En Israël : « Moi si j’étais un homme, je serais rabbin. »

“ Le sexe opposé” est, sur  l’éventail large d’uniquement deux variations possibles, le sexe qui ne vous a pas été attribué par hasard à votre naissance. Je suis mâle, tu es femelle. Je suis femelle, tu es mâle. Deux identités sexuelles complémentaires, parfois mise en opposition mais indéniablement et indéfiniment liées l’une à l’autre par la reproduction, réflexe de survie naturelle et intrinsèque à chaque espèce…  Physiquement liées l’un à l’autre certes, mais ces deux identités sexuelles sont aussi engluées dans des traditions religieuses et culturelles de plusieurs millénaires, aux fondements mêmes de nos sociétés modernes. Ces deux formes aux contours différents, ces deux morphologies la plupart du temps distinctes, se superposent plus ou moins à des identités et des modèles sociaux.

Cette tempête de théorie des genres passionne, lasse et assomme la France de questions existentielles en ce moment. Ce vent a traversé la Méditerranée depuis quelques années déjà et questionne aussi la société israélienne.

Tel Aviv, une ville multicolore…

Tel Aviv, ville connue pour ses fêtes incessantes, son ambiance libertaire prégnante et son climat avantageux. Avec une Gaypride annuelle  qui attire des milliers de touristes par-delà les frontières et un très grand nombre de clubs et de bars « gayfriendly », Tel Aviv s’est depuis quelques années imposée dans le milieu LGBT comme une destination des plus agréables.  L’ambiance qui règne dans la rue est extrêmement propice à l’épanouissement de toute orientation sexuelle et les couples gays s’affichent ouvertement dans les rues. Bref, un vrai bol d’air. L’un des plus anciens repères pour la communauté homosexuelle est l’ « Evita bar », à deux minutes à pieds du boulevard Rotschild. Tous les mardis, des shows burlesques amènent un nombre conséquent d’habitués et le lieu ne désemplit pas en semaine. De grandes et magnifiques créatures perchées sur des talons de plusieurs centimètres, et habillées de tenues multicolores et extrêmement aguicheuses, animent près de deux heures de show, retraçant essentiellement le répertoire musical des années 90. Seul le galbe musclé de leurs mollets et la largeur de leurs poignets peut traduire le corps d’un homme sous une telle féminité exacerbée.

A l'Evita bar, un travesti sur scène. Crédits photo - Seb Leban.

A l’Evita bar, un travesti sur scène. Crédits photo: CrossWorlds/Seb Leban.

 

Pourtant, ici comme ailleurs, les communautés LGBT subissent un certain nombre de menaces dont l’attaque du club Bar Noar en 2009 a été le paroxysme. Si Lady Aye, «performeuse» dans ce club, souligne  que « le burlesque a pour essence la comédie et que la nudité est un moyen de mener à la comédie », elle continue en qualifiant son rapport au burlesque comme un moyen «  d’exprimer la perception qu’elle a d’elle-même au travers de la notion juive de tikkun (transformation, rectification) ». Lorsque je demande si cette vision fait consensus auprès de la communauté juive, Blue Bunny, une autre « performeuse » aux allures de diva ajoute que « la présence même du désaccord et du débat est un élément purement juif ».

Religion et identité sexuelle, un mariage possible ?   

Il faut distinguer le rapport du judaïsme à l’homosexualité du rapport de la religion avec la question du transgenre. Si les communautés libérales sont pour la plupart en faveur du mariage gay, une position confirmée en 2002 lors de la conférence rabbinique du judaïsme libéral où il a été fixé que «  le mariage entre deux juifs du même sexe effectué dans la coutume juive est reconnu et que les rabbins guidant ces cérémonies ont le soutien de la communauté », les communautés orthodoxes sont beaucoup plus réservées voire complètement en opposition.

En ce qui concerne la place des transsexuels dans la société, la question est différente et s’oppose encore frontalement à une culture ancienne de répartition des rôles entre l’homme et la femme. La figure emblématique de ce mouvement est très certainement Joy Ladin, le premier rabbin ayant pris la décision de devenir une femme. Aujourd’hui, ces derniers sont au nombre de 6, vivant essentiellement aux Etats-Unis selon le journal Ha’aretz. En 2003, le mouvement conservateur a déclaré que seule l’opération chirurgicale pouvait faire acte d’un changement de sexe, négligeant complètement le travestissement, la prise d’hormones ou simplement la question de l’auto-perception identitaire. Pour les orthodoxes, la question est quasiment inexistante et aucun transsexuel ne peut devenir rabbin. La petite part d’orthodoxes religieux transsexuels en Israël se cache. Pour la plupart des libéraux, enfin, la question du changement de sexe doit être vue comme un événement sacré dans la vie d’un juif.

Au delà de la diversité de la société israélienne, il est donc surprenant d’observer la diversité des points de vue au sein des la communauté juive sur des questions aussi sensibles que l’identité sexuelle. Il est aussi intéressant de noter que si le mouvement LGBT divise, il rassemble aussi, comme à l’occasion de la Queer Week palestinienne organisée chaque mois, dans un coin reculé du quartier de Florentin…

Sarah Melloul

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