En Israël, il y a de la bière dans le gaz

35 shekels”. La sentence est tombée ; les quelques bulles noyées dans une amertume jaunâtre qui transforment cette fin de journée maussade en moment de douceur me coûteront donc 7 euros. 
Presque plus que ce que je ne m’étais jamais habituée à payer à Paris. Le double de ce que je m’étais finalement résolue à payer dans quelques tavernes du 18ème. « Malheur à ceux qui se lèvent tôt le matin pour courir après la bière », Isaïe en son livre 5, verset 11 m’avait pourtant prévenue… Plusieurs siècles avant que deux décennies à vivre chez les Chti’s ne me pervertissent pour toujours et me fassent oublier bien rapidement mes cours de Talmud Torah.
Le bier bazar au shouk harcamel. Crédits photo - Paula Chiche

Le bier bazar au shouk harcamel. Crédits photo: CrossWorlds/Paula Chiche

 

La bière en passe de devenir une spécialité locale

Si l’Arak, la spécialité alcoolisée du Croissant fertile, est une habituée des soirées en Terre Sainte et si la production de vin est une fierté pour le pays, l’israélien moyen ne se refuse jamais une bière bien fraîche pour l’apéritif. Aussi étrange que cela puisse paraître, la bière devient même, de plus en plus, une spécialité locale.

Les marques Goldstar et Maccabee dominent le marché israélien de la bière depuis la création du petit Etat, quand d’autres classiques à l’instar de la Stella Artois, la Tuborg et la Carlsberg sont également produites localement.

Enfin, ces dernières années, le pays a également vu le développement de micro-brasseries. A Tel Aviv, de plus en plus de bars diversifient leurs choix de bières, à l’instar du Beer Bazar non loin du Shouk HaCarmel dans le centre de Tel Aviv. Ouvert par Yuval Reznikovic, ce bar propose un choix de plus de 93 bières artisanales provenant de différentes fabriques ( Bazelet, Shapiro, Malka, Alexander, Negev and Jem’s…).

Le gérant raconte que toutes ses bières sont réalisées dans le respect d’un certain savoir-faire et que la plupart sont issues de houblons et de malts différents de ceux présents dans les bières commerciales. Ce passionné de bière déplore néanmoins qu’avec l’augmentation des taxes, il est parfois difficile de vivre correctement de ce commerce et qu’il se contente de faire un bénéfice de 2 shekels (l’équivalent de 40 centimes d’euros) sur certaines bouteilles.

Le prix de la bière et les forces politiques sous-jacentes 

Le coût des 33 cl de bière a ainsi doublé en une dizaine d’années. En cause ? L’augmentation notable des taxes sur les biens de consommations depuis que Benyamin Netanyahou est premier ministre. Le financement nécessaire de nouvelles mesures liées à la sécurité, à l’armée ou à l’éducation à l’instar de la volonté d’instaurer la gratuité de l’école dès 3 ans justifient cette augmentation. La dernière a eu lieu à l’été 2012, où le prix de la bière a augmenté en raison de ces taxes de 2,18 à 4,19 shekels le litre. Une variation notable des prix qui s’est également répercutée sur les cigarettes avec une augmentation de 3 shekels par paquet.

Cette augmentation s’inscrit dans un mouvement global de hausse du coût de la vie en Israël et plus particulièrement à Tel Aviv – hausse des loyers et hausse globale des prix des biens de consommation. D’après une étude de CBS publiée dans Ha’aretz, le prix du logement en décembre 2013 était ainsi 6,7% supérieur à celui en décembre 2011. Face à ce phénomène, la contestation des couches basses et moyennes de la population se fait de plus en plus virulente comme en témoigne le mouvement des indignés de Tel Aviv en 2011 ou encore l’essor du soutien au candidat Yaïr Lapid. Ce dernier, ancien journaliste et créateur du parti centriste Yesh Atid, s’est démarqué par sa volonté de représenter les couches moyennes de la société israélienne. Il est depuis mars 2013, ministre des Finances du gouvernement Netanyahou III.

Cependant, l’augmentation du prix de la bière et des cigarettes revêt, ici comme partout, une dimension symbolique. Plus encore, alors qu’elle apparaît dans un climat social extrêmement tendu et qu’elle est accompagnée d’autres lois telles que l’interdiction de vendre de l’alcool entre 11 heures du soir et 6 heures du matin, cette politique est associée ici à une réelle prohibition. Le débat est ouvert. Je préfère m’en retourner à mon Talmud Torah : « Donnez à celui qui périt de la bière, du vin à ceux en détresse amère; laissez-les boire et oublier leur pauvreté, et ne plus se souvenir de l’adversité. » (Proverbes 31:6-7). »

Sarah Melloul – Article publié en novembre 2013

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *