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En Espagne, les féministes élèvent la voix contre Vox

Hildegard Leloué, correspondante de CrossWorlds en Espagne revient sur l’idéologie anti-féministe du parti d’extrême droite espagnol Vox avec une militante des droits des femmes : Diana Ximena.

« Je suis une femme et j’aimerais me libérer de votre burka idéologique » affirme Rocío Monasterio, leader de la formation madrilène de Vox à propos de la grève féministe organisée ce 8 mars.

D’après le parti d’extrême droite espagnol Vox pour qui la journée internationale du droit des femmes n’est qu’une « pantomime subventionnée », les concepts de changement climatique, de violence de genre et de patriarcat représentent autant de fables contemporaines dont ils démentent vigoureusement l’existence sur leurs réseaux sociaux.

Vox et la cécité obstinée face aux chiffres

 

Face à ce déni d’enjeux contemporains majeurs, on se permettra le rappel de quelques statistiques émanant de l’Institut National de Statistiques espagnol stipulant par exemple que sur les près de 2000 femmes mortes de manière violente dans ce pays depuis 1999, 52,5% le furent des mains de leur conjoint ou ex-conjoint tandis qu’une mort sur six causée par une agression correspond à un féminicide.

Malgré l’évidence des chiffres, Vox peine visiblement à ouvrir les yeux. Fondé en 2013, ce parti « pro-vie », anti-islamique, hostile à l’immigration et opposé à l’union de personnes de même sexe est issu d’une scission au sein du Parti Populaire (PP), son but étant de regrouper les votants de droite désabusés par les politiques du PP.

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Interview de Santiago Abascal, président de Vox, lors de la cinquième « marche pour la vie ». Madrid, 2014. © HazteOir via Wikipédia

 

Si les polémiques entourant ce parti génèrent pour l’instant plus de bruit que celui des bulletins en sa faveur chutant dans les urnes, les chiffres de son ascension demeurent inquiétants : avec près de 11% des voix et 12 sièges remportés aux élections du Parlement d’Andalousie en 2018, Vox devient le premier parti d’extrême droite représenté dans un parlement autonome espagnol depuis 36 ans, et séduit en particulier les municipalités où les flux migratoires en provenance de l’extérieur de l’Union européenne sont les plus forts.

Un tournant politique inévitable certes, mais vers quelle direction ?

 

A l’aube des élections parlementaires européennes, municipales et de plusieurs communautés autonomes à venir en mai prochain, questionner les programmes à travers le prisme du genre et des droits des femmes s’impose indubitablement.

Diana Ximena est secrétaire de l’association Por Ti Mujer de Valence et chargée de la coordination de projets axés autour de l’aide juridique aux femmes migrantes et victimes de violence genrée. Elle a accepté de dresser pour nous un portrait de la condition des femmes en Espagne et d’aborder les menaces que fait peser Vox sur cette dernière.

« Dans la période pré-électorale où nous nous trouvons, l’égalité des genres se retrouve au centre de l’arène politique. Le parti d’extrême droite Vox, par ses idéaux, prône indubitablement un retour en arrière, chose dont nous devons tenir compte à l’heure d’élire nos représentants. »

D’autres mouvements hostiles aux droits des femmes s’expriment également, à l’image d’HazteOir : un groupe ultra-catholique faisant campagne dans toute l’Espagne au moyen de bus recouverts de messages antiféministes ou transophobes. Ses militants et militantes prétendent notamment « que seules les violences domestiques peuvent être considérées comme des violences genrées » », niant ainsi toutes les autres formes qu’elles peuvent prendre.

« Bien que l’Espagne ait accompli des progrès considérables ces dernières décennies, il reste encore beaucoup à faire. En effet, si de nombreux protocoles ont été créés dans le sens de l’égalité des genres, la réalisation effective des objectifs laisse à désirer. »

A qui la faute ? « Le rôle des organisations et de la société civile est d’opérer un suivi de ces plans gouvernementaux, pour faire en sorte qu’ils continuent à avancer, et à se consolider. Nous verrons ce qu’il advient avec les gouvernements suivants, mais pour le moment, je pense qu’il y a un réel manque de volonté politique à ce sujet. »

Dérives machistes et manque de ressources : les défis du féminisme en 2019

 

Car si le XXIème siècle fut source de progrès en matière de droits des femmes, émergent également avec lui de nouvelles formes de machisme :

« En dépit de la progression certaine du droit des femmes, je décèle un retour en arrière chez la génération espagnole actuelle. Les réseaux sociaux, tout merveilleux qu’ils puissent être, peuvent également se transformer en espaces de contrôle pour les femmes et nuire à leur émancipation. De nouveaux comportements s’observent ainsi chez les jeunes couples, où il est courant qu’un partenaire demande à sa compagne de justifier de son emploi du temps en envoyant une photo ou sa géolocalisation dès qu’il le lui demande. »

Diana Ximena nous enjoint donc à surveiller et remettre en question l’utilisation que nous faisons des réseaux sociaux dans notre vie privée, mais lorsque l’atteinte aux droits fondamentaux ou à la sécurité est telle qu’il faut saisir la justice, comment la loi protège-t-elle les femmes victimes de violences de genre ? Pas très bien, d’après les chiffres de feminicidio.net. En 2017, le pourcentage de condamnation pour violences de genre ne s’élève qu’à 11,07% devant les tribunaux pénaux selon le site féministe.

