Mariage hindou : la bague au doigt… de pied

Lorsque l’on pense au mariage indien, surgit l’image d’une mariée croulant sous le poids des bijoux, des colliers de fleurs, des écharpes brodées… au point de disparaître.

Les bijoux sont, en Inde, un élément essentiel de la féminité, un marqueur de beauté et surtout de richesse. Ils ont aussi une valeur hautement symbolique, puisqu’ils marquent le passage d’une vie de jeune fille à celle de femme sexuellement active, puis de mère. Les bijoux témoignent aux yeux de la société de ce changement de statut et, selon un mélange de médecine ayurvédique et de superstition, les propriétés des métaux utilisés facilitent ce changement dans le corps de la femme.

Femme Hindoue avec un bijou de front et un bindi. Rajasthan, novembre 2015. Crédits photos: CrossWorlds/Anouch Carracilly

Femme Hindoue avec un bijou de front et un bindi. Rajasthan, novembre 2015. Crédits photo : CrossWorlds/Anouch Carracilly

Les bijoux, témoins d’une loyauté conjugale

Le bindi est un des signes distinctifs du statut de femme mariée les plus communs chez les hindoues. Il s’agit d’un point entre les sourcils, fait d’une poudre rouge ou d’un petit disque de velours. Une fois mariées, les hindoues se tracent un sindoor : un trait vertical de poudre rouge partant du front et se finissant dans les cheveux. Rajesh, un hindou d’une quarantaine d’années, explique : « C’est très important que ma femme porte le bindi et le sindoor tous les jours, comme ça tout le monde sait qu’elle est mariée et qu’elle respecte son mari. »

« Plus le bindi est gros, plus il signifie que la femme souhaite longévité à son mari. »

L’Inde étant un pays avec un fort syncrétisme religieux, de nombreux symboles sont devenus communs à plusieurs religions. Par exemple, le bindi, à l’origine un signe hindou, est porté par beaucoup de musulmanes simplement pour des raisons esthétiques. De la même façon, Joséphine, une jeune chrétienne raconte : « Au quotidien, j’ai mon alliance, mais quand je rentre dans mon village, je dois porter le sindoor. Je sais que c’est plutôt un truc hindou, mais chez moi, tous les chrétiens le font, je ne sais pas pourquoi ».

Certains en ont fait un accessoire de mode comme témoigne Shrujana, une jeune lycéenne : « Je porte un bindi presque tous les jours. J’accorde la couleur avec mes vêtements, je trouve ça féminin et c’est plus accepté que du maquillage à mon âge ».

Autre bijou de mariage : les choora. Cette série de 21 bracelets blancs et rouges est passée aux avant-bras de la jeune femme le jour de son mariage. Traditionnellement, elle se doit de les porter jusqu’à la fin de la première année de vie commune. Mais pour des raisons pratiques cette coutume se perd, comme en témoigne Neha, une trentenaire en jean et talon hauts.

Attablée dans un salon de thé, elle explique en désignant ses bras décorés de bracelets :
« Au quotidien, je ne porte pas ces bracelets, ça fait très traditionnel. En plus, je travaille dans une compagnie de software, c’est difficile de taper à l’ordinateur avec. Mais aujourd’hui, je les ai mis parce que je rencontre un ami d’enfance de mon mari. Je me suis mariée il y a 4 mois. » Et de préciser : « Je ne porte ni le sindoor ni le bindi, sauf pour des fêtes de familles ou religieuses. Je trouve que ça fait ‘too much’, et souvent ça ne va pas avec mes vêtements et mon maquillage. »

Femme avec une bague de nez et un bindi élaboré. Rajasthan, novembre 2016. Crédit photo: CrossWorlds/Anouch Carracilly

Femme avec une bague de nez et un bindi élaboré. Rajasthan, novembre 2016. Crédits photo: CrossWorlds/Anouch Carracilly

Bijoux soigneurs

La femme, en passant d’une vie de jeune fille à une vie de couple sexuellement active, voit son corps se modifier. Selon un mélange de médecine traditionnelle (l’ayurvéda), de croyances religieuses et de superstitions, les bijoux en argent, conducteur de bonnes énergies, sont censés faciliter cette étape.

Ainsi, lors de la cérémonie de mariage, l’homme passe des bagues aux doigts de pieds de sa femme car, selon les croyances hindoues, ces bagues permettraient de prévenir d’éventuelles douleurs lors des rapports sexuels en raison d’un frottement permanent avec un nerf. Rajesh, le quarantenaire de confession hindoue, explique : « C’est une tradition : un mélange de superstition, de religion et de science. Ma femme porte ces bagues de doigts de pieds, je suis certain que c’est bénéfique. D’ailleurs, je porte moi-même un bracelet en argent pour réguler mes mauvaises humeurs, c’est mon guru qui me l’a conseillé. »

« Il ne faut jamais prendre les superstitions hindoues à la légère, en général, elles ont des bases scientifiques, d’hygiène ou de santé », assure-t-il.

De la même façon, le nath, une bague de nez portée après le mariage, aurait un impact sur les organes reproducteurs et donc soulagerait les douleurs à l’accouchement.

Femmes avec bindi, nath et bracelets de verre. Celle de droite porte un Mangalsutra (troisième pendentif en partant du haut): un collier passé autour du cou de la mariée lors de la cérémonie, acte finalisant leur mariage. Rajathan, novembre 2016. Crédits photo: CrossWorlds/Anouch Carracilly

Femmes avec bindi, nath et bracelets de verre. Celle de droite porte un Mangalsutra (troisième pendentif en partant du haut) : un collier passé autour du cou de la mariée lors de la cérémonie, acte finalisant leur mariage. Rajathan, novembre 2016. Crédits photo : CrossWorlds/Anouch Carracilly

Bijoux de soumission

« Un homme doit garder la tête haute, une femme doit garder les yeux au sol ». Cet adage reflète le système patriarcal indien et explique une tradition sud indienne : dans cette région, la coutume est que les hommes portent, eux aussi, une bague au doigt de pied après le mariage. Ainsi, il permet aux femmes de savoir si l’homme est pris ou non sans avoir à lever la tête.

Certains dénoncent l’importance donnée aux bijoux de mariage au nom du système patriarcal. Comme le sociologue Avijit Pathak, qui soutient que les bijoux portés par les femmes au moment de leur mariage empêchent leur fuite : comment s’enfuir recouvertes d’objets lourds et bruyants ? Même constat dans la vie quotidienne : pour ce professeur de l’Université Jawaharlal-Nehru de New Delhi, il est plus facile se soumettre une femme en la battant si elle porte de longues et lourdes boucles d’oreille – pire encore si elles sont attachées à sa bague de nez.

Par ailleurs, les bijoux tiennent une place cruciale dans la dote de la mariée, une pratique illégale et pourtant encore très répandue. Pour Chelpa, un étudiant en sociologie, ces traditions entretiennent une vision de la femme-objet : « En Inde, une femme est une poupée, elle est heureuse si elle est belle, et puis c’est tout. Elle ne pense pas. Donc avec des bijoux tu achètes son bonheur et tu prouves à tes beaux-parents que tu traites bien ta femme ».

Rajesh, lui, a une vision différente de la situation : « Les femmes ne pensent qu’aux bijoux, elles aiment l’or. Il suffit de leur offrir des boucles d’oreilles et elles sont heureuses, mais elles ne se rendent pas compte à quel point ça met de la pression sur les épaules des maris. » Il confie : « Mes voisins me jugent mal si ma femme n’a pas de nouveaux bijoux pour Diwali [un festival religieux, NDLR] ! »

Anouch Carracilly

 

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