La télévision aux Etats-Unis : confessions d’un écran petit mais puissant

 

« J’irai où tu iras, mon pays sera toi. » Ce refrain de variété interprété par Céline Dion et Jean-Jacques Goldman illustre bien la relation des Américains au petit écran. De classe en classe, de terrasses en terrasses et même dans les salles de bain, la télévision ira partout où vous irez. Aux Etats-Unis, on compte 120 millions de postes dans les foyers selon une étude de Nielsen, entreprise américaine spécialisée dans l’analyse des audiences télévisuelles.

En grand gagnant du succès du petit écran, on retrouve Netflix. Avec 58 millions d’Américains conquis, ce service a su s’imposer aux Etats-Unis et faire du pays son client privilégié. Jusqu’à profondément changer le quotidien de ses téléspectateurs.       

« Le style de vie américain s’est formé autour de la télévision »

5 heures et 4 minutes par jour. C’est le nombre d’heures passées devant la télévision pour un Américain en 2016 selon le New York Times. Et pour cause.

« La télévision a été conçue afin de correspondre au style de vie américain. Et le style de vie américain s’est formé autour de la télévision »,

analyse Landon Burke, présentateur du journal matinal sur KOMU-8 News, chaîne d’actualités locale dans le Missouri.

La culture de la télévision est plus que jamais présente aujourd’hui aux Etats-Unis. Mais elle n’existe plus exclusivement dans sa forme traditionnelle et se regarde sur de nouveaux écrans et plateformes comme Netflix.

Créée il y a vingt ans, la société  fondée par Reed Hastings a progressivement bouleversé les pratiques de consommation des téléspectateurs. A l’origine, la société offrait un service en ligne de location de DVD, fondé sur le paiement d’un montant mensuel selon lequel les clients pouvaient louer les DVD de leur choix.

Entrée dans l’ère de la vidéo à la demande depuis 2007, Netflix n’a pas changé sa recette et propose trois forfaits offrant un accès illimité aux séries TV et films préférés de ses utilisateurs. Entre les différentes options, seul le prix — reflet du nombre d’appareils pouvant se connecter simultanément à Netflix — diffère.

Devenu un incontournable du service de vidéo à la demande, Netflix compte aujourd’hui près de 130 millions d’abonnés dans le monde et s’offre une place de choix dans la consommation télévisuelle.

« Les programmes diffusés en continu représentent 12 et 13% de la consommation télévisuelle. La moitié viennent de Netflix », révélait le vice président-directeur de l’institut Nielsen Brian Fuhrer à l’agence de presse américaine Associated Press en 2017.

Un petit écran toujours au centre du salon

Les écrans se multiplient mais leur emplacement reste le même, à savoir le salon, comme le rappelle cet article de l’institut Nielsen, paru en mai 2018.

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Selon cette infographie réalisée par l’institut Nielsen, la majorité des utilisateurs de télévisions connectées sont relativement jeunes (moins de 34 ans)

Ainsi, malgré l’immense liberté offerte par les OTT — ces services “Over The Top” comme Netflix — presque 63% des télévisions connectées se trouvent toujours dans le salon, lieu familial et propice à la création de liens sociaux.

Un épisode au lieu du JT au dîner

Kevin Spacey, acteur star de la série politique House of Cards, le nomme le « troisième âge d’or de la télévision ». Face au succès fulgurant du leader mondial de la vidéo à la demande, regarder les séries de Netflix est devenu une véritable pratique sociale aux Etats-Unis.

« On parle des séries comme on parle du beau temps. C’est une bonne façon de se faire des amis et rejoindre les conversations », confie Margo, étudiante en première année de journalisme dans le Missouri.

Ainsi, regarder un épisode de Game of Thrones s’est transformé en un véritable outil de communication. La série GOT, diffusée dans 170 pays, est selon le Time Magazine la plus célèbre dans le monde. Avec 128 nominations et 47 Emmys à son actif en 2018, la série à succès de HBO détient le record de l’académie et se place en tête des programmes préférés des Américains.

