Panamá ne raille point et a quelque chose à vous dire

Des rails, 10 pays, 10 regards. Découvrez l’article de notre correspondante au Panama, qui nous conte les rails panaméens vivant au rythme du commerce.

La capitale du Panama a décidé de réinvestir le souvenir sensible du passé en valorisant des éléments de l’époque coloniale, comme ces rails inutilisables mais conservés en plein coeur du Casco Antiguo. Notre correspondante vous raconte dans un podcast musical cet entrecroisement du passé et du présent.

L’errance dans une ville, sans but défini, conduit à de multiples découvertes. Croyez-moi, il suffit d’un peu d’attention et d’esprit vagabond pour repérer quelques éléments qui resteront gravés dans votre mémoire comme autant de détails indispensables à la recréation imaginaire du lieu.

Me voici, flânant dans le quartier historique de Panamá, mon casque vissé sur les oreilles pour distinguer dans El Solitario de Dorindo Cardenas la spécificité vocale des chants panaméens. La chanson m’entraîne et mes pieds s’affolent, tandis que je tente, la musique en boucle, d’assouvir la curiosité que suscite en moi cette singularité vocale. Les yeux baissés sur mes pieds, je remarque alors des restes de rails ancrés dans le sol en briques du Casco Viejo. Enracinés dans les centres historiques des villes, les rails sont la preuve d’un passé exposé en plein jour et pourtant occulté par la vie quotidienne.

Dans le cas de la ville de Panamá, les rails sont un des souvenirs laissés par le gouvernement lors de la dynamisation du quartier du Casco Antiguo. Dans cet élan de réhabilitation, l’empreinte coloniale ne fut pas effacée mais au contraire mise en valeur, tant dans l’architecture que dans la conservation d’éléments du passé, comme ces fameux rails, utilisés pendant près d’un demi-siècle et aujourd’hui tombés en désuétude. C’est ce que rappelle l’étudiant Jaime Rendón dans son court-métrage « Au Casco en tram » à travers des images croisées d’archives et d’aujourd’hui.

L’histoire de ces rails débute en 1889. Panamá appartient alors à la Grande Colombie et le ministère des travaux publics de Bogotá accorde à une entreprise colombienne la construction d’un tramway. Des soucis financiers conduisent cette entreprise à la faillite et la Colombie fait appel à l’entreprise londonienne United Electric Tramways Co pour sauver le projet, si bien que le 1er octobre 1893, la première ligne est inaugurée.

L’échec français dans la construction d’un canal interocéanique à Panamá et la guerre d’indépendance dite « guerre des Mille Jours » mettent un terme à ce tramway, ce qui affaiblit considérablement l’économie du pays. Il faut attendre l’indépendance du Panama et l’établissement d’un gouvernement solide pour que l’activité du tramway reprenne et qu’il puisse notamment desservir la zone du Canal à partir de 1912. Mais l’arrivée massive de voitures et de bus dans les décennies suivantes met fin à l’entreprise le 31 mai 1941.

Les rails panaméens ont souvent subi un sort semblable. Qu’il s’agisse de rails de tramway ou de train, ces constructions sont victimes des aléas de l’économie panaméenne et des intérêts étrangers. En raison de sa position géographique, l’Isthme de Panama a suscité en tout temps l’intérêt à l’international comme route de passage privilégiée. Ce phénomène est exacerbé par le commerce de la Couronne d’Espagne d’abord, puis par la Ruée vers l’or et enfin par le développement du commerce international par voie maritime.

Aux première heures de l’invention du chemin de fer, la Colombie décida d’en construire un au Panama, de façon à relier les océans Atlantique et Pacifique, comme l’explique dans un article Allen Morrison, auteur spécialisé sur les tramways. Construit en 1850, le chemin de fer fut rapidement déplacé sur le flanc nord pour laisser place à la construction française du Canal. À la fin du 20ème siècle, Panamá accorda une concession de 50 ans à la Panama Canal Railway Company pour reconstruire et exploiter la ligne à terme. Aujourd’hui, cette compagnie fait voyager des touristes et environ 10 trains quotidiens de fret transportent 400 000 conteneurs chaque année entre les deux océans, selon les données du Musée du Canal Interocéanique de Panamá.

Autant de questions qui nous permettent de comparer les rails de Panamá à des lignes chargées d’histoire qu’une simple promenade suffit à raviver.

Judith Couvé

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