En Malaisie, dualité de taxis, dualité de clients

Capitale de la Malaisie et métropole asiatique en devenir, Kuala Lumpur est une ville en constante mutation. Facile donc de trouver une highway qui n’est pas encore sur notre pauvre GPS, plus difficile d’être au volant de sa voiture sur cette même autoroute. On comprend aisément pourquoi la capitale malaisienne se place dans le top 5 des villes les plus congestionnées d’Asie, derrière Bangkok, New Delhi et Djakarta. Ajoutons à cela le prix exorbitant de la location d’une voiture, et l’équation du transport en commun prend son sens.

Métro, monorail, KTM, bus, et taxis s’avèrent donc très utiles dans cette ville dans laquelle ni la température ni les rues ne sont faites pour les piétons. Mais ce sont les taxis qui retiennent l’œil, réels indicateurs du niveau de développement du pays et de sa dépendance au tourisme.

Un taxi à Kuala Lumpur le 31 août 2008. Crédits photo: Flickr/CC/Lisa and Alec

Un taxi à Kuala Lumpur le 31 août 2008. Crédits photo: Flickr/CC/Lisa and Alec

Le meter, l’invention qui sauve nos ringgits

Sur le papier, le taxi semble être un moyen de locomotion très abordable voire très peu cher : 3 ringgits (1 euro = 4,35 ringgits) le premier kilomètre, puis 10 sens les 115 mètres. On retrouve dans cette échelle de prix les tarifs classiques des villes en développement d’Asie, et les habitudes des expatriés de prendre le taxi pour aller acheter son pain.

Mais, si légalement ces tarifs se doivent d’être appliqués et sont affichés sur la banquette arrière, la théorie ne se confond que rarement avec la réalité. Les conducteurs sont plus enclins à discuter le prix de la course avant le départ, revoyant à la hausse leurs attentes monétaires. Est-ce notre couleur de peau qui joue ? Sans aucun doute, mais pas que. Les malais eux-mêmes doivent faire face à ce gonflage permanent des prix, quitte à refuser de monter. Car c’est le point le plus surprenant – et révélateur de l’état d’esprit malais. Orgueilleux peut-être, mais surtout fatalistes, ces conducteurs préfèreront perdre une course que de négocier durant de longues minutes. Heureusement pour nous, l’abondance de taxis et le bons sens de certains conducteurs font que, souvent, on trouve finalement chaussure à son pied.

Être touriste à KL, ou s’assurer de payer plein pot

KL City Center, aux pieds des Petronas Towers. Sans doute le quartier de la capitale le plus prisé des touristes. « Taxi meter ? No thanks, find another one. » Impossible ici de trouver un taxi au meter, la ligne dédiée s’étalant pourtant sur une centaine de mètres. Les conducteurs de taxi n’hésiteront pas à monter le prix de la course au delà des 30 ringgits pour une distance avoisinant les 3 km. On s’en frustre rapidement.

La vision du touriste prêt à dilapider son argent se décline à tous les services, du prix du tee-shirt à la simple bouteille d’eau. Mieux encore, la Malaisie a mis en place il y a quelques années le concept de « police touristique », officiellement pour protéger les touristes sur les sites les plus visités. Mais grande fut notre surprise à la Mosquée de Putrajaya quand un de ces policiers assigna amende à une pauvre touriste russe n’ayant fait pour seul crime que de pénétrer chaussures aux pieds dans l’édifice religieux. Une broutille pour nos bourses d’européens, mais tant pour le malais moyen. Enfin, nous mettrons ça sur le compte du pays en développement, de la différence de niveau de vie, ou de nos têtes de benêts. Au choix.

Ou être conducteur de taxi, et lorgner sur les touristes

Si les prix sont exorbitants pour nous européens, de l’autre côté du miroir ils sont plus raisonnés. Abdul A., chauffeur de taxi depuis 13 ans à Kuala Lumpur, a accepté de me peindre son quotidien en quelques mots. Je l’ai trouvé dormant sur son volant à une heure avancée de la nuit, attendant le prochain client ou peut-être que l’heure tourne jusqu’au matin, je ne saurais jamais. En tous cas, j’étais sa dernière course de la journée. Durant ce vendredi, il avait conduit 13 personnes dans son taxi, pour un montant total de 120 ringgits. Des petites courses donc, mais qui étaient dans l’average income per day. Travaillant à son compte, il doit cependant payer une franchise de 30 rm ( !) par jour à la compagnie nationale de taxi, et dépense aux alentours de 35 rm d’essence à la journée. Le calcul est rapidement fait, Abdul touche donc la totalité des courses au delà de 65 rm. On comprend donc rapidement le pourquoi de la course sans meter, le comment de celle à 30 rm. Merci touriste de me faire ma journée en 20 minutes.

Une ville à l’image de l’Asie

Finalement, on ne peut que comparer Kuala Lumpur au stéréotype de la capitale asiatique : en continuel développement, et pendues à l’argent des occidentaux. Mais à l’inverse de ses semblables et ayant beaucoup à apprendre aux capitales européennes, Kuala Lumpur a lancé par l’intermédiaire de deux entrepreneurs le concept qui change nos trajets. Myteksi, c’est l’assurance d’avoir un taxi dans les dix minutes, et seulement pour 2 rm supplémentaires. Et quel bonheur d’avoir décliné ca en application smartphones, nous rendant la tâche encore plus facile : une fois ouverte, l’application bip automatiquement les taxis les plus proches, ceux-ci vous appelant directement si ils sont intéressés. Une révolution dans l’ère du taxi kuala-lumpurien.

Amaury Hauchard

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