Au Canada, on fête Noël en famille(s)

J’ai sept ans, je vis à Vancouver. Aujourd’hui, j’vais à Stanley Park : les lumières là-bas sont géniales. Il y en a partout dans les arbres et « c’est trop cool le petit train ou la maison du Père Noël ». Mummy veut toujours que je prenne des photos avec les pompiers, elle dit qu’ils récoltent de l’argent pour les brûlés. Moi, j’adore surtout leurs énormes camions.

Un Noël à Stanley Park à Vancouver au Canada. Crédits photo: CrossWorlds/Clara Wright

J’ai cinquante ans, je vis à Port Moody. Ma famille est d’origine croate et tchécoslovaque, ma femme est d’origine italienne et nous sommes canadiens. « Au mois de décembre ? Je conseille vivement la Carol Ships’ Parade. Il faut voir ces bateaux naviguer de maison en maison dans toute leur splendeur, de vrais châteaux flottants. Ce qui me plaît le plus, ce sont les chorales, les chants de Noël. C’est presque féérique. » Et puis, l’argent récolté revient à des organisations humanitaires.

J’ai quarante-deux ans, je travaille à Pender Street. « Oui, je suis chinois », mais c’est presque une coïncidence : dans Chinatown, on trouve toutes les communautés d’Asie. « Non, je n’ai rien à vous conseiller pour Noël, je ne suis pas chrétien, vous savez ». Au bout de la rue, un sapin solitaire dans un magasin et quelques soldes de Noël pour les produits Kitty Cat dans un autre. Au croisement de Pender Street et de Hawkes Ave, on trouve une église, la Sacred Heart Church – et déjà, c’est la fin du quartier chinois.

Entrée du quartier chinois

Entrée du quartier chinois à Vancouver au Canada. Crédits photo: CrossWorlds/Clara Wright

 

Les rares traces de Noël à Pender Street à Vancouver au Canada. Crédits photo: CrossWorlds/Clara Wright

 

 

Sortie du quartier chinois. De l'autre côté de la rue, une église.

Sortie du quartier chinois. De l’autre côté de la rue, une église. Crédits photo: CrossWorlds/Clara Wright  

 

J’ai trente-et-un ans, je viens des Philippines. Je travaille au Tim Hortons de l’université de UBC, je prépare les bagels matinaux. « Je suis déçue, cette année je ne peux pas accompagner mon fils à la parade du Père Noël ».

J’ai vingt ans, je suis française et étudiante en échange à Vancouver à UBC. Cette année, je fais donc aussi partie des fidèles du Noël canadien. Je me prête au jeu, je visite Stanley Park, je pose dans des costumes de choristes, je goûte aux gaufres du marché de Noël et je ne m’étonne pas lorsque les bus nous souhaitent « Merry Christmas and Happy Holidays ». C’est bien d’un jeu qu’il s’agit, une grande fête foraine à thématique Noël. Néanmoins, il me semble audacieux de prétendre en connaître les règles, au vu de la diversité ethnique du pays. Difficile d’imaginer quel repas sera servi à table lorsque les croyants viennent aussi bien d’Asie que d’Europe, ou que les non croyants fêtent aussi le réveillon. Mais, ce qui est évident, c’est que la ville investit pour créer « des spots » de bonheur, de l’immense marché de Noël germanique à la patinoire et aux chiens de traîneaux au sommet de Grouse Mountain. Libres à ceux qui le souhaitent d’en profiter – avec, au moins, une dizaine de dollars en poche, car même l’entrée au marché de Noël est payante.

Le marché de Noël germanique à Vancouver au Canada. Crédits photo: CrossWorlds/Clara Wright

Ici, Noël et ses activités sont devenus une coutume citadine que l’on honore quelque soient les origines. La Carol Ships’ Parade fut créée il y a cinquante ans, Stanley Park et ses lumières ont aujourd’hui quinze ans. Mais, il ne règne pas à Vancouver une ambiance exaltante car éphémère  comme dans les rues de Paris, lorsque soudainement les allées s’illuminent et que les Galeries Lafayette dévoilent leurs vitrines, pour la simple raison que les rues de Vancouver sont quotidiennement illuminées. Même constat à Whistler, la station de ski olympique, où l’on admire d’immenses sapins scintillants, en octobre comme en décembre. Cependant, si l’envie et le rêve se lisent sur les visages des deux côtés de l’Atlantique, la réalisation est bien plus facile à Vancouver : les soldes sont organisées avant Noël, pas après.

Un pas à Stanley Park et mille éclats pour les yeux. C’est Noël dans tout son cliché, avec les cerfs, le traîneau, les choristes, le grand barbu, le drapeau canadien de feu et de lumières flottant entre deux sapins, la fausse neige, et la foule d’enfants qui en redemande. Au détour d’un chemin, on a monté une crèche grandeur nature.

En France, notre conscience, légataire de Madame Laïcité, dirait : « voici une marque de notre héritage chrétien, que nous avons bien heureusement dépassé. Vive 1905 ! ». Au Canada, chose étonnante, une représentation religieuse peut aussi être perçue à travers sa dimension religieuse. Le Canada n’est pas un Etat laïc comme la France où la laïcité est constitutionnalisée – ce qui fait aujourd’hui débat au Québec – et le credo veut que toutes les religions puissent s’exprimer de manière concrète. Alors, si cette crèche a été montée par foi ou par coutume, peu importe. A Noël, les chrétiens ont le droit d’être visibles hors de leurs églises.

Une crèche, des décorations, un drapeau à Stanley Park à Vancouver. Crédits photo: CrossWorlds/Clara Wright

 

Et les chrétiens sont nombreux au Canada. Selon les statistiques du gouvernement, 67,3% de la population se déclarent chrétiens en 2011 et 38,7% s’identifient comme catholiques. Un an plus tôt, en France, deux tiers des Français interrogés pour une étude de l’IFOP se considéraient catholiques, soit un peu moins du double. Malgré cette différence qui semble relativiser l’importance du catholicisme au Canada, le pays s’inscrit dans une tradition catholique romaine et cela même si les colons anglais étaient nombreux. Sans tomber dans l’écueil de comparaison constante entre le Canada aujourd’hui et les colons d’antan, la récolte de dons pour les organisations humanitaires dans les attractions fait, elle, penser au Royaume-Uni.

Dans les rues de Vancouver, même en période de Noël, les autres confessions sont «notables » et par là j’entends « repérables ». Ainsi, sur les 44,2% de la population Sikh vivant en Colombie-Britannique, trois quarts vivent à Vancouver et il est d’ailleurs commun de voir sur les publicités des magasins des hommes portant des turbans. La ville est aussi la troisième en nombre de musulmans, après Toronto et Montréal. Ceux que l’on ne voit pas cependant, ce sont les 41,5% Vancouverites dits « sans religion », un nombre croissant. Si Vancouver et la Colombie-Britannique sont particulièrement connues pour leur athéisme ou agnosticisme (ainsi que pour la faible pratique religieuse de la foi malgré l’identification à une confession), l’augmentation des « sans religion » est vraie dans tout le pays. Leur nombre a augmenté de presque 10% entre 2001 et 2011, atteignant 23,9%, mais reste néanmoins inférieur à celui de la France qui lui s’élève à 28%.

Finalement, Vancouver prouve qu’il est toujours possible, dans une grande ville occidentale, de lier croyances et modernité. Et puis, lorsque l’on crie au diable et à la déformation de Noël avec ce monstre de Santa Claus, Vancouver montre que le tout participe au rêve et soude les familles de tous les continents dans une même ville – mais pas toujours dans les mêmes attractions.

Clara Wright
@clarawright_

 

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