« Seul sur Mars »… Ou en Jordanie ?

Le dernier blockbuster de Ridley Scott, avec Matt Damon dans le rôle principal, offre une plongée spectaculaire dans l’univers martien… et dans le Wadi Rum. En effet, une partie des scènes du film a été tournée dans le désert en Jordanie. Et l’Office de Tourisme jordanien entend bien profiter de cette publicité pour faire la promotion de ses sites au sein desquels on se sent ces derniers temps… un peu seuls. 

« Seul sur Mars », de Ridley Scott, dans le désert de Jordanie. Crédits photos : 2015 Twentieth Century Fox.

« Seul sur Mars », de Ridley Scott, dans le désert de Jordanie. Crédits photos : 2015 Twentieth Century Fox.

 

La Jordanie, dotée d’un patrimoine culturel et archéologique exceptionnellement riche, peut, sans rougir, s’enorgueillir de compter certains sites parmi les plus somptueux au monde : la cité nabatéenne de Pétra, le désert du Wadi Rum, la Mer Morte, les monuments romains de Jerash… Et pourtant, depuis quelques temps ces sites prestigieux sont désertés. Oui, aujourd’hui la Jordanie pleure ses touristes, et personne ne sait quand ses larmes se tariront.

Aux frontières du pays : partout des conflits

La Jordanie se trouve au cœur d’un véritable théâtre de guerre. Partout à ses frontières les pays sont déchirés par des conflits sanglants. La guerre civile fait rage en Syrie et en Irak, au Nord et à l’Est. A l’Ouest, l’escalade des violences entre les Israéliens et les Palestiniens depuis début octobre fait craindre une troisième Intifada. Sans compter la menace terroriste qui plane aux frontières, alors que la Jordanie est, au lendemain des attentats de Beyrouth et Paris, plus que jamais au premier plan de la coalition régionale contre les djihadistes de l’Etat Islamique.

Carte de la situation géographique de la Jordanie. Capture d'écran Google Maps.

Carte de la situation géographique de la Jordanie. Capture d’écran Google Maps.

 

Au milieu de ces conflits, le pays représente le dernier havre de paix dans la région. Mais cette situation ne suffit pas à rassurer les touristes. A l’étranger, on craint un débordement des conflits dans le pays, et l’exécution d’un pilote de l’armée de l’air jordanienne par l’Etat islamique en février, n’a fait que renforcer cette crainte. Les consignes de sécurité adressées aux touristes ne sont pas plus rassurantes. Sur son site le Ministère des Affaires étrangères en France incite ses ressortissants « à faire preuve de grande prudence » en Jordanie.

Ahmad, guide jordanien arabophone, hispanophone et francophone à la Citadelle d’Amman, constate tristement que « les fréquentations ont chuté, notamment celle des Français. Je crois que les gens ont peur ». Les chiffres sont d’ailleurs sans appel : les recettes touristiques ont baissé de 15% sur les quatre premiers mois cette année, atteignant 1,2 milliard de dollars selon le Ministère du Tourisme. Dix hôtels ont été obligés de fermer à Pétra depuis 2010, en raison de leur trop faible fréquentation. Hanna, stagiaire française à Amman, reconnait ainsi avoir visité en septembre les ruines de la cité nabatéenne « dans un calme déroutant ».

Beidha

Entre Petra et Beidha, octobre 2015. Crédits photo : CrossWorlds/Maÿlis de Bantel.

 

Une crainte sécuritaire “injuste”

Cette peur, le Ministère du Tourisme et l’Office Jordanien du Tourisme la déplorent. Pour eux, elle est “injuste” : le pays qui n’a pourtant pas connu d’attentat depuis dix ans (le dernier attentat avait visé trois hôtels à Amman le 9 novembre 2005, causant la mort de 53 personnes, ainsi que 300 blessés) souffre de l’instabilité de ses voisins. Le Ministre du Tourisme, Nayef al-Fayez, a ainsi accusé lors d’une conférence de presse cet été, le manque de visibilité de la situation réelle du pays à l’étranger. : « Certains pensent que la Jordanie fait partie du problème en cours dans la région. Nous n’en faisons pas partie et nous n’en sommes pas la cause. Il ne faut pas que nous payons le prix de ce problème« . Les guides touristiques et les vendeurs dans les boutiques de souvenirs à Pétra le répètent, « Vous êtes en sécurité ici ! « .

Un plan d’urgence pour redynamiser le tourisme

Pour remédier à cette image négative du pays, le Ministère et l’Office Jordanien du Tourisme ont choisi d’établir un plan d’urgence. Ce dernier vise les Européens et les pays du Golfe, mais également de nouveaux marchés en Asie tels que la Chine, le Japon ou la Malaisie. Parmi ces mesures de sauvetage compte la baisse du prix du visa. Celui-ci est devenu gratuit depuis septembre 2015 pour les touristes réservant leur séjour dans le pays  via une agence jordanienne. Pour les voyageurs arrivant par la voie terrestre, le tarif a été divisé par quatre. L’entrée du site de Petra est également en négociation à la baisse... 

L’Office Jordanien du Tourisme a lancé en parallèle, en début d’année, une nouvelle campagne internationale à destination des blogueurs, vidéastes et photographes spécialisés dans le tourisme, intitulée « Unraveling Jordan », afin de promouvoir la Jordanie à travers les yeux et les mots de prescripteurs du voyage. Parmi les vidéos réalisées on retient le magnifique « Hymn to Jordan » réalisé par StoryTravelers. L’Office a enfin développé une vaste campagne de communication dans plusieurs grandes capitales, dont Paris, promouvant depuis septembre les trois sites phares de Jordanie (Petra, le désert du Wadi Rum et la Mer Morte) sous de multiples supports (affichage digital, posters, et même relookage de 200 taxis parisiens au mois d’octobre).

Station de métro Opéra à Paris. Crédits photos : Domitille de Bantel

Station de métro Opéra à Paris, début Novembre. Crédits photos : Domitille de Bantel

 

Face à la désertion de ses sites emblématiques le tourisme jordanien se cherche donc un second souffle. Le pays, qui souffre de sa situation au carrefour des conflits, refuse de s’avouer vaincu. Malgré tout, à la veille de mon départ pour Petra et le Wadi Rum, j’ai bien peur de me retrouver un peu seule, sans même Matt pour me tenir compagnie.

 

Maÿlis de Bantel

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