Le « Shesh Besh » : ou comment un jeu millénaire veut apporter la paix en Israël

La période des fêtes vient de s’achever et nos correspondants vous invitent à découvrir la fonction des jouets dans leurs pays d’accueil. En Israël, le backgammon, appelé « shesh besh » fait souffler un espoir de trêve à Jérusalem, ville minée par les tensions politiques.

Derrière le souk situé dans la partie ouest de Jérusalem, se trouve l’un des endroits cachés des touristes et peuplé de marchands qui viennent ici pour se reposer, papoter et surtout regarder les vieilles âmes de la ville jouer au backgammon dans le fameux Beit Café Mano, qui existe depuis plus que soixante ans, mené par Monsieur Mano. Ayant l’âge du café que son grand-père, un immigré de Turquie avait fondé, sa routine consiste à fumer en servant du café et du sahlab, un sorte de pudding au lait, truffé de pistaches hachées.

La charmante pièce déborde d’hommes avec des bonnets noirs qui ne sourient pas – trop concentrés sur leur jeu, le backgammon, ou comme il est appelé ici : le « Shesh Besh ». Au premier regard, le jeu de dés a l’air compliqué, joué sur deux carrés en bois à une vitesse incroyable et sans aucun mot échangé entre les deux rivaux.

Des joueurs de shesh besh à Jérusalem. © CrossWorlds Juliette Maresté

Des joueurs de shesh besh à Jérusalem Ouest, dans le café Beit Mano. © CrossWorlds / Juliette Maresté

 

« C’est un jeu très interactif, qui a beaucoup de potentiel », assure Zaki Djemal, organisateur et fondateur de l’initiative Jerusalem Double. Son projet, qui compte plusieurs milliers de joueurs et joueuses de toutes nationalités et religions, veut encourager la promotion du dialogue entre les habitants de la ville multiculturelle, avec son héritage compliqué et son quotidien de tensions. 

Au départ, Zaki Djemal souhaitait rassembler les différentes communautés par la musique. Mais l’idée suscita du débat, et des désaccords. Pour détendre l’atmosphère, un membre du mouvement proposa une partie de shesh besh… qui eut l’effet escompté. Alors l’association se lança dans cette nouvelle direction

Au bout de quelques mois, le projet passa à la vitesse supérieure. « Il plaît à un large public – et pas seulement aux participants à tendance libérale qu’on pourrait attendre à ce genre d’événements. », explique Djemal.

« Le fait que le projet ne soit pas proprement politique permet aux personnes de tout bord de se retrouver dans ce que l’on fait. »

En mars 2017 fut organisée la première grande compétition de Jerusalem Double. Zaki Djemal, diplômé en économie comportementale de Harvard, se dit encore ébloui” par le résultat : tout le monde jouait ensemble, pas de disputes, car les règles sont connues par chaque enfant au Moyen-Orient.

Les Israéliens, les Arabes de nationalité israélienne et les Palestiniens ont par cette tradition une langue commune : celle du jeu.

Malheureusement, le nombre de femmes qui participent aux compétitions est encore assez faible. Elles sont sous-représentées dans les cafés de jeu, un environnement qui semble réservé aux hommes. « Les jeux sont toujours considérés comme des activités masculines, surtout dans les communautés traditionnelles où nous organisons nos événements », observe Zaki Djemal. « Nous voulons augmenter le nombre de joueuses. Notre plan est de rendre visite aux écoles et de commencer à un âge où les normes liées aux genres ne sont pas encore prédominantes. »  

Des joueurs de shesh besh à Jérusalem. © CrossWorlds Juliette Maresté

Des joueurs de shesh besh à Jérusalem Ouest, dans le café Beit Mano. © CrossWorlds / Juliette Maresté

 

Les fondateurs de Jerusalem Double aiment à se tourner en dérision, lâchant qu’un jour le backgmannon « résoudra le conflit israélo-palestinien ». Avec toutefois dans leur voix, un certain espoir.

Juliette Maresté 

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