Les taxis israéliens, ambassadeurs de la ville

Il est 22h à Tel Aviv, nous sommes vendredi soir, jour de Shabbat, et je passe la tête par la fenêtre. La rue Ben Yehuda est au ralenti, les quelques cafés et la quincaillerie d’en face ont fermé leur porte, tandis que seule l’épicerie reste ouverte. Si plus loin dans le centre de Tel Aviv, la fête commence à la terrasse des bars, une bonne partie des habitants de « la ville qui ne dort jamais » sont réunis en famille pour le traditionnel dîner hebdomadaire. Il serait de toute façon bien difficile de se déplacer un soir de Shabbat, le réseaux de transports en commun étant déjà très lacunaire en semaine: ni métro, ni tramway mais uniquement des bus au rythme aléatoire. Seuls les taxis et les « sheruts » 4 et 5 (taxis collectifs pouvant transporter jusqu’à dix personnes) défilent ce soir. 

Un sherut à Tel Aviv. Crédits photo - Ariane Kupferman

Un sherut à Tel Aviv. Crédits photo: CrossWorlds/Ariane Kupferman

 

Vous rencontrerez toujours un Israélien prêt à vous raconter sa rencontre avec un chauffeur de taxi, qu’il s’agisse d’un moment délicat – les chauffeurs israéliens sont réputés pour avoir le sang chaud – ou d’un récit touchant comme celui d’Hana Steinberg, ayant rencontré l’une des victimes de l’effondrement d’une salle de mariage à Jérusalem-ouest en mai 2001. Vous rencontrerez aussi, bien souvent, des touristes prêts à vous racontez leur expériences des taxis en Israël…

« Taxi driver is the face for the tourist » déclare Eli Chen, chauffeur de taxi à Tel Aviv depuis plusieurs années avec cet accent israélien chantant. Celle que l’on appelle “ la Ville Blanche” compte, à ce jour, près de 3000 taxis ; ces derniers sillonnent la ville, de Jaffa, ancien port arabe depuis lequel a commencé l’extension de Tel Aviv, jusqu’à Herzliya, le Neuilly-sur-Seine local.

Malheureusement, la première expérience israélienne des touristes arrivant à l’aéroport Ben Gourion est bien souvent associée aux mots « arnaques » et « déception ». Bien que le tarif des courses soit réglementé par le Ministère des Transports depuis plusieurs années, le prix final est souvent de 30 à 50 % supérieur au tarif de base. En cause : les multiples détours ou encore la taxation des bagages. C’est pour pallier à cette mauvaise réputation que la municipalité de Tel Aviv à décidé de faire de ces chauffeurs de taxi « les nouveaux ambassadeurs de la ville ».

Un taxi dans Tel Aviv. Crédits photo - Ariane Kupferman

Un taxi dans Tel Aviv. Crédits photo: CrossWorlds/Ariane Kupferman

 

Partant du constat que le premier interlocuteur israélien du touriste américain, anglais ou français en vacances à Tel Aviv était le chauffeur de taxi, la municipalité de Tel Aviv dont la chargée de communication Mira Marcus se fait porte-parole, a décidé « d’enseigner de nouvelles compétences (aux conducteurs) à l’instar de l’anglais, du protocole, mais également des sites touristiques recommandés et des tours qui pourront être mis en place » .

Cette démarche n’est pas la première en son genre, puisque déjà, en février 2013, la municipalité de Bristol avait mis en place ce type de dispositif en distribuant aux chauffeurs de taxi des tickets d’entrée gratuite pour des lieux touristiques. Même s’il faudra plus d’un été pour voir, et entendre parler, des effets de cette nouvelle mesure, les taxis de Tel Aviv sont aujourd’hui une source d’informations et d’enrichissement incroyable.

Si le chauffeur de taxi est, pour les touristes, le « visage » d’Israël, il est également un véritable miroir de la société israélienne : une société en transition et de plus en plus diversifiée. D’ailleurs, à l’heure tardive où j’achève cet article, des israéliens issus de la classe moyenne et des travailleurs venus d’Afrique de l’Est ou d’Asie du Sud-Est remplissent les mêmes sheruts, en transit vers le sud de la ville…

 

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Sarah Melloul

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