Pourquoi ? « Par manque de ressources, qu’elles soient de natures privées, publiques ou associatives. L’un des défauts principaux de la justice espagnole au propos des violences de genre est définitivement le manque de ressources financières et humaines dont elle dispose » considère Diana Ximena.

Quand Vox s’immisce dans le droit, les féministes défendent les leurs

 

Manifestation féministe le 8 mars 2018, Tenerife. © 8mundo Flickr via Compfight cc

Manifestation féministe le 8 mars 2018, Tenerife. © 8mundo Flickr via Compfight cc

 

Et puisque nous abordons le sujet législatif, il est de notoriété publique que Vox entend abroger la Loi de Protection Intégrale contre la Violence de Genre pour la substituer par une « loi de Violence Intrafamiliale ».

Là où la première facilite l’assistance des victimes (garantissant protection sociale, aide économique et tutelle juridique), la seconde ôte toute dimension de protection spécifique à la femme. Cette bascule viserait à corriger un soi-disant caractère discriminatoire à l’égard du sexe masculin.

Pour compléter ce tableau, il suffit de regarder ce que Vox publie en guise d’en-tête de son site officiel en préparation du 8 mars : une vidéo où des femmes protestent contre la manifestation féministe à venir, ne se sentant pas représentées par un féminisme qui, selon elles, promeut la domination de l’homme par la femme et la criminalisation de la gente masculine.

Des contenus similaires comparant le féminisme espagnol actuel à une forme d’endoctrinement suprémaciste et totalitaire font légion sur le compte Twitter du parti, avec pour étendard le hashtag #NoHablesEnMiNombre (« ne parle pas en mon nom »). Un essor qui n’est pas sans rappeler l’avertissement de Diana Ximena au sujet des réseaux sociaux.

Les jeunesses socialistes andalouses ripostent avec cette affiche de convocation pour le 8 mars/ Espagne, mars 2019. © JSA

Les jeunesses socialistes andalouses ripostent avec cette affiche de convocation pour le 8 mars/ Espagne, mars 2019. © JSA

 

Face à la menace protéiforme que représente la montée de l’extrême droite populiste, les féministes espagnoles se fédèrent quant à elles sous les termes : « Ni un paso atrás ! », c’est à dire « Pas un pas en arrière ! », reprise d’un slogan de la résistance antifasciste soviétique.

Ce 8 mars, le féminisme espagnol fera donc entendre sa voix dans le but de faire taire la Vox du patriarcat, en espérant lui faire perdre son latin.

Par Hildegard Leloué, en Espagne.

Journée de la femme ou des droits des femmes ? La confusion règne en Hongrie

En Hongrie, notre correspondante Aurélie Loek s’est entretenue avec des femmes, militantes féministes ou pas, au sujet du 8 mars. Journée célébrée avec ardeur du temps de l’ancien régime, les Hongroises peinent aujourd’hui à se la réapproprier.

« Le 8 mars a commencé comme une manifestation pour les droits des femmes et des travailleuses. Et puis, il s’est dégradé en devenant un jour où on donne des fleurs aux femmes », regrette Maria. Ukrainienne installée et travaillant à Budapest au sein d’un groupe de support d’une multinationale, cette femme profite de son temps libre pour se dédier à Rhythms of resistance.

Ce groupe, basé à Budapest, s’engage au sein de tous les mouvements de contestation qui s’organisent dans cette ville afin de les soutenir. C’est par ailleurs ce mouvement qui organisera la manifestation pour les femmes ce vendredi 8 mars.

« Tu devrais venir à la manifestation, il y aura également des discours sur la situation des femmes en Hongrie et surtout des femmes pauvres », m’encourage Maria, déterminée à ce que cet événement fasse date.

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Il faut dire que le discours actuel et les mesures natalistes prises par le gouvernement Orban récemment (exonération d’impôt sur le revenu des mères au bout de quatre enfants, aide aux familles pour acheter des véhicules…) n’aident pas à l’émancipation des femmes.

Bien que le mouvement Rhythms of resistance ne se revendique d’aucune nationalité, les militantes organisant la marche, elles, viennent toutes d’autres pays que la Hongrie. C’est par exemple le cas des quatre organisatrices de la marche de vendredi qui viennent d’Espagne ou d’Ukraine mais qui travaillent, étudient et militent à Budapest. Alors, où sont les féministes hongroises ?

Une journée qui n’est pas symbolique pour tous et toutes

Il faut dire qu’une confusion règne en Hongrie. Cette journée du 8 mars n’a pas la même représentation pour tout le monde.

« C’était une journée très importante avant le changement de régime, qui était imposée par le gouvernement au peuple. Maintenant ça n’a plus vraiment d’importance », raconte G. Heller Zsuzsa. « Et puis vous savez, en tant qu’artiste indépendante, je n’ai pas beaucoup de sous, pas beaucoup de temps, alors ce n’est pas quelque chose qui me paraît important. »

G. Heller Zsuzsa et Anikó ZöldG. Heller Zsuzsa et Anikó Zöld, artistes participantes à l’exposition « Femmes 2019 ». Budapest, Mars 2019. © Crossworlds / Aurélie Loek

 

La journaliste Eva Vamos raconte qu’à l’époque cette journée était surtout l’occasion pour les femmes dirigeant les syndicats de décider d’un cadeau à offrir aux syndiquées de chaque section. Même son de cloche pour l’artiste Ida Lencsés. Bien qu’elle expose au sein de l’exposition « Femmes 2019 » qui réunit des femmes artistes tous les deux ans à l’Ujpest Galeria, cette journée n’a pas de valeur symbolique pour elle.