Game of Thrones détient le record de nominations aux Emmy Awards © SIPANY/SIPA

Game of Thrones détient le record de nominations aux Emmy Awards © SIPANY/SIPA

Netflix ne vise pas seulement un panel de consommateurs étudiants. Au fil des années, la plateforme a également su s’immiscer dans les pratiques des familles américaines. Pour celle de Sydney, étudiante en première année de communication dans le Missouri, regarder une série sur Netflix est un moment privilégié, venu remplacer le traditionnel journal télévisé diffusé durant le dîner.

« Regarder un épisode de ‘The Office’ pendant le dîner est devenu une tradition. C’est l’un des rares moments que nous pouvons passer en famille », ajoute-t-elle.

Mais les séries TV et films de Netflix n’ont pas toujours cet effet positif. Pour certains de ses adeptes, la plateforme est plutôt synonyme de comportements anti-sociaux.

Le risque du bingewatching

Forte de son succès, la plateforme de streaming, dont l’ouverture d’un bureau parisien a été annoncée fin septembre, a même pu conduire certains à une consommation excessive des écrans.

Né aux Etats-Unis, le bingewatching consiste à enchaîner les épisodes d’une série sans discontinuer. L’entreprise Nielsen a mesuré son impact : dès la mise en ligne d’une nouvelle saison, les abonnés de Netflix consomment en moyenne quatre épisodes en une journée. Et ce pour le plus grand bonheur des millenials comme Margo qui, grâce à Netflix, profitent d’une offre télévisuelle illimitée.

« Je n’ai plus besoin d’attendre une semaine pour regarder le prochain épisode de The Office. Je peux carrément regarder toute une saison en une soirée depuis mon canapé ! » , se réjouit l’étudiante.

Consommée immodérément, la télévision peut se révéler néfaste pour la santé sociale des consommateurs, comme le révèle une étude de 2015 conduite par l’université d’Austin au Texas, et relayée par la radio américaine NPR. Cette étude lie le bingewatching à une isolation sociale, facteur de risque pour la santé des utilisateurs, qui sont davantage exposés aux maladies telles que le diabète ou le cancer.

 Selon cette infographie de Netflix publiée par le Time Magazine en Février 2018, 90% des consommateurs de Netflix sont adeptes du "binge watching" . © Time Magazine

Selon cette infographie de Netflix publiée par le Time Magazine en Février 2018, 90% des consommateurs de Netflix sont adeptes du « binge watching » . © Time Magazine

 

Une fois abonné à Netflix, il ne faut que 12 jours aux utilisateurs avant de commencer leur premier “binge watching”. En tête des séries les plus “bingewatchées”, on retrouve les séries à succès Orange is the New Black, Breaking Bad et The Walking Dead.

En 2015, une étude publiée dans le American Journal of Preventive Medicine mettait également en garde contre le bingewatching sur Netflix. Parmi les 221 000 adultes suivis durant 16 années dans le cadre de l’enquête, ceux regardant plus de sept heures la télévision au quotidien voyaient leur risque de mourir plus jeune augmenter de 47% par rapport à ceux regardant moins d’une heure le petit écran. En effet le manque d’effort physique accroîtrait le risque d’être victime de maladies cancérigènes pour la majorité de la population. Ainsi, selon une étude réalisée en 2014, les personnes restées assises ont plus de chance d’avoir un cancer – du côlon et des poumons – que celles s’étant levées au cours de la journée.

Au regard des spécialistes, la solution n’est pas d’arrêter la télévision mais bien de changer sa manière de la regarder. Non plus assis sur un canapé mais pédalant sur son vélo, non plus tout seul mais entouré de ses proches : de nouvelles manières de regarder la télévision restent à explorer.

Gaëlle Fournier

 

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