Archives du mot-clé Actualité

« No más AFP » : les Chiliens manifestent pour leur droit de vieillir sereins

A l’approche des élections présidentielles en novembre prochain, le contexte social se tend au Chili. Dimanche dernier, ce sont plus de deux millions de personnes qui sont descendues dans la rue, selon les responsables du collectif « NO+AFP » (No más AFP). Une mobilisation massive pour exiger une réforme des AFP, le système actuel de retraite, que nous raconte notre correspondante depuis Valparaiso.

La ferveur politique épouse les rues de Valparaiso ce dimanche 26 mars. Il est 11h lorsque commence ce qui fut annoncé comme la plus grande mobilisation nationale contre le système de retraite chilien. Le soleil accorde d’ailleurs une trêve automnale, presque en signe d’approbation. Un char aux couleurs partisanes prend la tête du cortège face à une foule plus que jamais unie, le ton est donné : « Aujourd’hui, le Chili refuse de financer les intérêts des grandes entreprises et ceux des politiques corrompus. Ces mêmes représentants politiques qui ont rejeté le projet de réforme. Nous savons et n’oublierons pas qui ils sont ! ». Le port s’embrase sous le bruit des tambours mêlé aux chants militants.

image03

Manifestation sur l’avenue Pedro Montt, Valparaiso. Crédit photos : CrossWorlds / Cyndi Portella

 

 

Que sont les AFP ?

Les AFP, Administradora de Fondos de Pensiones, sont les agences privées chargées de la gestion du système de retraite chilien. Elles sont crées sous la dictature militaire d’Augusto Pinochet, en novembre 1980, par le décret-loi n°3.500. Cette mesure réforme l’ancien système de retraite par répartition en faveur d’un système de capitalisation individuelle. Tous les travailleurs chiliens sont obligatoirement affiliés à une AFP à laquelle ils doivent verser 10% de leur salaire.

Ce décret-loi est modifié en 2002 par la loi 19.795 qui introduit la notion de « multifonds ». Apparaît dès lors, au sein des AFP, cinq fonds de pensions différents classés par échelle de risque financier. Les Chiliens ont donc le choix d’investir leur cotisation du fonds le plus risqué (A) au plus conservateur (E). Les fonds de pensions risqués permettent d’envisager un majeur bénéfice sur le long terme tout en s’exposant aux lois du marché et donc, au risque de perte de l’investissement.

À ce jour, il existe six entreprises privées à la tête des AFP et la majorité des travailleurs chiliens concentrent leurs épargnes sur les fonds B et C, respectivement considérés comme risqué et intermédiaire pour tenter d’augmenter tant bien que mal une pension retraite très souvent insuffisante.

 

image01

Des familles entières manifestent à Valparaiso dans un rassemblement inter-générationnel. Crédits photo : CrossWorlds / Cyndi Portella

 

Les raisons de la colère

Les manifestations qui ont eu lieu sur tout le territoire national dénoncent les conséquences des AFP sur les pensions retraites des travailleurs et réclament leur abolition. D’où le nom du collectif « No más AFP » : « nous ne voulons plus d’AFP ».

En 2016, la moyenne des pensions au Chili s’élève à 286 euros par mois selon les chiffres du think tank de gauche Fundacion Sol . Rapporté au coût de la vie, beaucoup de retraités doivent continuer à générer une activité économique ou imposer une lourde charge financière à leurs familles. Une manifestante révoltée s’insurge :

« Nous sommes ici parce que nous sommes tous obligés de contribuer à un système qui n’apporte que la misère ».

Dans l’air est perceptible un vif sentiment d’injustice face à cet héritage de la dictature. Sentiment également alimenté par l’enrichissement des AFP : 2.3 millions de dollars par jour en 2015. Et leur relation avec les grands groupes financiers et commerciaux du pays : les AFP investissent plus de 31.000 millions de dollars dans dix banques présentes sur le territoire. Cela signifie que les travailleurs chiliens financent par ce biais les mêmes groupes bancaires qui leur accordent des crédits à la consommation, auxquels ils ont recours pour remédier aux bas salaires et faibles retraites, avec des taux d’intérêts annuels pouvant dépasser les 20%, 30% ou encore 40%.