Cette disparité sur la signification de cette date se retrouve à travers les différentes activités organisées de manière indépendante par les arrondissements de Budapest. Alors qu’Eva Vámos, journaliste au Journal francophone de Budapest explique qu’un débat organisé par son élue locale autour de la place des femmes au sein de la société hongroise se tiendra dans son quartier, l’artiste Anikó Zöld me montre un journal où la municipalité invite ses administrés à se retrouver autour d’un marché aux fleurs et d’un verre.

Journal municipal faisant la publicité d'un marché au fleur à l'occasion du 8 mars, journée internationale des droits des femmes. Budapest, mars 2019. © Crossworlds / Aurélie Loek

Journal municipal faisant la publicité d’un marché au fleur à l’occasion du 8 mars, journée internationale des droits des femmes. Budapest, mars 2019. © Crossworlds / Aurélie Loek

 

Elle était également représentée lors de l’exposition « Femmes 2019 » mais, comme Ida, elle n’a rien prévu de spécifique ce vendredi.

« Moi je ne fais rien de particulier pendant cette journée, c’est juste une bonne journée pour les fleuristes. Avant le changement de régime, on la fêtait pour de vrai, les syndicats donnaient des cadeaux, des fleurs, du café. Maintenant, on se demande si c’est encore une fête. »

Un héritage socialiste

Pourquoi cette si grande disparité dans les attentes et les représentations ? Judith Wirth milite au sein de l’association NANE (Nők a Nőkért Együtt az Erőszak Ellen qui pourrait être traduit par « des Femmes pour des Femmes contre la Violence »), une organisation qui lutte contre les violences faites aux femmes. Elle est intervenue, mercredi 27 février, dans le cadre de la série de cours consacrés au genre organisée ce semestre à l’université de Corvinus à Budapest. Elle explique ces disparités par l’héritage, le poids du régime socialiste qui divise la société hongroise encore aujourd’hui.

Le « state socialist feminism » est défini par l’activiste comme un Etat où l’égalité des femmes est publicisée, mais pas effective pour autant. Elle explique que « l’émancipation des femmes faisait partie de la politique de l’Etat mais le rôle des femmes au sein de la sphère privée ne changeait pas ».

Ainsi, bien que dans la vie publique, les femmes aient du participer à l’effort de travail comme les hommes, elles conservaient aussi les rôles traditionnels dévolus au ménage, à la nourriture et aux enfants. Sans compter le plafond de verre qui ne leur permettait de s’investir dans les organisations politiques que jusqu’à un certain point.

Si bien que, durant la période de transition qui a suivi la chute du régime socialiste, des confusions sont nées. Eva Vámos par exemple se rappelle qu’alors, des femmes se sont demandées si elles devaient continuer à fêter cette journée ou non.

La date du 8 mars, au même titre qu’un certain vocabulaire propre aux mouvements de revendications pour les droits des femme furent difficiles à s’approprier. Pour Judith Wirth; « les mots ont une puissance et j’y suis très attachée. Il est nécessaire d’utiliser des termes forts pour nommer des choses importantes. Pourtant certains étaient trop politisés pour qu’on puisse les utiliser. C’est le cas d’ »oppression », ou de « détermination »… ».

Des mouvements engagés propres à la Hongrie

Malgré ces difficultés et le changement de régime, des associations féministes ont perduré jusqu’à aujourd’hui et de nouvelles ont vu le jour à partir des années 1990. L’activiste de NANE rappelle qu’on a « souvent accusé le féminisme de venir de l’ouest. Mais je ne pense pas qu’il y avait de pression de la part des féministes occidentales. Il y avait définitivement de l’influence, c’est vrai. La plupart de mes lectures étaient en anglais. Mais je n’ai accepté que ce qui faisait sens pour moi et je crois que c’est ce qu’ont aussi fait les autres activistes ».

Cet héritage socialiste continue donc de modeler la société hongroise et de manière plus spécifique les mouvements pour le droit des femmes en Hongrie.

« Avec la fin du socialisme, pour beaucoup de femmes hongroises, il fallait rejeter tout le système. Or malgré la libération, elles pouvaient toujours continuer à travailler pour de l’argent. L’idée devait-elle donc être de revenir à la cuisine, aux enfants, de rejeter en bloc les idées du socialisme sur la garde des enfants ? » s’interroge Judith Wirth, avant de poursuivre :

« Certaines questions sont importantes de toute manière. Les problèmes sur lesquels nous avons décidé de travailler étaient de véritables problèmes. »

Quelle que soit sa dénomination, la journée du 8 mars reste – ou redevient – une journée de manifestations et de revendications pour certains et certaines.

« Cela dépend si les personnes sont politisées ou pas », résume Eva Vámos. À Budapest, de nombreux événements sont organisés. Pour les militantes de Rhythms of resistance, le message est clair : « ce jour est pour montrer que sans nous, le monde s’arrête, c’est un jour pour aller dans la rue et dire que nous savons ce que ce système nous fait et que nous sommes contre. C’est un jour où nous sommes ensemble, durant lequel la sororité est bien plus qu’un concept politique ».

