Le mariage, un monde à deux ?

17 mai 2016. En France, on célèbre le troisième anniversaire de la loi légalisant le mariage des couples de même sexe. Que représente cette union intime et sociale, cette institution sacrée et civile dans le monde ? Quelles sont les déclinaisons internationales de ce contrat ? Édito.

Boutonnière sur la poitrine, ses doigts parcourent nerveusement l’anneau confié par son témoin.

Aujourd’hui, il se marie.

Seul dans la sacristie, il pense à sa fiancée. C’est « la bonne », c’est sûr. Il en a déjà douté, mais aujourd’hui il sait que ce n’est pas pour ça que ses doigts tremblent imperceptiblement. Il pense à l’assemblée assise dans l’église. Leurs familles, leurs amis, une marée de chapeaux et costumes élégants, qui se retourneront comme un seul homme pour la voir marcher vers l’autel quand les premières notes de la marche nuptiale retentiront. Il pense à son futur beau-père, qui lui abandonnera sa fille devant l’autel. Il pense à leur couple, au travail effectué pour en arriver là. Et à tout ce qu’il leur reste à vivre, pour le meilleur et pour le pire. Ils s’aiment, mais est-ce que ça suffit ? 

Crédits dessin : CrossWorlds/Marguerite Boutrolle
Crédits dessin : CrossWorlds/Marguerite Boutrolle

 

Une affaire de famille ?

Ses chaussures lui font un peu mal. Avec un sourire presque goguenard, il pense aux escarpins de la mariée. Au prix qu’elles ont couté, il espère qu’elle les portera plus d’une fois. Pour être indépendants, ils ont choisi de financer seuls leur mariage. La réception en souffrira peut-être, mais au moins, se dit-il, il n’a pas à inviter les collègues de son père ou les grand-tantes de sa mère. Leur mariage sera charmant, loin du faste égyptien, qui pousse les jeunes hommes à aller s’enrichir en Arabie Saoudite, d’où ils reviennent avec de nouveaux principes religieux, plus stricts.

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Eux ont opté pour une petite fête dans la propriété de ses beaux-parents. Le père de la mariée a un peu grincé des dents, pas franchement ravi que sa fille se « marie mal », mais il a ravalé sa fierté en comprenant qu’il n’avait pas son mot à dire. L’important pour lui, c’était surtout qu’elle se marie.

Le jeune marié se dit qu’il avait eu de la chance : s’il était arrivé un peu plus tard, elle se serait peut-être contentée de se marier avec quelqu’un qui aurait davantage plu à son père. On ne fait peut-être plus de mariages arrangés en France, mais l’approbation de la famille n’est pas étrangère au choix de son partenaire. En Chine, après tout, il n’est pas inhabituel que les célibataires « trop vieilles », celles qui « restent », rencontrent un mari soigneusement choisi par leurs parents. Du haut de ses 35 ans, il pense qu’il a bien de la chance d’être un homme.

Une affaire d’image ?

Fiancé prévenant, il a bien sûr parcouru les nombreux sites et blogs sur le thème du mariage, s’est impliqué dans le choix des menus, de la décoration, et caetera… Mais en observant les yeux de sa future épouse, il a remarqué cette semaine comme une lassitude, une fatigue certaine. La robe, les photos, les invitations, la logistique tentaculaire… Il sourit amèrement en se disant que c’était beaucoup d’énergie dépensée pour une seule fête, et qu’il n’aurait pas l’énergie de revivre cela.

Il se reprend, se reprochant d’être trop cynique. Il y a quelque chose de beau, de plus grand que soi, à suivre des rites et des traditions millénaires. Il ne l’a jamais vu, mais il sait que le voile de la mariée est aussi celui que portait sa mère. Il sait que des millions de femmes ont marché vers l’autel sur les mêmes notes que celles qu’il s’apprête à entendre. Il se dit que finalement, ce n’est pas si terrible d’être comme tout le monde. Après tout, ce mariage légitime définitivement leur union aux yeux de tous, leur cohabitation, leurs futurs enfants, leur vie sexuelle, même. Serrant plus fort son anneau entre ses doigts, il pense à la fierté qu’il ressentira, au moins les premiers temps, en l’arborant partout et tout le temps.

Une affaire de couple ?

Il soupire en entendant le brouhaha qui émane de l’église. Si cela ne tenait qu’à eux deux, ils seraient mariés dans la plus stricte intimité, se contentant des deux témoins nécessaire. Mais de toute évidence, ça ne tenait pas qu’à eux deux. Pourtant, le mariage est bien une affaire d’amour, non ?

Le doute le reprend, mais cette fois il lui serre la gorge. Peut-être qu’il ne l’aime pas vraiment, ou en tous cas pas assez. Peut-être qu’il se contente d’elle, parce qu’il a 35 ans et qu’il voudrait fonder une famille. Appuyé au miroir, il examine ses propres yeux gris clairs. Et alors ? Il a toujours pensé que l’on surestimait l’amour passionnel, et que des amours puissantes mais trop irréfléchies menaient inévitablement au divorce. Lui, s’il se marie, c’est pour la vie. Pas question d’enrichir l’industrie du divorce, en plein boom déjà aux États-Unis, de faire une fête pour déterrer sa vie de garçon, après avoir fait fleurir celle du mariage. Après tout, le mariage reste un contrat.

C’est l’heure. Il entre dans l’église, et alors qu’il se met en place pour attendre la mariée, il se dit que ce n’est pas grave si son choix de partenaire a été en partie guidé par la société. Ils travaillent ensemble, évoluent dans les mêmes milieux. De toutes façons, il sait qu’il n’aurait pas eu le courage de se battre contre les lois, contre la société, ou contre sa famille pour épouser la personne de son choix. Il sent un certain soulagement en pensant qu’ailleurs, on n’est pas aussi libre. En Indonésie, pour peu qu’il soit tombé amoureux d’une femme d’une confession différente, tout aurait été plus compliqué. Mais peut-être plus beau, plus romantique, plus épique.

Les portes s’ouvrent, les premières notes résonnent. Pourtant, lorsqu’il aperçoit sa fiancée, il n’entend qu’un grand silence. Il ne peut retenir un sourire, qu’il devine partagé sous son léger voile.

Tout cela ne compte plus, maintenant il en est sur. À cet instant, c’est juste elle et lui.

Laure Vaugeois.

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Crédits dessin : CrossWorlds/Marguerite Boutrolle

Crédits dessin : CrossWorlds/Marguerite Boutrolle

 

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