« La lutte sociale, c’est le plus important »

image02

Miguel regarde le char de la coordinadora NO + AFP. Crédits photos : CrossWorlds / Cyndi Portella

 

Au-delà du sentiment d’injustice réside l’espoir d’un changement qui naîtrait de la force collective. C’est ce que défend Miguel, un octogénaire plein de fougue et toujours au front des manifestations de son port natal : « La lutte sociale, c’est le plus important. Il ne faut pas se diviser à cause des partis politiques mais s’unir et se mobiliser pour changer ce système ». Il laisse flotter au vent un drapeau chilien qu’il brandit fièrement mais qui lui rappelle des heures plus sombres. Il reçoit 200 euros de pension retraite par mois. Miguel explique qu’il a travaillé toute sa vie pourtant. Il est dans la rue aujourd’hui « pour défendre la dignité de tous les travailleurs ». Et il descendra dans la rue, son drapeau comme cerf-volant, jusqu’à atteindre ce rêve collectif.

Pour les partisans du changement, ce rêve se défend d’ailleurs d’être une utopie : il a été traduit sous forme de réforme politique par le collectif  NO+AFP. Cette réforme propose la mise en place d’un nouveau système de répartition solidaire et tripartite entre Etat, entreprises et travailleurs. Des manifestations pour soutenir leur abolition ont eu lieu dès cet été au Chili.

« L’avenir entre les mains des enfants ». Crédits photo : CrossWorlds / Cyndi Portella

 

La marche dominicale se termine par d’intenses remerciements aux étudiants, travailleurs et professionnels mobilisés tout au long du pays et grâce auxquels la proposition de réforme a pu voir le jour. La présidente Michelle Bachelet a proposé de convertir ce système de retraite en une AFP publique, pour casser le monopole des six agences privées. Mais ces Chiliens dans la rue veulent leur abolition. Et ils scandent : « Nous ne lâcherons rien ! ».

Cyndi Portella

Au Missouri, on peut désormais porter une arme sans permis

C’est une affaire qui, au milieu des remous de l’élection de Donald Trump, est passée inaperçue à l’internationale. Depuis le 1er janvier, au Missouri, il est pourtant plus simple d’obtenir un revolver que le permis de conduire (qui requiert, lui, une formation).

Alors que Barack Obama, défenseur d’un contrôle accru des acheteurs d’armes à feu, vivait ses derniers jours en tant que président, cet État du centre des États-Unis mettait en application une loi changeant la donne en matière de port d’armes. Au terme d’une longue bataille politique, le parlement du Missouri a adopté le constitutional carry, permettant à tout citoyen de porter une arme cachée sans permis. Retour sur une loi controversée et sur ses implications.

Open-carry vs. concealed-carry

Aux États-Unis, posséder une arme est un droit fondamental. Le célèbre deuxième amendement de la Constitution américaine déclare ainsi que dans un souci de sécurité, « le droit qu’a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé. »

Une fois l’arme procurée légalement, certaines mesures assurent cependant une forme de régulation. C’est le cas de la distinction entre le port d’une arme visible de tous (open carry) et le port d’une arme cachée (concealed carry). Jusqu’au 1er janvier, le Missouri permettait le port ouvert sans permis (sauf dans les écoles et les crèches), mais imposait une série d’examens et de formations pour les candidats au concealed carry.

 

6894919148_962d1e2bee_b

Depuis le 1er janvier 2017, les habitants du Missouri peuvent porter une armée cachée sans permis. © Flickr / CC / Rod Waddington

 

La nouvelle loi, appelée constitutional carry par ses défenseurs en référence au deuxième amendement, supprime cette exigence, autorisant ainsi tout individu de plus de 18 ans et n’ayant pas été condamné pour crime à acheter une arme et à la porter cachée, sans formation obligatoire ni vérification du passé psychiatrique.

