La easy-jetset des dancefloors berlinois

« Easy-jetsetter » : des jeunes, venus de toute l’Europe, qui prennent des vols low-cost pour passer quelques jours dans des villes européennes, profitant du coût du billet pour s’évader un week-end. La destination qui fait fureur en ce moment ? Berlin, pour ses clubs mondialement connus.

L’uniformisation des soirées

Une des auberges de jeunesse les plus connues des touristes à Berlin est le Wombat’s hotel, pour sa location et ses prix. A l’intérieur, on trouve des groupes de lycéens ou d’étudiants venus passer quelques jours dans la ville de la techno. Ce qui frappe dans les discussions avec les touristes est l’uniformisation de leurs attentes vis-à-vis de la vie nocturne de Berlin. Toutes les nationalités confondues ont presque exactement les mêmes informations et envies.

Jan et Kirsten du Danemark, Stefania de Bavière, Camille et Adeline de France (et beaucoup d’autres), tous la vingtaine, suivront ce soir le même plan de soirée. Prendre quelques bières, puis « tenter le Berghain ». En cas d’échec, ce sera une autre boite où il est plus facile d’entrer, comme le Trésor ou le Chalet. Et ce, que vous soyez juste curieuse comme Stefania qui ira « pour voir et ne rentrera pas trop tard« , ou des convaincues comme Camille et Adeline qui repartiront dimanche, en « espérant ne pas voir le soleil« .

Crédits Photos : Crossworlds/Etienne

Le Wombat’s hostel, Berlin. Crédits Photo : CrossWorlds/Etienne Behar

 

La raison de cette uniformisation est que les sources d’information pour ces touristes sont à peu près les mêmes. Parce que les easyjetsetters cherchent à « profiter de chaque minute« , comme dit Stefania, le Lonely Planet ou le guide du Routard donnent des informations très synthétiques et donc similaires sur les clubs. Les sites web contribuent à renforcer le mythe sur la hiérarchie des « meilleurs » clubs. D’innombrables blogueurs donnent des conseils pour rentrer au Berghain, indiquent les jours où l’on a le plus de chance de rentrer dans chaque boîte, et certains offrent même pour 100 euros l’assurance de rentrer au Berghain, satisfait ou remboursé. Déjà en 2005, les clubs de Berlin arrivent ainsi à un chiffre d’affaire de 170 millions d’euros par an.

L’alternative aux files d’attente

Danielle, la gérante de l’auberge de jeunesse Wombat’s trouve le rapport à la fête de ses clients problématique. « Ils veulent tous aller au Berghain, au Yaam ou au Week end. Au début, j’essayais de les dissuader parce qu’ils ne rentrent jamais, mais j’ai compris que ça ne servait pas à grand chose… Alors maintenant on a un classeur où on leur donne des conseils pour rentrer dans chaque club. ». Mais tous ces conseils finissent par donner lieu à des situations absurdes et contraires à l’esprit festif originel de la ville.

Exemple : comme toutes les sources disent qu’il faut s’habiller en noir pour rentrer au Berghain, Danielle rit jaune : « la file d’attente ressemble de plus en plus à un enterrement ». Selon elle, l’influence d’Easyjet est très importante.

« Easyjet a ouvert une ligne Dublin-Berlin il y a quelques années. Du jour au lendemain, l’auberge s’est remplie d’Irlandais« .

Conseils du Wombat's pour rentrer en boîte. Crédits Photos : Crossworlds/Etienne

Conseils du Wombat’s pour rentrer en boîte, avec la photo du videur du Berghain. Crédits Photos : CrossWorlds/Etienne Behar

 

Le phénomène est certes présent dans toutes les villes d’Europe. La particularité de Berlin est son caractère alternatif et authentique qui fait le charme de sa vie nocturne. Devant le dégoût de certains easyjetsetters quant à l’attente pour les boîtes de nuit les vendredis et samedis soirs, de nouvelles offres « vraiment alternatives » émergent. Des entreprises proposent un tour dans des bars inconnus mais tendance de Berlin, comme le bar révolutionnaire « Syndikat », les nombreux lieux de culture autogérés comme le « Zukunft », situé à deux pas du Berghain.

Crédits Photos : Crossworlds/Etienne

Berlin’s alternative Pubcrawl. Crédits Photos : Crossworlds/Etienne Behar

 

« On vient toujours trop tard à Berlin« , dit le dicton. Les clubs et les bars tendances vivent des easyjetsetters, et certains en mourront peut-être. Si les easyjetsetters préfèrent Lisbonne ou Prague à Berlin d’ici dix ans, regrettera-t-on l’ambiance internationale indescriptible des nuits berlinoises ? Si ils restent, dira-t-on que easyjet a tué l’esprit berlinois ?  En attendant, profitons de cette richesse de voir Stefania, Kirsten et Danielle s’abandonner ensemble sur le dancefloor berlinois.

Etienne Behar.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *