Où sont les chats ? Balade dans les rues de Yogya

Aux premiers pas dans les rues de Yogyakarta, l’impression d’être scruté dérange. On se retourne et rien. Parfois un frôlement, l’ombre d’une fourrure qui disparait derrière un mur. Invisibles et pourtant bien présents, les chats font partie intégrante de la ville. Perdons-nous dans ses rues pour tenter d’y retrouver leurs traces.

La face tranquille de Yogya

Il faut commencer par s’éloigner des grands axes, de ces rues où le bitume déborde jusqu’au devantures des boutiques, laissant à la circulation le monopole de la rue. Le périphérique et les avenues qui découpent Yogyakarta résonnent du bruit des moteurs, du vacarme des pots d’échappement et du concert des klaxons. C’est bien trop bruyant. C’est bien trop agité. C’est bien trop dangereux. Les scooters et les motos doublent et redoublent de vitesse devant les bus. Ils sont trop imprévisibles, et pas suffisamment inquiets de la sécurité des piétons. Ici, forcément pas un chat.

juliette chat errant

Chat errant dans les ruelles désertes 16 Janvier 2016, Yogyakarta. Crédits photo : Crossworlds/Juliette Brigand

 

Alors on s’éloigne du bruit et du chaos, on s’enfonce un peu plus. Les petites rues du Nord, où se trouvent les quartiers étudiants, qui font de la ville un vrai labyrinthe. On passe une barrière en fer forgé, annonçant le nom de l’allée. Là, on change de monde, Yogya n’est plus qu’une succession de maisons. C’est coloré : du bleu, du rouge et du orange sur les murs et des plantes qui mettent des touches de vert. Seulement des devantures de cantines, des vitrines avec quelques plats entourés d’une demi douzaine de chaises en plastique. Les chats trainent, s’endorment sous la chaleur et profitent du calme environnant.

Des « chats de quartier »

Dans une cour, alangui sur le carrelage immaculé par les balayages réguliers, on rencontre le premier chat, squattant vraisemblablement la terrasse. C’est un chat errant. Ou plutôt un chat de quartier. Ils se faufilent sous les palissades et s’infiltrent dans les jardins pour se procurer à manger dans les restaurants ou chez les habitants compatissants.

juliette intrusion

Intrusion dans les jardins du quartier 16 Janvier 2016, Yogyakarta. Crédits photos : Crossworlds/Juliette Brigand

 

D’autres vont jusqu’à les adopter. C’est souvent le cas d’étudiants, lorsque les règles de leur « kos » (maisons tenues par des familles javanaises qui logent les étudiants) le leur permettent. Blanc et gris, posté sur le perron d’une maison, c’est le cas de ce chaton. « On the street ». C’est son nom. Il n’avait pas fière allure quand on l’a recueilli, nous raconte-t-on : cicatrices, fourrure souillée par la vie dans la rue. Mais maintenant il vit là, dans la maison au style javanais de briques rouges au bout de laquelle pendent des cages à oiseaux.

juliette on the streets

On the Street, nommé d’après son lieu d’adoption 13 Janvier 2016, Yogyakarta. Crédits photos : Crossworlds/Juliette Brigand

 

Veilleurs des lieux abandonnés

Au coin de la maison suivante, c’est un éclair roux. Le coin passé, on le revoit : un chat orange sans queue. C’est drôle, celui d’avant l’avait tordue et celui d’après raccourcie. C’est génétique, parait-il. Toujours est-il que le chat n’attend pas. Il se faufile derrière la maison, dans un terrain vague.

Soudain, on voit des arbres, une végétation à l’abandon. Au beau milieu de la ville. Abondante mais négligée, pleine de déchets. Il y a là des emballages en tous genres, déchets ménagers, parfois un cadavre de véhicule. Là où les rues sont propres et balayées, la vision de la nature souillée contraste. Mais ces terrains vagues sont le repère des chats à la recherche de nourriture dès la nuit tombée. Ils fouilleront dans les sacs plastiques d’ordures ménagères que quelqu’un aura balancés là, en passant en scooter. Leurs cris résonnent lorsqu’ils se battent pour des restes de nourriture.

juliette verdure abandon

Zone de verdure à l’abandon au sein de la ville 15 Janvier 2016, Yogyakarta. Crédits photos : Crossworlds/Juliette Brigand

 

Pas à pas on se dirige vers le sud de la ville. En déambulant le long des murs, des fils à linges aux chaussettes dépareillés, et des cours bordées d’arbustes, on rencontre tant d’autres félins, qui somnolent sous la chaleur. Puis le soleil disparait. Sur les chantiers de la ville, le bruit des bétonneuses et la fumée cessent, et les chats investissent les structures en béton qui poussent un peu partout, du nord au sud. Ce sont des grands bâtiments, que l’on voit de loin et qui promettent de changer la face de Yogya.

Seuls animaux tolérés dans les mosquées

On passe ensuite les abords d’une mosquée. Petite, verte et blanche, très calme à cette heure-ci. Bientôt elle s’animera au son de la prière. Le chat est le seul animal à y être toléré. À l’inverse du chien, il n’est pas considéré comme impur. On le traite même avec beaucoup de respect. Il est donc tout à fait courant d’en croiser quelques-uns traînant sur le perron ou même s’endormant dans un coin. Les chats disparaissent cependant quand résonne chaque appel à la prière, cinq fois par jour, l’agitation les poussant à regagner des coins plus paisibles.

Chats défavorisés

La balade se termine aux abords de la rivière. Ici, les rues se dessinent en escalier jusqu’aux rives. Dans l’eau quelques déchets dérivent entre des lignes de pêche. Les maisons sont les plus précaires de la ville, surmontées de taules et de bâches. On passe devant des portes grandes ouvertes, qui laissent entrevoir une pièce emplie généralement d’une table, d’ustensiles de cuisines, d’un matelas contre le mur, et de quelques babioles sur les étagères. Ce sont les quartiers défavorisés de Yogyakarta. Pour les chats, les occasions de se voir offrir ou de chaparder de la nourriture sont moins nombreuses, ils sont donc plus rares. Plus faméliques. Presque maigres, se faufilant sans bruit. Et s’évanouissant, dans une ombre.

Juliette Brigand

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *