Enquête de terrain : l’apéro en Inde

Il y a un mois maintenant, prenait place à Pune, du côté de l’hippodrome, un événement impromptu ; l’Oktoberfest 2013. Bière allemande et saucisses barbecue étaient alors au programme, tout en delikatessen.

Cet événement est d’autant plus surprenant qu’au premier abord les Indiens ne sont pas les plus grands consommateurs de bières d’Asie…  Après vérification, nous nous sommes aperçus que la fête était organisée par le consulat allemand et relayée par l’inquiétant contingent d’expatriés allemands sur le sol indien. Hormis cet événement emblématique d’un soft power allemand en plein essor et de la puissance de sa diaspora, la bière malgré une relative popularité, n’est pas la boisson préférée des Indiens.

Illustration de Marguerite.

« Un whisky s’il vous plaît ». Crédits dessin: CrossWorlds/Marguerite Boutrolle

 

En revanche, il est difficile de renier plus d’un siècle de colonisation entreprise par un peuple de buveur de whisky et de gin ! Certaines bonnes habitudes ne se perdent pas, surtout pas celle de l’apéro. Un embryon de pont culturel s’établissant dès lors entre nos deux cultures, nous avons tenté de comprendre la réalité de la consommation d’alcool sur le sous-continent Indien. En d’autres termes, l’apéro indien c’est ; un peu, beaucoup ou passionnément ? Eléments de réponse, enquête de terrain à l’appui.

Où et combien ?

Commençons donc notre étude en nous posant les bonnes questions ; où et combien ? L’alcool ne se vend que dans des échoppes spécialement dédiées à ce commerce, les prix eux sont légèrement plus bas qu’en Europe pour un alcool produit en Inde (de l’ordre de dix euros pour 75cl de whisky) mais bien plus élevés dès qu’il s’agit de marques occidentales. Au restaurant, il est très facile de doubler une addition en consommant quelques bières. L’alcool se classe donc en Inde aux côtés des produits très taxés,  comme l’essence*. Ces produits représentent des postes de dépenses importants pour un Indien de classe moyenne et proportionnellement bien plus que dans n’importe quel pays occidental. Peut-être cette explication permet-elle d’ailleurs d’éclairer une étrange coutume Indienne ; diluer son whisky à grandes rasades d’eau.

Les alcools consommés

Il est implicitement mentionné que les Indiens sont des consommateurs de whisky chevronnés ; la concurrence sur ce segment de marché faisant foi. On sait bien moins en revanche que le Mahārāshtra est également producteur de vins. Des cépages de bordeaux, Sauvignon importées de France représentent le gros de la production. Le prix est haut (la bouteille à vingt euros pour un vin standard) compte tenu de la qualité des crus. Parfois pourtant, lorsque le mal du pays nous ronge, on se laisse aller à remplacer la madeleine par un ballon de rouge.

Mais pour se rafraîchir dans un pays où il fait vingt cinq degrés en hiver, la bière demeure le meilleur remède. Principalement des franchises étrangères, toutes les bières sont à 8%. Leur goût fade quant à lui laisse présager d’une éventuelle dilution. Nous avons mentionné plus haut la « relative popularité » de la bière, cela mérite de plus amples explications. Effectivement la bière est un alcool populaire comme il l’est dans presque la totalité des pays du globe. De la bière « sans alcool » existant même pour satisfaire la demande en bière de certains pays musulmans, l’Inde n’est donc naturellement pas en reste.

Mais au delà de la consommation de bière, qualifions la d’usuelle, il n’existe pas d’engouement ou de culture particulière autour de cet alcool, comme en Amérique. Cela dit, la bière est abondamment fêtée lors des festivals ainsi que dans les boîtes de nuit, c’est-à-dire dans un cadre festif. Comprendre que dans des endroits très cloisonnés socialement (les entrées sont aux mêmes prix que dans une ville comme Paris) et également très occidentalisé, la clientèle, assez jeune, prise tout particulièrement les produits occidentaux, l’alcool ne faisant pas exception.

Qu’en dit la loi ?

Terminons donc nos investigations par l’étude de l’aspect légal. La législation n’est pas uniforme au niveau national ; la prérogative est laissée aux Etats de légiférer sur la vente d’alcool; la soumettant donc au jeu politique. Le Mahārāshtra sous l’impulsion du BJP a durci les règles d’encadrement (18 ans pour le vin, 21 pour la bière, 25 pour le reste). Le gouvernement BJP du Gujarat a tout bonnement interdit la vente d’alcool. Au niveau national, les fêtes religieuses et nationales sont elles décrétées « dry day », les stores restent donc fermés.

Malgré un sombre tableau qui refroidirait même les « ultrapéros », que ceux-ci se rassurent ; le respect de la législation sur la vente d’alcool en Inde est proche de celui dont les Indiens témoignent pour le code de la route. « L’âge légal pour boire de l’alcool en Inde ? Dix ou douze ans », nous dit en plaisantant Ayush, étudiant à Pune.

Paul-Henry Schiepan – Article publié en novembre 2013
 

 

*l’essence est un poste de dépense très important, le litre étant à 90-95 roupies, ce qui fait aux alentours de 1-1,1 euro. Pour un salaire moyen à 3800 roupies/mois, le calcul est vite fait.

Une réflexion au sujet de « Enquête de terrain : l’apéro en Inde »

  1. Bien qu’ayant visité le sud de l’Inde, je n’ai pas eu vent des boissons alcoolisées. J’ai appris quelque
    chose avec votre article. merci

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