L’affaire Talwar, un Cluedo de l’honneur en Inde

Cet été, nous contribuons au hors-série de Causette ! Les journalistes de ce magazine s’intéressent aux faits divers qui ont bouleversé la société française ; CrossWorlds apporte son regard international et vous révèlent quels faits divers marquent encore les sociétés dans lesquelles vivent nos correspondants. Sur les onze papiers, nous vous en révèlerons cinq. Cette première histoire débute un 8 mai 2008, dans une famille de dentistes à New Delhi.

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En 2015, deux films sortis en Inde s’inspirent du drame familial qui a secoué la société sept ans plus tôt. Talvar, de Meghna Gulzar (2015). Crédits affiche : VB Pictures et Junglee

 

Un double meurtre, de multiples scénarios et un pays tenu en haleine. L’histoire commence le 8 mai 2008 dans une famille de dentistes à New Delhi. Il est 6 heures du matin lorsque Mme Talwar découvre le corps de sa fille de 14 ans, Aarushi, sauvagement égorgée. L’appartement est fermé de l’extérieur, sans trace d’infraction. Une bouteille de rhum brisée, couverte de sang, trône sur la table du salon.

Le domestique népalais, Hemraj, qui s’est volatilisé, est le premier accusé de viol et meurtre. Mais le lendemain, son corps est retrouvé. Dans un pays où les crimes d’honneur sont courants, un nouveau synopsis s’impose : Aarushi et Hemraj étaient amants, le père Talwar l’a découvert et les a tués.

L’affaire, déjà largement relayée par la presse, devient une obsession nationale. Dans une société pudibonde, l’image d’une adolescente subversive entretenant une liaison sous le nez de ses riches parents, fascine un public en quête de frissons. Mais là encore, les preuves ne concordent pas.

 

Rahasya, de Manish Gupta. Crédits affiche : VIACOM18 Motion Pictures et UVI Film production pvt

En 2015, deux films sortis en Inde s’inspirent du drame familial qui a secoué la société sept ans plus tôt. Rahasya, de Manish Gupta (2015). Crédits affiche : VIACOM18 Motion Pictures et UVI Film production pvt

 

Troisième hypothèse : les meurtriers sont deux domestiques népalais qui auraient rendus visite à Hemraj. Arrêtés, ils confessent… torturés, sous narcotique. Les conditions de l’interrogatoire provoquent une montée de tensions communautaires ; la police abandonne les charges.

Resté seul coupable potentiel, le père est à nouveau inculpé, avec sa femme cette fois. La société se divise entre pro et anti-Talwar. Père aimant ou violent ? Mère éplorée ou complice ? Même l’arme du crime est sujette à discussion dans cette affaire qui prend des airs de Cluedo : couteau népalais ? Scalpel de dentiste ? Bouteille de rhum ? En 2013, la condamnation à perpétuité des Talwar laisse supposer un verdict de complaisance dicté par la société. Aujourd’hui encore, le débat enflamme les repas familiaux… en attendant un prochain appel ?
Anouch Carracilly

 

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Tanzanie – Des corps trop blancs (Marianne Getti)
Etats-Unis – Le petit Ethan Patz ou la fin de l’insouciance hippie (Marie Jactel)
Afrique du Sud – Baby Tshepang, violée à neuf mois (Esther Meunier)
Angleterre – Myra Hindley, le diable au féminin (Clara Hernanz)
Japon – Le best seller du Manuel complet du suicide (Hannah Bidoire)
Turquie – Les suicidés de Batman (Marguerite Salles)
Australie – Ivan Milat, le tueur de backpackers (Elise Levy)
Brésil – Maria Da Penha, la survivante (Paul Divet)
Kirghizistan – Un monstre « made in USSR » (Margot Holvoet)
Cuba – Pas de « crónica roja » (Clara Wright)

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