Les trains pris d’assaut en Chine durant la « Golden Week »

Des rails, 10 pays, 10 regards. Découvrez l’article de notre correspondante en Chine.

Pour comprendre l’usage des trains en Chine, il faut emprunter les rails pendant les vacances. Entre essor du tourisme et retrouvailles familiales, les voyages en train durant la « Golden week »  – une occasion en or pour les Chinois d’allier trois jours de congés offerts, un week-end et deux jours de congés posés – sont révélateurs d’une société en pleine mutation.

En Chine, la gare de Shanghai, bondée pendant la Golden week de 2017. © CrossWorlds / Christophe Brown

En Chine, la gare de Shanghai, bondée pendant la Golden week de 2017. © CrossWorlds

Explosion du nombre de touristes chinois

A l’instar d’un pays oscillant entre modernité et restes de tradition, le train ici a deux vitesses. D’une part, le TGV – l’un des plus grands réseaux ferroviaires au monde, succès technologique, grand représentant d’une économie en pleine explosion, qui surpasse ses concurrents et nargue les distances

De l’autre, la survie des trains lents, à couchettes, qui s’arrêtent fréquemment et laissent  le temps d’admirer le paysage.  Les deux types de trains sont un moyen de transport privilégié pendant la  « Golden week » (1er au 7 octobre), cette semaine de congés chinois destinée à célébrer la création de la République Populaire de Chine en 1949.

un contrôleur de "train lent" à la gare de Kunming, capitale de la province du Yunnan, en République populaire de Chine. © CrossWorlds / Laure Gutierrez

un contrôleur de « train lent » à la gare de Kunming, capitale de la province du Yunnan, en République populaire de Chine. © CrossWorlds / Laure Gutierrez

 

L’envolée économique de la Chine a permis le développement d’une classe moyenne qui constitue un marché économique de taille. Le développement du TGV s’impose alors comme un enjeu stratégique : la Golden Week vaut son pesant d’or en matière de tourisme.

Selon l’Office national du tourisme de Chine, plus de 710 millions de touristes chinois avaient prévu de voyager, à l’intérieur ou à l’extérieur du pays cette année.  Selon le site populaire de tourisme « Ctrip », les destinations les plus en vogue étaient, en 2017, la Thaïlande, le Japon, Singapour, les Etats-Unis et le Vietnam. A l’échelle nationale, c’est Pékin qui est prise d’assaut, pour ses sites touristiques emblématiques, tels que la Cité interdite ou la Grande muraille de Chine.

Route de la séparation

La Golden Week est aussi pour de nombreux Chinois l’une des rares occasions de l’année de se retrouver en famille. En effet, la Chine connaît un exode rural de taille – près de 55% de la population vit aujourd’hui en ville selon les chiffres officiels – et les opportunités professionnelles se cachent souvent dans le tumulte des grandes villes.

Il est alors assez fréquent que de jeunes travailleurs laissent leurs enfants aux soins de leurs grands-parents, résidant en milieu rural ou dans des villes de second rang, et partent à la recherche d’un emploi dans les métropoles. Ainsi, en 2016, 61 millions d’enfants vivent à la campagne élevés par leurs grands-parents suite à la « migration » des parents vers la ville, selon la Fédération nationale des femmes en Chine (organisme semi gouvernemental travaillant sur les sujets liés à la famille).

Pourquoi ? Vivre en ville coûte cher. De plus, depuis les années 1950, l’affiliation à la sécurité sociale et l’accès à l’éducation dépendent du lieu de naissance de l’enfant. Ce système est destiné à lutter contre l’exode rural et empêche la scolarisation des enfants dans la ville de migration des parents.

“J’ai choisi de partir vivre à Shanghai, en laissant mes enfants au soin de ma mère”, raconte Lin, une Chinoise de 50 ans

« Cette migration (en ville) nous a permis de payer les études de mon fils et de payer les amendes”,  explique Lin, qui a commencé comme femme de ménage et son mari, comme annonceur immobilier.

Quelles amendes ? “J’ai eu ma première fille au début des années 1980, dans une petite ville près de Suzhou (ville située à 1h de Shanghai), durant la politique de l’enfant unique. Le fait d’avoir une fille était mal vu à l’époque, et j’ai donc eu deux autres enfants : une deuxième fille, puis un garçon. Je me suis endettée pour payer les amendes liées au fait d’avoir un deuxième enfant (l’équivalent de 40 000 euros).

Pour Lin, la Golden Week est l’occasion de prendre le train et passer cinq jours en famille. Bien que sa famille n’habite qu’à une heure de train de Shanghai, l’occasion ne se représente qu’à l’occasion du Nouvel an chinois.

Ainsi, si l’essor de la classe moyenne permet à de nombreux Chinois de voyager durant la Golden Week, cette “semaine d’or” cache aussi une réalité plus sombre : celles de familles éloignées, pour qui le train suit la route de la séparation.

Laure Gutierrez

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