Super Tuesday à Santa Barbara : « Le mouvement libertarien rassemble tout le meilleur de l’Amérique »

À l’occasion du Super Tuesday (étape décisive de la campagne des primaires américaines), notre correspondante en Californie nous livre une série de portraits. Découvrez ces « Humans of Santa Barbara », des étudiants de l’université californienne de Santa Barbara, qui prennent la parole.

Brandon, étudiant en Sciences politiques et classes préparatoires de Droit, 4e année

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Brandon, libertarien et fervent partisan d’un Etat au rôle limité. Crédits photos : CrossWorlds/Marie Jactel

 

Philosophiquement, je me situe dans le courant des Libertariens. Et parce qu’en Californie ils sont très présents au sein du parti Républicain, j’y ai adhéré. Je pense que le mouvement libertarien rassemble tout le meilleur de l’Amérique : la liberté d’expression, de mouvement, le fait que l’État n’ait pas à mettre son nez dans la chambre à coucher, n’a pas à dire ce que tu peux consommer ou non. L’idée aussi que l’armée doit être utilisée seulement pour des mesures défensives, et non pour une présence internationale impérialiste. La défense des droits des États et du fédéralisme. Les droits des individus de s’associer librement sur leurs lieux de travail. L’opposition à l’espionnage domestique sans mandat… toutes ces choses sont liées.

Si on limitait le gouvernement à ses fonctions absolument nécessaire, on serait capable d’investir dans ce dont on a vraiment besoin : la santé, l’éducation et la sécurité. Pour l’éducation les standards devraient être décidés État par État : ça encouragerait une saine compétition parce qu’aucun d’entre eux ne voudrait être l’État le moins éduqué. Pour la santé, je suis d’accord avec Trump : il faut un marché ouvert pour limiter les coûts, faire jouer l’offre et la demande. Dans tous les domaines, plus il y a de gouvernement fédéral, plus il y a de subventions donc les coûts augmentent. Les universités par exemple savent qu’une certaine quantité d’argent est garantie par les subventions. Du coup elles augmentent leurs frais de scolarité pour avoir encore plus.

« L’origine de mon engagement politique ? La propagande gouvernementale de la guerre contre la drogue. »

L’origine de mon engagement politique c’est la découverte de l’atrocité de la guerre contre la drogue. J’ai subi le même lavage de cerveau que toute ma génération : dire systématiquement « non ». Puis j’ai réalisé que le cannabis pouvait être utilisé à des fins médicales. À partir de là, je me suis demandé quels étaient les autres sujets de mensonge de la propagande gouvernementale. J’ai été volontaire pour de multiples campagnes en Californie et à Hawaï. Je lançais des pétitions, frappais aux portes, passais des coups de téléphone, écrivais des éditoriaux, faisais des discours publics… Je rédigeais aussi des rapports sur les décisions de justice et les nouvelles mesures législatives. Aujourd’hui, je suis vice-président des UCSB Young Americans for Liberty et je fais partie des Free Speech Patriots.

En 2013, la police du comté de Santa Barbara a abattu un mec, Brian Tacadena. La même année, il y a deux fois plus de personnes tuées par la police que par des civils pour tout le comté. Je me suis dit : « Si dans une ville comme Santa Barbara la police agit de manière incontrôlée, combien d’événements similaires arrivent ailleurs ? ». J’ai rejoint une association de surveillance des actions policières. On informait les citoyens sur leur droit de filmer la police, sur la façon d’interagir avec elle. À la même période, le comté a essayé de faire passer une mesure baptisée « Gang injunction ». Sous prétexte de lutter contre les gangs, c’était une tentative de restreindre la liberté d’association des Latinos. C’était complètement inconstitutionnel. C’est vraiment à ce moment là que j’ai commencé à me concentrer sur les droits à la liberté d’expression, à une police civique et à une procédure de justice équitable. Parce que pour moi, le respect de cette procédure englobe tout : l’espionnage domestique, les Noirs tués dans les rues… Si je pouvais envoyer une lettre au prochain occupant du Bureau Ovale, je mettrais ces trois choses en tête : la procédure équitable, la liberté d’expression et la fin de la guerre contre la drogue.

« Difficile de prévoir ce qui va se passer mardi. »

Mon candidat préféré est Gary Johnson, libertarien et ancien gouverneur du Nouveau-Mexique. Il a été banni des débats nationaux donc il n’a pas beaucoup de couverture, mais il est brillant. L’autre candidat aurait été Rand Paul. De toute façon, le dernier candidat d’un 3e parti à avoir été élu était Lincoln. Et encore, seulement parce que le vote des Démocrates de l’époque était dispersé.

C’est difficile de prévoir ce qui va se passer mardi prochain. Le système conspire contre Bernie comme contre Ron Paul[1] en 2012. On n’a jamais la personne que les gens choisissent vraiment. En 2000, le vote populaire n’était pas pour G.W. Bush. Il a été volé. Pour autant, je pense que l’avantage ira à Sanders, contre Trump. Je crois que les seuls soutiens d’Hillary sont les banques et les femmes. Ce qui est absolument mauvais. On devrait toujours voter pour quelqu’un selon ce qu’il pense et ce qu’il peut faire, pour sa compétence et non pour son genre/couleur de peau/etc. Je voterais pour une femme compétente plutôt qu’un homme incompétent, et vice-versa.

Propos recueillis par Marie Jactel.

 

[1]    Père de Rand Paul

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