Vendredi, les discours seront aussi bien en Hongrois qu’en Anglais. Il y aura des orateurs et oratrices internationales comme venant d’organisations hongroises, à l’image de Nokert (association des femmes) ou de A Varos Mindenkie (association “La ville est pour tous”). Car en Hongrie comme ailleurs, il reste tant à faire pour les droits des femmes.

Par Aurélie Loek, à Budapest.

Panama : les Femmes du Canal, premier épisode

FEMMES DU CANAL (1/4). La manière dont on parle des femmes dans l’histoire influe sur la perception et les droits actuels de nos contemporaines. Notre correspondante au Panama vous propose un voyage dans le temps : quatre épisodes pour comprendre le rôle, la condition sociale et les combats des femmes lors de la construction du fameux canal de Panama.

A man, a plan, a Canal – Panama ! (Leigh Mercer)

Vraiment ?

Ce discours hégémonique est bancal. Si ce sont en effet des hommes qui ont entrepris la construction théorique puis physique du Canal de Panama, cette dernière n’aurait pu avoir lieu sans le travail des femmes.

Vous l’aurez compris, cette chronique de quatre épisodes intitulée « Femmes du Canal » cherche à rendre visibles ces femmes oubliées par l’histoire et qui ont tant compté dans la réussite de cet exploit.

Car la réalisation de cette excavation de plus de 77km est le résultat du travail de femmes et d’hommes de tous les âges, de toutes classes sociales et de tous les continents.

Le podcast :

Ou préférez-vous lire ?

Dans les années 1880, des ingénieurs français arrivèrent sur l’isthme de Panama avec le projet de s’établir à Panama et à Colon. L’accompagnement de leurs épouses et de leurs enfants fut justifié comme une garantie de la stabilité familiale, indispensable à la viabilité du projet. Nombreuses de ces Françaises piliers de famille rejoignirent également l’isthme pour être recrutées comme infirmières, maîtresses ou encore secrétaires par la Compagnie du Canal Français.

La tradition catholique étant de mise à l’époque, de nombreuses sœurs vinrent également au Panamá, assurant une double mission, l’une religieuse, l’autre concernant l’offre d’un service social, sans but lucratif. C’est ainsi que les Sœurs de la Charité de Saint Vincent de Paul s’installèrent à Panamá dans une période économique critique pour l’État fédéral qui se traduisit par une carence d’instruction et une déficience des conditions sanitaires. Ces soeurs tinrent un rôle particulièrement fort dans l’objectif d’assainissement de la zone du Canal et apportèrent des soins aux blessés et aux malades sans discrimination aucune.

Des femmes infirmières, maîtresses, secrétaires... ont contribué à la construction du canal de Panama. © CrossWorlds / Judith Couvé

Des femmes infirmières, maîtresses, secrétaires… ont contribué à la construction du canal de Panama. © CrossWorlds / Judith Couvé

 

La majorité de la population étant formée d’ouvriers, ces soeurs étaient exposés aux souffrances d’accidents de type explosions ou glissement de terrain et à la contraction de maladies. Si les problèmes sanitaires et financiers contraignirent les Français à abandonner la construction du Canal, il n’en fut pas tant pour ces sœurs qui restèrent sur place et collaborèrent, non sans une certaine rivalité, avec les infirmières américaines.

La présence féminine assurait une continuité des services domestiques, comme le ménage, le linge et la cuisine. Les carnets de voyageurs regorgent d’anecdotes sur les pratiques des laveuses – qui se retrouvaient par groupe de 5 à 7 pour battre le linge dans la rivière – et des vendeuses de rue proposant des fleurs, des fruits ou encore des cigares près des stations de train.

La construction du Canal sous les Français est une étape d’intégration progressive des femmes dans le secteur professionnel ; mais celle-ci resta cantonnée aux métiers du care et du travail domestique.

Des femmes durent, elles, avoir recours à la prostitution pour se constituer un salaire. Bien que les Français aient établi un règlement contre la prostitution clandestine, de nombreuses femmes gagnaient leur vie,  en “vendant leurs corps” aux ouvriers du Canal. Si cette pratique était bien mieux rémunérée que les autres selon les diverses sources de l’époque, elle exposait les femmes à des conditions de vulnérabilité liées à la violence et la corruption des réseaux de prostitution.

La construction du canal favorisa l’écart financier entre les femmes de différentes classes sociales, contribuant ainsi à une sectorisation de la société par salaire et couleur de peau qui ne cessera de croître avec la construction américaine.

Judith Couvé

>> Retrouvez le deuxième épisode des Femmes du Canal dimanche prochain.

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Le canal de Panama, vu du ciel, en 2017. © Flickr/CC/Bernal Saborio

F. M. Corrao : « Ce n’est pas juste de devoir adapter son comportement à celui des hommes. En Italie, c’est dû à la période Berlusconi »

Née en Sicile, Francesca Maria Corrao est considérée comme l’une des plus grandes expertes italiennes du monde arabo-musulman. Elle enseigne à Sciences Po et  fait partie de la minorité de femmes professeurs à la LUISS (Libera Università Internazionale degli Studi Sociali, Rome).  Aujourd’hui, elle reçoit notre correspondante, Isabel Del Real Corral-Humbert.

Avec un chapeau sur la tête. « C’est un chapeau de mec, mais ça m’est totalement égal », lâche-t-elle en riant.

