Le poète de ma rue angolaise

Ce regard sur la rue sera le prétexte d’une petite balade à travers l’œuvre poétique d’Agostinho Neto (1922-1979), héros national angolais.

Un élément permet de lier la rue dans laquelle je vis à Luanda, « ma » rue, à celle de mon cher 14e arrondissement : leur nom, à connotation militaire.

Boulevard et ruelle, Jourdan et Neto

Résidente de la Cité Universitaire internationale pendant deux ans à Paris, j’ai foulé le boulevard Jourdan plus d’une fois sans pour autant savoir qui il était. Mais la comparaison ne peut pas aller plus loin étant donné le rôle secondaire de Jean Baptiste Jourdan dans l’histoire de France. Ce maréchal d’Empire républicain sera écarté volontairement par Napoléon, et ce en dépit du fait qu’il ait remporté une victoire  décisive pour la France lors de la bataille de Fleurus en juin 1794.

Ma rue à Paris, le boulevard Jourdan.

Ma rue à Paris, le boulevard Jourdan. Capture d’écran Google maps  

 

A contrario à peine arrivée à mon domicile de la Rua do Reverendo Agostinho Pedro Neto j’avais tout de suite conscience du prestige et de la notoriété du personnage. Belle promotion pour ma rue, qui n’est qu’un étroit passage dans lequel les candongueiros (mini vans bleu et blanc qui servent de taxis collectifs) s’engouffrent à toute vitesse aux heures de pointe. Ruelle coincée entre l’Avenida do Portugal et la grande Rua da Missao, grosse artère du centre de Luanda sujette aux embouteillages une bonne partie de la journée ; en bas de  laquelle se trouve l’Epic Sanaa, hôtel 5 étoiles, haut lieu de prestige de la ville.

Ma rue à Luanda, la ruelle Agostinho Neto.

Ma rue à Luanda, la ruelle Agostinho Neto. Capture d’écran Google maps

 L’omniprésence du père fondateur dans la ville

Premier président après l’indépendance et secrétaire général du Mouvement Populaire de Libération de l’Angola (parti au pouvoir depuis 1975), Agostinho Neto est considéré comme le père fondateur de la Nation. Un mausolée lui a d’ailleurs été érigé au cœur de Luanda sans compter les quelques statuts à son effigie et la Fondation en plein centre ville.

Je n’évoquerai cependant pas l’action politique d’Agostinho Neto mais préfèrerais éclairer son travail de poète. Ses textes sont un appel à l’exaltation du nationalisme angolais  et  à l’émancipation face au joug colonial.

« Em todos nos, palpita uma certeza
Uma certeza alegré e triumfal
A unidade da gente de Angola
A honra de Angola » 
« En chacun de nous, palpite une certitude
Une certitude heureuse et triomphante
L’unité du peuple angolais
L’honneur de l’Angola » 

Voici les vers que notre professeur de portugais nous fait répéter à chaque début de cours. C’est d’ailleurs très étrange, ça l’est encore plus du fait que nous n’étions pas angolais… mais cela sert mon propos et montre à quel point les vers d’Agostinho Neto ont marqué la conscience nationale, à quel point ils continuent de la façonner. L’importance de l’unité du peuple angolais en constitue l’un des piliers, unité qui serait le fruit d’une « union » que j’ai déjà interrogée dans un article sur la devise nationale (« Vivre à Luanda du côté de la force« ).

Dans ma rue, dans la ville, l’on ressent la présence du poète, jusque dans certains lieux insolites et inattendus, tel que l’Elinga, ancien théâtre désaffecté, devenu un bar-boite de nuit branché dont les murs sont tapissés de fragments de ses poèmes. L’institution (et sa poésie) résiste aux passages de bulldozer depuis maintenant quelques années. Elle est devenue un symbole de contestation de l’urbanisation folle de la ville, qui se fait parfois au détriment du patrimoine.

Les murs de l'Elinga portent les vers d'Agostinho Neto. © Aminata

Les murs de l’Elinga portent les vers d’Agostinho Neto. Crédits photo: CrossWorlds/Aminata Diawara

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Le visage d’Agostinho Neto sur les murs de Luanda. Crédits photo: CrossWorlds/Aminata Diawara

 

La rue en Angola, en tous cas la mienne, a choisi son héros et contribue à la construction du récit national.

 

Aminata Diawara Keita

 

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