Viens traîner sur mon toit !

Une maison à Cordoba, qu’est-ce que c’est ? Un salon, une cuisine – souvent conviviale – des chambres réparties ci ou là et souvent, aussi, un patio. Jusqu’ici rien d’anormal nous direz-vous… En fait, tout change au moment où vous prenez l’escalier, qu’il soit caché dans le coin d’une pièce, ou qu’il trône fièrement au milieu de la maison, et que vous arrivez sur le toit.

Là où la France séduit par ses tuiles rouges et ses toits pentus, l’Argentine conquit par la chaleur de ses toits-terrasses qui donnent rapidement la sensation d’être chez soi, tranquilles et à l’écart du reste de la ville.

Cordoba, Novembre 2015, Crédits photo : CrossWorlds/Fanny Veillon. Crédits graphisme : Théo Depoix

Cordoba, Novembre 2015, Crédits photo : CrossWorlds/Fanny Veillon. Crédits graphisme : Théo Depoix

Un lieu de vie au-dessus de nos têtes

Le toit argentin ne nécessite que peu de moyens et d’entretien, il est souvent nu, laissé au vent et à la pluie dans l’attente de ses propriétaires. En réalité, il est le cœur festif de la maison et, par conséquent, de la ville argentine.

Bien au-delà d’un simple ajout à une maison ou un immeuble, le toit argentin en fait partie intégrante. Et pour cause : le soleil commence à pointer en septembre, et darde ses rayons jusqu’en avril, avec des températures dépassant facilement les 30°C. La maison argentine étant construite de façon à ce que le soleil ne puisse pas réchauffer les pièces principales, son toit est l’un des seuls endroits de la maison où l’on peut profiter intensément du soleil.

Les Argentins passent ainsi beaucoup de temps sur leur toit. On y partage un maté, se détend, fait la sieste, écoute de la musique en travaillant, mange quelle que soit l’heure. On y invite aussi des amis le soir pour partager une bière fraîche ou un Fernet-Coca, la boisson locale à base de cet alcool italien au goût mentholé que les Argentins se sont appropriés.

La plupart des restaurants et bars des quartiers à la mode proposent eux aussi un toit-terrasse aux airs « hipster ». Dans le quartier branché de Cordoba, Guemes, les étudiants se retrouvent sur les terrasses perchées des bars colorés aux noms plus qu’évocateurs : du plus littéral, le Roof top, au plus cosy, l’Alfonsina, en passant par le plus hype, la Cova del Drac – nom inspiré d’une grotte naturelle à Majorque.

 

Un festin sur le toit : l’asado

Parmi les diverses activités possibles sur les toits argentins, l’asado est sûrement l’une des plus appréciées. C’est l’équivalent de notre barbecue chez les Latino-Américains. Toutes les maisons argentines ayant un toit-terrasse sont dotés d’un imposant asado en pierres.

 

cécéile 16Asado sur le toit, Octobre 2015, Crédit photo: CrossWorlds/Cécile Valette

Ici, la cuisson de la viande est une mission très sérieuse avec laquelle on ne plaisante pas. Juan Pablo Meneses, écrivain amoureux de l’Argentine disait : “On parle beaucoup de l’asado, chacun a son secret inavouable ou quelque astuce hérité de son père. Même si on publie des livres, et encore des livres sur comment cuisiner une bonne viande, aucun texte ne semble dépasser l’intuition de l’expert “asador” que chaque Argentin porte en lui”.

L’asador se charge ainsi d’allumer le feu et de surveiller le rougeoiement des braises puis dépose sur la grille les chorizos (des saucisses), lomos, bifes (des pièces de boeuf), et autres morcillas (un genre de boudin argentin). Le processus est particulièrement lent, mais personne ne s’en plaint car “El que sabe comer sabe esperar”, c’est-à-dire “Celui qui sait manger sait attendre”.

La viande sur la grille de l’asado, Octobre 2015, Crédit photo: CrossWorlds/Cécile Valette

 

Quelle que soit la génération, chacun trouve donc son compte dans la préparation de l’asado sur les toits. Lucia, 62 ans raconte que, pour elle, l’asado est synonyme des dimanches en famille. “Ça vaut la peine d’investir du temps, de la patience et de l’amour dans les asado du dimanche”. Les jeunes argentins, eux, évoquent des soirées qui n’en finissent pas, une bière à la main.

Asado entre amis sur un toit-terrasse de Cordoba, Août 2015 Crédits photo : Agathe Desmares

Asado entre amis sur un toit-terrasse de Cordoba, Août 2015 Crédits photo : Agathe Desmares

 

Voilà, sur les toits en Argentine, on prend du bon temps. On mange, on boit, on danse, on crie et « rit à outrance », comme le dit Adrian, 22 ans. Ce temps de vivre au rythme tranquille est si particulier des Cordobeses, entre fêtes qui finissent au petit matin et dégustations de maté, l’infusion locale adorée, qui se terminent quand la nuit tombe et se transforment, déjà, en début de soirée…

Marine Segura et Alicia Arsac

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