"C'est un chapeau de mec, mais ça m’est totalement égal", dit en riant la Professeure Corrao. 8 mars 2017. © CrossWorlds / Isabel Del Real Corral-Humbert

« C’est un chapeau de mec, mais ça m’est totalement égal », dit en riant la Professeure Corrao. 8 mars 2017. © CrossWorlds / Isabel Del Real Corral-Humbert

 

CrossWorlds – On a célébré cette semaine la Journée internationale des droits des femmes. Quels sont-ils pour vous ?

Les droits des femmes sont liés à la grande trinité de Liberté- Égalité- Fraternité, déclarée en France il y a de cela trois siècles. Aujourd’hui, c’est encore un idéal difficile à atteindre, surtout en Italie. Certes, nous avons le droit de vote, le droit à un salaire égal, mais dans les faits… ce n’est pas toujours vrai. Voilà, les hommes et les femmes n’ont pas les mêmes opportunités. Plus qu’une question de droits que l’on accorde aux femmes, c’est une question de comportement humain : la société italienne est encore très machiste et patriarcale.

– Et pourtant, il y a eu du progrès durant le XXième siècle !

Il y a eu de grandes avancées.

Tenez par exemple, je peux vous raconter l’histoire de mon père. Ludovico Corrao, il était l’avocat de la sicilienne Franca Viola, la première femme à se rebeller contre le « mariage réparateur » en 1965. Sous cette expression, se cachait en réalité le mariage forcé d’une victime avec son violeur.

Mon père, en tant que sénateur en 1981, à changé la loi à ce sujet, en soutenant l’abrogation de l’article 544 du Code pénal italien, une étape fondamentale pour l’émancipation de la femme en Italie.

– La pression sociale contre Franca Viola et votre père était-elle forte à l’époque ?

Mon père n’a pas subi de pressions à cette époque, de toute façon, il avait déjà été excommunié [rires]. C’était un démocrate-chrétien, très catholique, mais aussi très modéré, moderne et pacifiste. Il ne voulait plus de la pensée vieillotte de l’Église, alors il a quitté les démocrates-chrétiens et créé un parti social en Sicile. Alors bon, les pressions sociales…

En vérité en Sicile, en Italie, les temps étaient mûrs pour permettre à Franca Viola de se rebeller, son action restant incroyablement admirable. L’élite voulait s’émanciper des comportements patriarcaux médiévaux et elle a été encouragée. Une quinzaine d’années plus tard, quand mon père a changé la loi sur le mariage forcé après un viol, il a été très soutenu. C’était un homme progressiste, très courageux, qui m’a donné beaucoup de liberté. Grâce à lui, j’ai pu aller étudier seule sept ans au Caire. Aujourd’hui, c’est courant, mais il y a quarante ans, c’était tabou en Sicile.

– Quels droits devraient avoir les femmes ?

D’être respectées. D’être écoutées. D’avoir la possibilité de pouvoir décider pour elles-mêmes. Parce qu’aujourd’hui, nous ne décidons pas.

Quand une femme obtient le pouvoir, elle tend à se comporter comme un homme, et ce n’est pas de l’émancipation.

C’est un pas en avant, mais ce n’est pas encore l’égalité. Nous sommes différents, hommes et femmes, les femmes ne sont pas agressives de nature. Pourtant, quand elles ont un poste à responsabilité, elles peuvent facilement le devenir. Et puis, les femmes ne devraient pas utiliser leurs corps pour devenir des femmes de pouvoir.

– Alors, que voudriez-vous de plus pour les femmes ?

Je voudrais qu’elles soient plus écoutées. Je voudrais qu’il y ait une plus grande harmonie dans le rapport hommes-femmes. Les femmes deviennent agressives quand elles veulent quelque chose, et je ne veux pas cela, ça ne va pas.

Professeure Corrao. 8 mars 2017. © CrossWorlds / Isabel Del Real Corral-Humbert

Professeure Corrao. 8 mars 2017. © CrossWorlds / Isabel Del Real Corral-Humbert

 

– En Italie, les femmes sont-elles aujourd’hui particulièrement prisonnières d’un schéma familial encore très patriarcal ?

Ce n’est pas seulement être prisonnière de la famille : c’est du consumérisme, ce qui est bien pire. Cela regarde les hommes et les femmes certes, mais c’est particulièrement grave en Italie. Nous, les Italiennes, étions très conscientes du fait d’être une femme avant d’être un objet de consommation. Mais nous retournons dans le vieux rôle de la femme séductrice et non respectée parce qu’elle montrerait trop son corps. C’est un changement négatif.

– Selon vous, il y a une régression des conditions de la femme en Italie ?

Oui, et c’est notamment dû à toute la période Berlusconi : une régression de la condition de la femme due au retour du patriarcat venant de la remise en scène de la femme-objet.

J’explique ceci avec la politique culturelle de Berlusconi. Il avait ouvertement des prostituées, c’est devenu une normalisation de la prostitution. Pour moi, c’est une folie, une honte. Pour ces jeunes filles, c’est normal. Elles ne comprennent pas qu’elles sont utilisées, qu’on les abuse dans cette histoire. L’image de la femme n’est pas constante. Ce sont des schémas en mouvement : dans le monde arabe, les femmes se couvrent et nous, on se dénude.

– En tant que spécialiste du monde arabo-musulman, quelle est votre image de la condition féminine au Moyen-Orient ?

