Soyez généreux, c’est Noël en Angola

Crédits photo - Anne-Laure Seret

Photo de Luanda à la période de Noël. Crédits photo : CrossWorlds/Anne-Laure Seret

 

En plus des nombreuses illuminations qui ont gagné les rues de Luanda, ses façades de buildings et ses palmiers, une crèche grandeur nature a été érigée sur la place de l’indépendance. Elle est le symbole d’une tradition chrétienne ancrée en Angola, la christianisation étant survenue dès le XVe siècle via l’Eglise catholique associée à l’Etat colonial portugais dans son « œuvre civilisatrice ».

L’Eglise a été mise à mal après la décolonisation : le régime marxiste-léniniste profondément anticlérical prônait un athéisme militant et, surtout, elle était assimilée à l’ancien pouvoir colonial. Elle parvient tout de même à redorer son blason en plaidant publiquement en faveur de la paix et de la réconciliation nationale pendant la guerre civile (1975-2002) et, plus tard, en faveur de la démocratie.

Ainsi au début des années 90, l’Etat angolais décide de mettre un terme à cette politique de confrontation avec les pouvoirs religieux, notamment par peur du contre-pouvoir que pouvait représenter l’Eglise catholique. La religion a donc pu reprendre toute sa place au sein de la société angolaise et, avec elle, Noël – ainsi qu’une tradition du partage et du don qui frôle parfois la démesure en période de fêtes.

Des boites par milliers

Des boites fleurissent le long des comptoirs des commerces de proximités et dans les hall d’immeubles où, les gardiens de résidences surveillées, se relaient jour et nuit pour assurer la tranquillité des habitants.  Des groupes d’enfants s’attroupent à l’entrée des supermarchés, ces mêmes boites en main, souhaitant de « Boas Festas » aux clients venus faire leurs courses, avec l’espoir de récupérer un peu de monnaie. Ces boites sont en fait des tirelires de fortune. A la fin de la période des fêtes ou de la journée, pour les plus impatients (ou plutôt les plus nécessiteux), le butin est partagé à parts égales entre tous les employés de la boulangerie, de la superette ou tout le groupe d’enfant.

Les Boas Festas sont également l’occasion de donner une somme d’argent pouvant aller jusqu’à l’équivalent d’un 13e mois de salaire aux empregadas (employés de maisons) afin de les remercier de leurs services tout au long de l’année.  Il est très courant d’employer uma empregada en Angola. Cette personne s’occupe de toutes les tâches ménagères et parfois même de la confection des repas au sein du foyer.

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Luanda de nuit. Crédits photo : CrossWorlds/Anne-Laure Seret

Primes de Noël et corruption

Les policiers aussi courent après leurs primes de Noël.  Ils sont à l’affut de la moindre occasion pour obtenir plus de gasosa. Petit topo nécessaire sur cette pratique incontournable à Luanda : la gasosa est un compromis tacite entre le policier et le citoyen en infraction. C’est une somme d’argent donnée au policier inférieure à l’amende prévue par loi pour une infraction donnée. En échange, celui-ci vous rendra le service de ne pas prendre en compte la contravention et d’empocher personnellement la « modeste » somme qu’il aura réussi à vous soutirer. Sympathique, n’est-ce-pas ?

On a donné ce nom à cette pratique corruptive car, à l’origine, il suffisait de donner au policier une boisson gazeuse (gasosa en portugais) pour que l’infraction soit oubliée. Aujourd’hui ils sont plus gourmands et préfèrent les kwanzas (monnaie nationale)… Mais la gasosa, en ces temps de fêtes est presque donnée de bon cœur : le policier a, lui aussi, droit à ses Boas Festas.

« O cabaz de Natal » ou le panier de Noël

Cette tradition consiste à réunir un maximum de biens alimentaires dans un panier, parfois un grand coffre, destiné à être offert. Elle est héritée de la colonisation portugaise mais certains attribuent également son origine à la pratique du rationnement alimentaire, mis en vigueur sous le régime communiste pendant la guerre civile.

Un panier de Noël. Crédits photo - Aminata.

Un panier de Noël. Crédits photo: CrossWorlds/Aminata Diawara

 

Le panier contient les éléments nécessaires à la confection d’une tablée de Noël : du sucre et de la farine pour confectionner les bolos (gâteau), du  presunto (jambon fumé), des feijao (haricots noirs), du riz, des bouteilles de vins, de digestifs,  mais surtout du bacalhau (morue). Celle-ci entre dans la composition du repas traditionnel de Noël, qui, repris telle quelle de la tradition portugaise, n’est autre qu’un gratin de morue et de pommes de terre.  Mais peu importe le contenu, la réception d’un panier est toujours signe de prestige social : on en offre notamment aux cadres des plus grandes entreprises angolaises.

Quelle que soit la forme, à Luanda, en ces temps de fête, tout semble devenir prétexte à un geste de générosité,  qui contient la prétention d’améliorer le Noël de celui qui en bénéficiera.

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La ville de Luanda. Crédits photo : CrossWorlds/Anne-Laure Seret

 

Aminata Diawara Keita

Une réflexion au sujet de « Soyez généreux, c’est Noël en Angola »

  1. Bonjour,

    Ai beaucoup aimé votre façon de décrire cette période festive de la nativité au sein d’une population pas toujours très argentée mais qui, entre us et coutumes, son sens de la débrouille pour obtenir ces petits plus qui marqueront ces fêtes, sait en l’occasion se rendre sympathique y compris ces policiers qui savent être plus souples pour obtenir plus de » gasosa » selon la tradition !
    Article vraiment intéressant !!!
    Louis

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