Super Tuesday à Santa Barbara : « Bernie, un outsider politique qui crache sur l’establishment »

À l’occasion du Super Tuesday (étape décisive de la campagne des primaires américaines), notre correspondante en Californie nous livre une série de portraits. Découvrez ces « Humans of Santa Barbara », des étudiants de l’université californienne de Santa Barbara, qui prennent la parole.

Jason, étudiant en sciences politiques, 4e année

Jason s'exprime sur le Super Tuesday. Crédits photo : CrossWorlds/Marie Jactel

Jason s’exprime sur le Super Tuesday. Crédits photo : CrossWorlds/Marie Jactel

 

« Je m’identifie plutôt aux libertariens [NDLR : philosophie basée sur le libéralisme classique, les droits de l’individu supérieurs à ceux du collectif et le gouvernement réduit au minimum, au besoin primaire de sécurité]. Je ne me reconnais pas du tout dans les Républicains en ce moment. Trump parle de construire un mur sur la frontière mexicaine alors que je pense que les gens devraient avoir le droit d’aller partout dans le monde tant qu’ils agissent de façon civilisée. Même chose pour la guerre contre la drogue, le mariage de même sexe et toutes les questions sociales. Pour moi, les Républicains agissent de façon totalitaire et Trump, comme un néo-fasciste.

« J’étais socialiste. Je voulais être part de quelque chose de plus grand que moi-même. »

J’ai un parcours un peu spécial : je viens d’une famille de démocrates. Je me souviens avoir posé des affiches d’Al Gore quand j’étais petit, et de ma colère en voyant sa victoire volée par G.W. Bush. Mes parents faisaient parti des quelques 23 % d’Américains contre l’invasion de l’Irak. En 2011, il y a eu le mouvement Occupy Wall Street, auquel j’ai participé. À ce moment là je me considérais comme socialiste. Je voulais être part de quelque chose plus grand que moi-même. C’était un manque de confiance en soi. Beaucoup de garçons de 17 ans sont comme ça. Le plus grand véhicule derrière le socialisme, c’est le manque d’assurance : on se sent tellement fragile qu’on a besoin du support d’une idéologie forte.

« Personnellement, je critique le féminisme et les questions de race. »

Ensuite j’ai commencé l’université. J’ai pris un cours de sociologie qui s’est révélé être une publicité pour la pensée « libérale » : un aperçu de la pensée de masse, et je me suis senti très seul. J’ai lu des auteurs comme David Horowitz [NDLR : un écrivain conservateur américain qui dit s’opposer au politiquement correct de gauche] et ça m’a beaucoup fait réfléchir.

J’ai pris des cours d’économie et découvert des idéologies différentes. Ça c’était lors de ma 2e année, durant laquelle j’ai rejoint le groupe UCSB Young Americans for Liberty. Aujourd’hui, je suis vice-président de l’association. On essaie de contester les idéologies que l’on perçoit comme totalitaires. Personnellement je critique le féminisme et les questions de race.  Des sujets omniprésents dont il est impossible de questionner les dogmes sans être exclu, voire insulté.

« Je suis prêt à catalyser toute la haine si ça peut en encourager d’autres à dire ce qu’ils pensent. »

Les gens sont obsédés par la liberté de parole et pourtant ils réagissent de manière virulente dès qu’ils se sentent offensés. Ils savent que leur seul pouvoir dans cette université n’est pas d’argumenter mais de montrer du doigt. Les professeurs sont aussi très bons pour attaquer les jeunes. Quelques-uns m’ont humilié ouvertement devant toute la classe. Mais selon l’expérience l’expérience psychologique de Asch, si une seule personne montre l’exemple en s’élevant contre la masse, d’autres seront plus prêtes à sortir du bois… Alors je suis prêt à catalyser toute la haine si ça peut en encourager d’autres à dire ce qu’ils pensent.

« Bernie est un outsider politique qui crache sur Hillary et l’establishment. »

Je crois que je vais voter pour Bernie. Il est moins pro-gouvernement que ce qu’on croit et c’est un outsider politique qui crache sur Hillary et l’establishment. Franchement aucun candidat actuel n’est bon. Si j’avais pu, j’aurais voté pour Rand Paul [NDLR : sénateur du Kentucky, figure des mouvements libertarien et du Tea Party au sein du parti Républicain. Il a renoncé aux primaires en février, faute de soutiens solides]. Ça aurait été déjà mieux que ce qu’on a maintenant. Trump pousse au néo-fascime. Je préfère prendre un socialiste honnête et inefficace, plutôt qu’un candidat qui n’est pas authentique. On peut argumenter contre Bernie, avoir un véritable débat parce qu’il a des idées. Et je respecte ça. Mais il n’a aucune chance. L’establishment conspire pour le virer, comme pour Rand Paul .

Je ne préfère pas penser à mardi prochain parce que toutes les issues sont mauvaises. J’espère que ça sera Rubio car c’est le « moins pire ». Mais si c’est Trump contre Hillary, alors… ça va être une des élections les plus intéressantes de notre Histoire. »

Propos recueillis par Marie Jactel

Retrouvez le premier portrait de la série,  Eric, « le républicain ».

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