J’ai la chance d’être née en Europe, et d’avoir grandi dans les années 70, où il y avait le boum du féminisme en Italie. Donc j’ai eu de la chance d’être consciente de mes droits, de ma dignité, de mes différences. Puis, au Caire, j’ai appris que je pouvais accepter qu’une femme porte le voile. Même si c’est renoncer à sa propre liberté, elles prennent le voile pour pouvoir aller à l’université ou avoir le droit de sortir en ville.

– Selon vous, quelle sera l’évolution de la condition des femmes ?

Rien ne peut arrêter le féminisme. Même si nous sommes dans une phase de crise, nous continuons.

– Vous dites que : « Rien ne peut arrêter le féminisme », c’est pourtant un concept décrié !

On peut changer les mots, c’est sans importance. Ce qui compte, ce sont les droits. Les droits et les devoirs.

Si les hommes continuent avec leurs comportements dominateurs, les femmes doivent, en réaction, avoir de l’humour ou leur crier dessus. Ce n’est pas juste de devoir adapter son comportement.

Propos recueillis par Isabel Del Real Corral-Humbert

Au Chili, marcher pour avoir le droit d’avorter

Au Chili, chacun sa façon de célébrer la Journée Internationale des droits de la Femme. Les maires de certaines municipalités décident par exemple d’offrir une machine à laver en guise de prix d’honneur à cette occasion, ce qui n’est pas sans créer la polémique.

Une manifestante avec un bandeau sur la bouche lors de la Marche pour la légalisation de l'avortement à Santiago, capitale du Chili, le 6 mars 2015. Crédits photo : CrossWorlds/Camille Russo

Une manifestante avec un bandeau sur la bouche lors de la Marche pour la légalisation de l’avortement à Santiago, capitale du Chili, le 6 mars 2015. Crédits photo : CrossWorlds/Camille Russo

 

« Pour un 8 mars sans avortement clandestin »

A Santiago, certains avaient une toute autre idée en tête. Vendredi 6 mars, avec un peu d’anticipation sur la date officielle, ce sont plusieurs milliers de personnes (plus de 5000 participants sur l’événement Facebook) qui ont répondues présentes à l’appel du collectif de coordination « Féministes en Lutte » pour une manifestation intitulée Marche «Pour un 8 mars sans avortement clandestin ». L’occasion de rappeler que le Chili reste l’un des derniers pays au monde à prohiber strictement l’avortement, qui ne peut être réalisé quels que soient les motifs.

Marche pour la légalisation de l'avortement le vendredi 6 mars 2015 à Santiago, capitale du Chili. Crédits photo : CrossWorlds/Camille Russo

Marche pour la légalisation de l’avortement le vendredi 6 mars 2015 à Santiago, capitale du Chili. Crédits photo : CrossWorlds/Camille Russo

 

Cette législation est un des héritages subsistant de la dictature : autorisé à des fins thérapeutiques en 1931, la modification du Code Sanitaire chilien en 1989, sous Pinochet, a entrainé l’interdiction de l’avortement. Aujourd’hui, une femme qui décide d’y avoir recours ou un médecin qui pratique une IVG encourent tous deux de 3 à 5 ans de prison. Retour sur les débats de ces dernières années.

Des manifestantes chiliennes lors de la Marche pour la légalisation de l'avortement le vendredi 6 mars 2015 à Santiago, capitale du Chili. Crédits photo : CrossWorlds/Camille Russo

Des manifestantes chiliennes lors de la Marche pour la légalisation de l’avortement le vendredi 6 mars 2015 à Santiago, capitale du Chili. Crédits photo : CrossWorlds/Camille Russo

 

Bataille de popularité entre l’Eglise et la Présidente

La situation pourrait être en passe d’évoluer sous peu, si l’on en croit la volonté de la présidente de la République. Michelle Bachelet, également ancienne responsable à la tête de l’ONU Femme de 2010 à 2013, a déposé un projet de loi au Congrès le 31 janvier dernier, qui viserait à dépénaliser l’IVG en cas de viol, de non-viabilité du fœtus ou de danger pour la vie de la mère. Même s’il apparaît certain que ce projet n’en est qu’au début de son processus législatif et va être soumis à de nombreuses modifications, il s’agit d’une avancée considérable sur le sujet. Après avoir mis l’accent sur l’accès à la contraception, et notamment à la pilule, lors de son premier mandat, cet autre thème semble devenir le nouveau cheval de bataille de la présidente.

Une manifestante et un bébé sur son ventre lors de la Marche pour la légalisation de l'avortement le vendredi 6 mars 2015 à Santiago, capitale du Chili. Crédits photo : CrossWorlds/Camille Russo

Une manifestante et un bébé sur son ventre lors de la Marche pour la légalisation de l’avortement le vendredi 6 mars 2015 à Santiago, capitale du Chili. Crédits photo : CrossWorlds/Camille Russo

 

Malgré tout, le débat sur le sujet reste houleux et complexe. En effet, l’Eglise et les partis conservateurs jouissent encore d’une grande popularité. Mais certaines polémiques récentes semblent avoir sensiblement atteint l’opinion publique. En 2013, le cas d’une jeune fille – ou plutôt une enfant – de onze ans, connue sous le nom d’emprunt de Belen a choqué le pays entier : violée par son beau-père, elle a été contrainte de mener à son terme la grossesse issue de ce viol, malgré la non-viabilité attestée du fœtus. En novembre de l’année passée, c’est lors d’une même affaire que s’est réouvert le débat sur l’avortement, après l’accouchement d’une adolescente de treize ans, également tombée enceinte après un viol, et dont l’enfant n’a pas survécu.

