la repousse des nouveaux cheveux accompagnés de rituels de lavage.

Mehmet post-FUE 1 semaine

Atakan, une semaine après la transplantation. Avril 2018, Sile. © Photo fournie par Atakan.

 

Les résultats sont rapidement visibles et très satisfaisants. Cependant, les suites de l’opération comportent des effets secondaires, tels qu’une insensibilité du crâne liée aux nombreuses injections anesthésiques. Prévue pour une durée de six mois, l’endormissement de la zone opérée s’est prolongé sur un an dans le cas de Mehmet.

Tourisme médical

Comme Atakan, les transplantés sont de plus en plus nombreux à fouler les rues d’Istanbul. Le crâne orné d’un bandage blanc, le sommet de la tête laissé à nu mais plus pour très longtemps… Ils parlent l’arabe, le russe ou le grec mais partagent au moins un point commun : une alopécie androgénique, généralement connue sous le nom de calvitie.

Si la Turquie a pu souffrir ces dernières années d’une baisse du tourisme de masse, aujourd’hui c’est grâce à l’industrie du tourisme médical qu’elle compte refaire la belle sur la scène internationale. Les secrets de ce secteur en expansion ? Une technologie de pointe maîtrisée par des docteurs qualifiés souvent diplômés à l’étranger, le tout allié à des prix séduisants. Aux côtés de la chirurgie plastique et des soins dentaires est venu s’ajouter le commerce du cheveu.

Dans une interview datée du 27 avril dernier accordée au quotidien Hürriyet, le docteur Servet Terziler dévoile quelques chiffres : « Chaque jour 2000 touristes bénéficient d’implants capillaires ».

Cet ancien pédiatre, membre du conseil des relations économiques extérieures (DEİK en Turc) est aujourd’hui Président du comité Esteworld, un groupe de soins esthétiques implanté aux quatre coins du monde. Il estime qu’en 2018, le secteur de la chirurgie esthétique et des implants capillaires a rapporté plus d’un milliard de dollars à la Turquie. Soit plus de 500 000 patients, dont 85% ont bénéficié d’implants capillaires. Actuellement, le chiffre annuel global de la santé est estimé entre 2 et 2,5 milliards ; les domaines de l’esthétique et de la transplantation capillaire représentent en conséquent plus de la moitié du chiffre global de la santé.

Des chiffres appelés à monter en flèche. En effet, la Turquie s’est fixée pour objectif d’accueillir 2 millions de patients d’ici 2023 et d’élever son chiffre d’affaires à 20 millions de dollars.

La clientèle, quant à elle, tend à se diversifier. Si la Turquie accueillait principalement des ressortissants des pays du Golfe, elle a su étendre ses offres intéressantes vers les pays voisins et jusqu’au cœur de l’Europe. Une clientèle désireuse de qualité, parfois réticente, qu’il a d’abord fallu convaincre.

Parlons peu, parlons prix

Pour faire exploser la demande, le marché a su proposer des offres qui ont du toupet ! Des prix tantôt exprimés en euros, tantôt exprimés en livres turques, qui varient énormément mais demeurent plus alléchants qu’en France.

Cette différence s’explique par un coût de la main d’œuvre bien moins élevé en Turquie. Rappelons que le salaire mensuel minimum s’élève cette année à 2020 livres turques (soit 315 € au 08/05/19). Par ailleurs, les cliniques européennes ont tendance à définir un prix à l’unité (1€ le cheveu par exemple) tandis que les cliniques turques préfèrent adopter un tarif d’ensemble.

Certaines cliniques travaillent en partenariat avec des agences de tourisme médical et proposent des séjours « presque tout compris ». Ainsi, à partir de 2000€ (prix variables) vous bénéficierez des services suivants : « transports avec chauffeur privé / 3 nuits d’hôtel en centre-ville / greffons illimités ». Cliniques et hôtels sont généralement placés en centre-ville, une localisation exceptionnelle qui offre la possibilité de visites touristiques aux accompagnateurs.

La prise de contact auprès des cliniques et hôpitaux est rapide. Certains disposent d’ailleurs d’un service de traduction mis à disposition des clients-patients. Ensuite, à partir de quelques photos envoyées par mail, le spécialiste de la transplantation pose son diagnostic. Il ne suffit plus que de sauter dans l’avion.

Aujourd’hui, la publicité et les témoignages diffusés sur les réseaux sociaux profitent au secteur. Certains YouTubeurs français partagent d’ailleurs leur expérience de transplantation réalisée en Turquie au travers de vlogs. Ces vidéos immersives permettent de se créer une véritable opinion sur le processus de FUE, voire de s’échanger les bonnes adresses en commentaires.

Atakan lui aussi s’exprime sur le sujet… Cela fait maintenant près d’un an et demi qu’il a réalisé la FUE. Son crâne a cicatrisé, ses nouveaux cheveux se sont développés de même que sa confiance en lui. « Le regard des autres a changé, et maintenant on me demande les coordonnées de mon praticien ! » assure-t-il, tout sourire. C’est vrai qu’il semble un nouvel homme. Il songe à une deuxième session de 4500 implants pour densifier la même zone.

Mehmet post FUE complet

Atakan, résultat final de la transplantation. Avril 2019, Sile. © Photo fournie par Atakan.

 

« We all have the right to look healthy and young », prétend le Docteur Servet Terziler sur son site internet. A l’exception qu’il s’agit d’un droit qu’il faut pouvoir financer.

Clémence Zisswiller, correspondante à Istanbul

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