Jeux d’enfants au Kirghizistan

Au Kirghizistan, et dans toutes les écoles du monde, il y a des rituels, des modes et des codes connus seulement des enfants. Des hiérarchies se font et se défont, des jeux apparaissent, évoluent, disparaissent. Au Kirghizistan comme partout, les garçons apprennent à devenir des hommes. Mais chaque pays, chaque école, chaque enfant à sa manière de grandir. Petit aperçu du devenir homme au Kirghizistan.

Des écoliers rentrant chez eux après l’école à Koshkor, ville de l’Est du Kirghizistan. Crédits photo : Crosswolrds/Margot Holvoet

Des écoliers rentrant chez eux après l’école à Koshkor, ville de l’Est du Kirghizistan. Crédits photo : Crosswolrds/Margot Holvoet

 

Au jardin d’enfant

Les enfants, filles comme garçons, fréquentent pour beaucoup le « dietski sad » (jardin d’enfant) dès 2-3 ans. Créé par l’Union Soviétique pour permettre aux mères d’y laisser leurs enfants et d’aller travailler, ces « dietski sad » sont comparables à nos maternelles, sans la régularité quotidienne et consistant davantage en des jeux ; comme en France, les enfants y rencontrent la cantine et la sieste après le déjeuner.

Dès alors, une hiérarchie commence à s’établir entre les garçons. Comment ? Tout commence par l’épreuve de la cuillère, qui ferait pâlir Oliver Twist : celui qui s’est vu attribuer la plus grande cuillère par les cantinières est automatiquement et sans conteste désigné comme le chef – le plus fort, le plus viril. Impitoyable.

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Un « dietski sad », abandonné de ses petits occupants jusque fin janvier : si le temps est très clément pour l’instant, les prévisions météo ont conduit le gouvernement à repousser la date de rentrée de deux semaines pour économies de chauffage. Crédits photo : Crossworlds/Margot Holvoet

 

A l’école

Là encore, les établissements et les classes sont mixtes. A Bishkek, et lorsque les villes comportent plusieurs écoles, elles sont numérotées selon leur ordre de création ; dans les villages où il n’y a qu’une seule école, elles portent des noms. Chaque niveau a également son numéro: on est en 1ere année d’école, 2e année, jusqu’à la 9e année. Dans les premières années les filles jouent avec les filles, les garçons avec les garçons – schéma universel.

Le jeu en vogue dans les années 1990 consiste, pour les garçons, à se munir de roues de poussette et de barre en métal mou ; à replier les extrémités – l’une en poignée de canne, la seconde pour y fixer les roues de poussette ; et courir après sa canne roulante, monter, descendre… Un peu plus tard, la mode dans les villages est à une sorte de « pétanque » : tracer une ligne sur le sol en sable et se munir de petits os de moutons, restes des dîners; celui qui déforme la ligne le plus de fois remporte le jeu. Ce jeu est pratiqué par les adultes également, avec quelques variantes ; il est un jeu traditionnel du Kirghizistan : c’est « l’ Ordo »[1].

Les enfants ne regardent alors pas la télé : si tous les foyers ou presque en sont dotés, la chute du bloc signifie l’arrêt partiel de la diffusion des chaînes russes (le gouvernement kirghize refusant au début de payer pour celles-ci). Dans les premières années d’indépendance, les chaînes russes sont activées à partir de 22h, pour une durée de 10h. Les chaînes nationales n’attirent toujours qu’un faible public. Aujourd’hui, la télé (de nouveau bien russe) et l’ordinateur ont remplacés ces jeux d’extérieurs.

Au collège

Les garçons doivent briller par leur force mais aussi leur intelligence : aux bonnes notes doit être alliée une bonne répartie. Côté muscle, ils ont bien présent dans leurs têtes le classement des « Ataman » (mot probablement d’origine mongole) ; l’ « Ataman » est le plus fort. On le devient en se battant de temps en temps, juste ce qu’il faut pour gagner sa place. Et chacun sait qui est le 2e, le 3e, le 4e, le 5e… jusqu’au nouveau renversement de hiérarchie.

Et puis, certains commencent à être copains avec des filles ; ceux qui ne sont pas considérés comme « les méchants » par celles-ci… Les amitiés filles garçons sont assez rares, la tradition réifiant les cases maris/femmes. Et, même longtemps après la sortie de l’école, les femmes ne sont pas considérées les égales de l’homme.

Dans les dernières années d’école, l’émulation devient plus intellectuelle. L’école a hérité de l’Union soviétique l’organisation des « Olympiades » (de mathématiques, d’anglais, de géographie…) entre les écoles. Les professeurs choisissent le meilleur élève dans chaque matière ; si leur élève gagne, ils en retiennent prestige et parfois privilèges. L’élève gagnant est parfois envoyé en voyage à l’étranger.

Margot

 

[1] Les hommes jouent à l’Ordo en traçant un cercle au sol, au centre duquel ils disposent des petits os. Le jeu consiste à viser ces derniers avec des cailloux.

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