Entre 60 000 et 70 000 IVG clandestines par an

Un autre argument qui pousse à la modification de la législation est celui des inégalités. En effet, un pays où l’avortement est interdit ne signifie en rien que celui-ci y est absent. Au Chili, les IVG clandestines sont légion (entre 60 000 et 70 000 par an, d’après un rapport de l’ONU de l’année passée). Mais selon leurs ressources économiques, les femmes n’encourent pas le même danger pour leur santé. C’est d’ailleurs une déclaration sur ce thème qui aura coûté sa place à la précédente Ministre de la Santé le 30 décembre dernier. Celle-ci a en effet déclaré lors d’une interview que « dans toutes les cliniques privées [riches] de ce pays, beaucoup de familles conservatrices ont fait avorter leurs filles. »

« Les personnes les plus fortunées n’ont pas besoin de lois, parce qu’elles ont les ressources ».

Helia Molina a par la suite ajouté qu’elle ne regrettait pas ses paroles, quand bien même celles-ci l’auront poussée à présenter sa démission.

Un manifestant portant un t-shirt "Avorter librement ou mourir" lors de la Marche pour la légalisation de l'avortement le vendredi 6 mars 2015 à Santiago, capitale du Chili. Crédits photo : CrossWorlds/Camille Russo

Un manifestant présente un marcel « Avorter librement ou mourir » lors de la Marche pour la légalisation de l’avortement le vendredi 6 mars 2015 à Santiago, capitale du Chili. Crédits photo : CrossWorlds/Camille Russo

 

Cependant, malgré une formulation malheureuse, l’ancienne ministre a bel et bien dénoncé une réalité. Sous prétexte d’une opération de l’appendicite et avec des moyens conséquents, il est effectivement possible d’obtenir une IVG dans une clinique privée. Pour les autres, il faudra alors se procurer des médicaments abortifs au marché noir, à travers Internet ou le bouche-à-oreille. Et avorter seule, à la maison avec les risques physiques et psychologiques que cela engendre. Se rendre à l’hôpital n’est envisageable qu’en cas d’urgence vitale, par peur des dénonciations.

« J’étais terrifiée, seule, avec les comprimés […]. Ce fut horrible, terrible, épouvantable » témoigne Laura[1], jeune femme ayant avorté clandestinement à l’âge de 26 ans.

Pour Alexandra, « Recourir à l’avortement est douloureux, et plus encore dans les conditions d’illégalités et de risques qui sont celles au Chili. J’ai eu très peur, sur une échelle de 1 à 10, ce serait un 10 ». Certaines ont dû faire face à des saignements pendant plusieurs mois. D’autres risquaient l’infection et se sont résolues à se rendre à l’hôpital, ce qui a rajouté à l’expérience déjà traumatisante. Toutes les femmes interrogées se déclaraient en faveur de la légalisation. Des témoignages extrêmement durs à entendre, en tant que jeune femme française et disposant de ce droit sans condition.

 

"Dépénaliser l'avortement n'oblige pas à avorter" peut-on lire sur une pancarte tenue par un homme lors de la marche en faveur de la légalisation de l'avortement au Chili, le 6 mars 2015. Crédits photo : CrossWorlds/Camille Russo

« Dépénaliser l’avortement n’oblige pas à avorter » peut-on lire sur une pancarte tenue par un homme lors de la marche en faveur de la légalisation de l’avortement au Chili, le 6 mars 2015. Crédits photo : CrossWorlds/Camille Russo

 

C’est donc dans ce contexte que, de 19h à 22h vendredi 6 mars 2015, des femmes mais aussi des hommes, des jeunes et des plus âgés, ont marché ensemble pour réclamer ce droit reconnu par l’ONU, qui a d’ailleurs demandé au Chili de modifier sa législation il y a quelques mois.

La manifestation en faveur de la légalisation de l'avortement au Chili le 6 mars 2015 a duré jusqu'à 22h. Crédits photo : CrossWorlds/Camille Russo

La manifestation en faveur de la légalisation de l’avortement au Chili le 6 mars 2015 a duré jusqu’à 22h. Crédits photo : CrossWorlds/Camille Russo

 

Dans une ambiance somme toute bon enfant malgré la gravité du thème, de nombreux collectifs féministes et d’organisations politiques orientées à gauche, accompagnés de citoyens sont venus manifester. Dans le cortège défilaient également des futures mamans, qui veulent « avoir le choix ». De nombreux slogans résonnaient dans les rues, entre « Mourir : en luttant, soumise : jamais de la vie ! » ou encore « L’Etat oppresseur soutient l’agresseur et criminalise la victime », dans une atmosphère joyeuse. Cependant, au-delà de la bonne humeur générale, on ressent quelque chose de puissant, des frissons à voir ce mouvement d’union. Les manifestations au Chili, qu’elles concernent le droit des femmes, l’éducation ou les minorités ethniques ont quelque chose de particulier. Il souffle un vent de liberté, d’assurance, de rébellion. Ici, on a véritablement l’espoir de changer les choses.

Je n’aurais pu rêver meilleure occasion de célébrer ma condition féminine. Et comme on pouvait le lire sur l’une des nombreuses banderoles du cortège : « Quand une femme avance, aucun homme ne recule ».

