Ville dansante, ville bruyante : Que vive Cali Pachanguera !

Lorsque le soleil brûlant se couche enfin sur Cali, doucement mais sûrement, les caleños sortent de leurs maisons. Destination ? La piste de danse. Car si une chose caractérise réellement la Colombie et Cali en particulier, c’est bien la passion pour la salsa.

La salsa à la sauce caleña

La salsa a teinté l’identité d’une ville « pachanguera », fêtarde. Chaque année entre le 24 et le 30 décembre, la capitale mondiale de la salsa accueille la féria, événement renommé où se rencontrent les danseurs. La salsa caleña est reconnue pour le rythme endiablé que le danseur acquiert après un long travail sur ses genoux. Les mouvements sont en accord avec la musique, plus rapide que dans la salsa cubaine ou portoricaine, et la danse commence toujours sur le premier temps. Les danseurs doivent être particulièrement agiles afin de pouvoir exécuter les acrobaties typiques de la salsa à une vitesse rapide.

Si la salsa occupe une place centrale à Cali, il ne faut pas oublier pour autant d’autres styles de danse qui se retrouvent dans les soirées de « crossover » comme le merengue, la bachata, la cumbia, le reggaeton ou la salsa choque, un nouveau type de danse apparu il y a quelques années et qui marque l’influence du Pacifique à Cali. Les corps en sueur bougent sur le rythme des claves, des tambours, de la campana et des maracas. Les danseurs déchaînés et la grâce de leurs mouvements en fascinent plus d’un.

présentation de salsa

Le groupe de ICESI Baile présente son spectacle! /Crédits : CrossWorlds/Marie Thorn

 

La folie dansante de Cali se retrouve évidemment dans toute forme de musique, dont les sonorités dérangent parfois les voisins.

Loi carotte

Dans ce petit bijou de la littérature populaire colombienne qu’est « ¡Que viva la música! », l’auteur Andrés Caicedo décrit avec justesse la folie musicale de Cali. Les sons sont omniprésents dans la vie quotidienne. Ils surgissent des petites radios des bus, des magasins du centre, des fenêtres des maisons, des enceintes que certains installent dans le coffre de leur voiture. Toutes les grandes villes sont bruyantes, mais la particularité de Cali est que la principale source de bruit est d’origine musicale.

La musique imprègne tellement la ville que la municipalité a instauré une législation afin d’interdire aux bars de rester ouverts au-delà de 2h du matin en semaine et de 4h le weekend, au nom du sommeil des rares habitants qui ne sont pas d’humeur à faire la fête. La Ley Zanahoria au nom cocasse de « loi carotte » a délogé la rumba du centre de la ville. Elle se poursuit donc aux frontières urbaines dans une zone du nord appelée Menga. C’est une manière facile de passer outre la loi pour poursuivre la folie nocturne jusqu’aux petites heures du matin, nous explique Yeison Andrés Ceron, danseur professionnel de salsa à Cali.

«Chaque année, de nouveaux pays tombent amoureux de notre danse»

Yeison Andrés Ceron a commencé à danser à l’âge de onze ans, puis est devenu danseur professionnel à seize. Aujourd’hui, il travaille pour une entreprise recrutant des danseurs et promouvant la salsa aux travers de représentations à l’étranger, mais le chemin pour arriver jusque-là a été ardu.

Il décrit la rude compétition qui existe à Cali dans le domaine de la danse : « La compétition est très exigeante. Comme la danse est en constante évolution nous les danseurs ne pouvons pas nous permettre d’arrêter de nous entraîner». Andrés raconte que la compétition n’est plus seulement nationale mais qu’elle devient mondiale:

« Chaque année de nouveaux pays tombent amoureux de notre danse caleña et travaillent d’arrache pied pour atteindre notre niveau artistique ».

« Discrimination à l’égard des hommes qui dansent »

Être danseur professionnel n’est pas évident, car il faut gagner suffisamment d’argent pour rester indépendant. Les danseurs ne sont pas bien rémunérés et un bon maquillage, les costumes, les chaussures, le transport coûtent cher. Pour Andrés, ces éléments sont indispensables car ils font partis du show. Il soupire:

« Là où le bât blesse, c’est quand tu commences à dire que tu es danseur. Il est difficile de se faire accepter en tant que danseur quand on ressent un manque de soutien de la famille. Dans notre pays, il y a une forte discrimination à l’égard des hommes qui dansent. »

Auparavant, tout homme qui dansait la salsa était considéré comme gay, ce qui dérange le danseur. 

Déconstruire les préjugés de la salsa « machiste »

Pour un français lambda, la salsa a la réputation d’être une danse plutôt machiste et qui incite à la promiscuité, puisqu’il s’agit d’une danse de couple sur un rythme suave et tropical. On dépeint souvent le « latino » comme caliente et épicé. Stop ! Ceci est un stéréotype qui ne correspond pas à la réalité de la salsa.

Il est certain que la danse crée un rapprochement physique entre les individus qui déteint sur les relations sociales. L’espace privé physique du «mètre de sécurité autour de soi » est brisé. Les Colombiens sont plus facilement tactiles, sans pour autant que chaque mouvement se transforme immédiatement en un geste à connotation sexuelle.

Mais l’idée que beaucoup se font de la salsa, l’imaginant comme une danse collé-serré, relève du cliché. La bachata et le reggaeton sont bien des danses de promiscuité, mais la salsa, très technique et rapide, ne l’est pas du tout. Pour ce qui est de la réputation machiste de la salsa : la Colombie est un pays où il la femme est souvent considérée moins comme une personne que comme un objet de désir, mais cette remarque s’applique de manière globale au pays et non à la danse qui, au contraire, respecte le rôle à part égale de chacun des danseurs. Andrés dit que les danseuses sont conscientes de l’importance du guidage car « c’est l’homme qui donne la force pour effectuer des acrobaties et c’est lui qui dirige » mais il reconnait que « le rôle de la danseuse est plus exigeant ». Il conclut :

« Les deux partenaires de danse travaillent ensemble ».

Vidéo de ICESI Baile, compagnie semi-professionnelle de salsa composée d’étudiants colombiens:

 

Marie Thorn

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