Uppsala, un exemple du « végé-friendly » suédois

En Suède, à Uppsala, un constat saute aux yeux : la nature et les animaux font partie des préoccupations concrètes des Suédois. Le pays est porté sur l’écologie, et Uppsala vient d’être élue ville écologique de l’année 2018 par WWF, mais si l’impact de la consommation de viande sur la planète a déjà été prouvé, cela ne signifie pas que tous les Suédois soient des adeptes du pur végétarisme.

Marché International tenu à Uppsala au mois d’octobre 2018. © Amandine Bigler

Marché International tenu à Uppsala au mois d’octobre 2018. © Amandine Bigler

La viande reste un mets traditionnel

 

En Suède, impossible de passer à côté des traditions. Ici, la viande reste un mets de choix que l’on se doit de déguster à l’occasion de certaines fêtes, certaines occasions. On peut couramment voir les Suédois se régaler au petit déjeuner du traditionnel Pyttipanna (pommes de terre, tomates, bacon et œufs frits).

Dans les nations, ces maisons centenaires au cœur des activités estudiantines, les traditions sont entretenues avec ferveur également. Exemple avec le fameux Lambskallegasque, une fête où l’on déguste uniquement du mouton tout le long de la soirée, organisé par la Gotland Nation, le mouton de Gotland étant célèbre dans le pays.

« C’est un repas totalement hors du temps. On a la tradition d’Uppsala et celle de la ville de Gotland mêlées ensemble pour l’événement », s’enthousiasment de concert Anne et Alfred, une étudiante étasunienne et un suédois après avoir découvert le plat principal, la fameuse tête d’agneau gratinée.

Le fameux plat à base de tête d’agneau. © Anne Johnson

Le Lambskallegasque, fameux plat à base de tête d’agneau. © Anne Johnson

 

La viande est donc un élément extrêmement présent dans la culture suédoise. Même sur les marchés, on voit tout de suite que la population reste friande de plats carnés, spécialement sur les marchés internationaux où les étals reflètent les traditions culinaires de plusieurs pays.

Le stand français présente fièrement ses multiples saucissons, l’espagnol possède une grande variété de jambons de pays de qualité, les stands hongrois et polonais ont des plats de bœuf en sauce et les Allemands attirent avec le fumet de Schnitzel, les boudins et saucisses en tout genre – pour le plus grand plaisir des Suédois.

Le végétarisme, promu par les étudiants

 

Mais Uppsala cultive la culture végétarienne, voire vegan (sans aucune matière animale). Dans les repas des nations, si la viande s’invite parfois, chaque plat proposé possède une option végétarienne à petit prix – on peut facilement manger vegan avec certains plats spécifiques et boire de l’alcool certifié sans élément d’origine animale dans cette ville universitaire très renommée qui accueille plus de 45.000 étudiants.

Une population jeune, internationale (12% des étudiants viennent de l’étranger), qui se sent concernée par les questions écologiques. Et il est plus courant de spécifier que l’on mange de la viande pour s’en voir servir. Tout ceci est mis en valeur dans un discours de respect et d’inclusion comme à Väsgöta Nation, où la soupe du midi n’a aucune protéine animale pour tous.

Alice, étudiante franco-suédoise, travaille toutes les semaines à la cuisine et décrit le végétarisme comme « le moyen le plus agréable et efficace d’accepter tout le monde à la même table, quelque soit son origine sociale, son mode de vie, ses convictions religieuses ou politiques. Le but n’est pas d’imposer quoi que ce soit mais d’instaurer un cadre de tolérance et d’intégration ».

Bref, c’est une ville qui tend vers le « sans-viande », assurément influencée par une prise de conscience environnementale de la jeunesse du pays et d’ailleurs.

Le fameux Vegan Burger de Gästrike-Hälsinge Nation. © Olympe Challot / CrossWorlds

Le fameux Vegan Burger de Gästrike-Hälsinge Nation. © CrossWorlds / Olympe Challot

 

Même le roi mange peu de viande

 

Quand on regarde les statistiques relayées par la presse, le fait est que la Suède fait partie des pays consommant de moins en moins de viande. En 2014, une enquête menée par l’agence de conseil Demoskop indiquait déjà des changements dans la population : 17% des jeunes entre 15 et 34 ans se déclaraient végétariens, végétaliens ou vegan, et 37% des omnivores s’intéressaient de plus en plus à cet autre mode d’alimentation et à ses alternatives.

Oskar, vegan et étudiant à Uppsala, s’en réjouit :

« Il y a de plus en plus d’endroits dans les grandes villes où les options végétaliennes apparaissent. Uppsala est une représentante de ces grandes villes mais on peut voir des choses semblables dans la capitale ou le sud de la Suède. Les prix varient mais en règle générale, quand on est étudiant, on a beaucoup plus de choix faciles et pour des prix bien moins élevés. »

Même le Roi Charles XVI Gustave a appelé à la diminution de la consommation de viande :

« Je mange peu de viande rouge moi-même, principalement en raison des considérations médicales et environnementales. »

Les menus du Château de Drottningholm, sa résidence secondaire, ont ainsi évolué, et le Roi compte faire de même au Palais de Stockholm.

La Suède, leader en Europe

 

Alors que la France se questionne depuis 2017 sur la possible nécessité d’instaurer une taxe carbone sur la viande afin d’en diminuer la consommation, la Suède se posait déjà ces questions en 2013 dans des rapports fournis au Ministère de l’Agriculture.

La députée européenne Marit Paulsen avait même affirmé être en faveur de l’instauration d’une taxe au niveau européen sur la viande permettant ainsi la diminution de sa consommation en Europe. Le rapport intitulé « La consommation de viande durable. Qu’est-ce que c’est ? Comment pouvons-nous y arriver ? » a eu un certain retentissement au Parlement européen grâce au sérieux des Suédois sur l’affaire.

« En décourageant la consommation de viande, cette taxe pourrait aider à prévenir les changements climatiques futurs et les catastrophes naturelles qui y seraient liées. Les revenus de la taxe pourraient être utilisés pour financer des programmes éducatifs sur les nombreux avantages de la réduction de la consommation de viande », déclare l’association PETA, qui prône l’éthique dans le traitement des animaux.

Reste à voir si l’Europe décidera bel et bien de mettre en place ce genre de taxe, malgré la pression du lobby de la viande d’un côté et de certains États réticents de l’autre. Néanmoins, il semble que plusieurs mouvements populaires grandissent un peu partout en Europe, poussant les gouvernements à instaurer une véritable transition écologique aussi bien au niveau local qu’international.

Olympe Challot, correspondante à Uppsala

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