 Camille Russo 

 

[1] Les prénoms ont été changés. Tous les propos rapportés sont issus d’un travail de recherche universitaire que j’ai effectué au premier semestre sur le thème de l’avortement et de ses conséquences en termes de politiques publiques. A cette occasion, j’ai pu m’entretenir avec cinq jeunes femmes ayant eu recours à une IVG clandestine.

 

Liban – Journée de la femme : « Les hommes de qualité n’ont pas peur de l’égalité »

Article de la première édition de Crossworlds (2013-2014).Alors que ce mois-ci nous parlons du sexe opposé dans nos pays d’accueil, découvrez le saisissant reportage-photos de notre photographe au Liban lors de la journée internationale de la femme au Liban.
Samedi 8 mars, Beyrouth. À l’occasion de la journée de la femme, quelques milliers de personnes manifestent contre les violences faites aux femmes. Face à l’initiative de l’organisation Kafa, contre la violence domestique, les libanais ont répondu présent à la mobilisation, réclamant l’accélération du processus politique.

Mobilisation contre les violences faites aux femmes pour la journée de la femme à Beyrouth. Crédits photo: CrossWorlds/Nicolas Hrycaj

Mobilisation contre les violences faites aux femmes pour la journée de la femme à Beyrouth. Crédits photos - Nicolas.

Mobilisation contre les violences faites aux femmes pour la journée de la femme à Beyrouth. Crédits photo: CrossWorlds/Nicolas Hrycaj

 

Le projet de loi, après avoir été approuvé en Conseil des ministres en 2010, a été contrôlé par une sous-commission parlementaire, qui a rendu le texte final en 2012, après plusieurs amendements. C’est seulement en juillet 2013 que le projet a été adopté, avant d’être bloqué par le Parlement.

Mobilisation contre les violences faites aux femmes pour la journée de la femme à Beyrouth. Crédits photos - Nicolas.

Crédits photo: CrossWorlds/Nicolas Hrycaj

Mobilisation contre les violences faites aux femmes pour la journée de la femme à Beyrouth. Crédits photos - Nicolas.

Crédits photo: CrossWorlds/Nicolas Hrycaj

Mobilisation contre les violences faites aux femmes pour la journée de la femme à Beyrouth. Crédits photos - Nicolas.

Crédits photo: CrossWorlds/Nicolas Hrycaj

 « Assez de sang, utilisez de l’encre et signez la loi aujourd’hui »

Il faut évoquer les portraits présents dans la foule, tenus à bout de bras : celui de Manal Assi par exemple, 33 ans ayant succombé le mois dernier aux coups de cocotte-minute de son mari, qui en avait également renversé le contenu sur elle. Elle s’opposait au troisième mariage de celui-ci, réclamant le divorce. Dans le même cas, Roula Yacoub décédée l’année d’avant, et des centaines d’autres femmes qui souffrent de violences domestiques, et qui ne sont pas protégées par la loi.

Mobilisation contre les violences faites aux femmes pour la journée de la femme à Beyrouth. Crédits photos - Nicolas.

Crédits photo: CrossWorlds/Nicolas Hrycaj

Mobilisation contre les violences faites aux femmes pour la journée de la femme à Beyrouth. Crédits photos - Nicolas.

Crédits photo: CrossWorlds/Nicolas Hrycaj

Mobilisation contre les violences faites aux femmes pour la journée de la femme à Beyrouth. Crédits photos - Nicolas.

Crédits photo: CrossWorlds/Nicolas Hrycaj

 

En plus de la violence domestique, les manifestants sont aussi présents pour obtenir le droit de transmission de la nationalité de la femme à l’enfant. À l’heure actuelle, si une femme libanaise accouche d’enfants de père étranger, les enfants prennent la nationalité du père. Le texte de loi à ce propos n’a pas changé depuis 1925, stipulant que « tout  homme libanais qui épouse une femme étrangère peut lui transmettre sa nationalité » au bout d’un an, mais n’évoquant pas la femme.

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Crédits photo: CrossWorlds/Nicolas Hrycaj

Mobilisation contre les violences faites aux femmes pour la journée de la femme à Beyrouth. Crédits photos - Nicolas.

Crédits photo: CrossWorlds/Nicolas Hrycaj

« Abolissons le patriarcat »  

Le cliché de la femme arabe soumise est bien réel : mais il y a une autre femme arabe qui s’émancipe. Pourtant, l’espace de liberté qu’elle peut obtenir est paradoxalement limité ; l’exemple de la reconstruction de l’hymen à laquelle se livrent des centaines de libanaises avant leur mariage en est l’exemple. Pour une manifestante, la société a un siècle de retard ; un autre manifestant évoque le décalage total d’une partie des libanais, influencés par l’occident, s’habillant à la californienne, et la mentalité générale beaucoup plus archaïque et profondément patriarcale. Le chemin est donc encore long pour une réelle égalité homme-femme ; cependant on peut espérer que la marche de samedi ait été un premier et un grand pas sur celui-ci.

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Crédits photo: CrossWorlds/Nicolas Hrycaj

Mobilisation contre les violences faites aux femmes pour la journée de la femme à Beyrouth. Crédits photos - Nicolas.

Crédits photo: CrossWorlds/Nicolas Hrycaj

Mobilisation contre les violences faites aux femmes pour la journée de la femme à Beyrouth. Crédits photos - Nicolas.

Crédits photo: CrossWorlds/Nicolas Hrycaj

 

Nicolas.