Cette réforme, qui a provoqué de nombreux remous, a aussi fait parler d’elle par l’instauration d’une motion Stand your ground (Défendez votre territoire), permettant aux porteurs d’armes d’user de la force sur la voie publique s’ils se sentent en danger. La Castle Doctrine (la doctrine du château), qui permet d’utiliser ses armes pour se protéger sur sa propriété privée, a aussi été étendue aux invités des propriétaires et aux baby-sitters.

« Une parfaite tempête »

Tout au long des débats au parlement local, la loi a fait face à une rude opposition. Elle a été qualifiée de « parfaite tempête » par les élus démocrates et a suscité l’hostilité des forces de l’ordre de l’État.

Dans une interview donnée au Kansas City Star en septembre dernier, le président de la Missouri Police Chiefs Association exprimait son inquiétude face aux répercussions de la réforme en termes de sécurité. « Les personnes à qui on aurait interdit de porter une arme cachée auparavant pourront le faire grâce à cette loi », déclarait Paul Williams. « Cela met en danger les officiers qui auront affaire à eux sur la voie publique. »

Le gouverneur de l’époque, le démocrate Jay Nixon, avait décidé de poser son veto, déclarant que la loi mettrait des armes dans les mains de personnes « dont le casier judiciaire révèlerait des délits ou ferait penser au shérif qu’ils constituent un danger ». Après un contournement du veto par une législature composée aux deux tiers de représentants républicains, la loi a été acceptée mi-septembre.

Dans une série de tweets, la NRA (National Rifle Association) avait soutenu, puis félicité les républicains qui avaient voté contre le veto.

Screen Shot 2017-02-07 at 9.34.09 PM.png

 

« C’est un grand jour pour la liberté au Missouri », déclarait Chris Cox, directeur exécutif du lobby pro-armes.

« Le corps législatif a tenu bon pour défendre les droits constitutionnels des honnêtes citoyens contre le veto malavisé du gouverneur Nixon. »

Dès l’annonce du passage en force des républicains, des voix d’inquiétude se sont aussi faites entendre, aussi bien à l’échelle locale que dans la presse nationale. Grace Whitlock Vega, vice-présidente du mouvement anti-raciste Race Matters, Friends de la ville de Columbia, s’était ainsi montrée très pessimiste sur l’impact de la loi pour les minorités raciales, nombreuses dans cette ville du centre du Missouri.

« Ce qui va se passer va être désastreux. Les Blancs et les forces de police sont déjà effrayés par ceux qui ne leur ressemblent pas, et nous allons aux devants d’énormes problèmes », nous déclarait-elle au cours d’une longue interview en septembre dernier.

Ce sentiment, partagé par d’autres défenseurs des droits des minorités, résonne tout particulièrement avec le climat de tensions raciales qui culmine dans l’État depuis l’assassinat de Michael Brown et les émeutes de Ferguson en 2014 (Michael Brown, un jeune afro-américain non armé, avait été abattu par un officier de police). Un rapport de la Missouri State Highway Patrol estimait que les crimes de haine avaient doublé dans l’État entre 2014 et 2015.

« Le public ne comprend pas les responsabilités des propriétaires d’armes »

Au-delà de la question raciale, l’absence de formation obligatoire créée par la nouvelle loi est mal perçue, y compris du côté des défenseurs du port d’armes.

« Le public entend parler de la nouvelle loi, mais il ne comprend pas ses différentes ramifications et quelles sont les responsabilités qui incombent aux propriétaires d’armes », déplorait en décembre le gérant d’une armurerie que nous avions rencontré.

Ce commerçant proposait aussi des cours pour les nouveaux acheteurs.

 

Le Mid America Arms Gun Club, un club de tir à Saint Louis (Missouri). © Flickr / CC / Thomas Hawk

Le Mid American Arms gun club, où il est possible d’acheter des armes, est situé dans l’une des trois grandes villes du Missouri, Saint-Louis. © Flickr / CC / Thomas Hawk

 

« Je ne pense pas que les gens doivent avoir plus peur. Ma vraie inquiétude concerne les personnes qui ne s’entraînent pas de manière responsable avant de porter une arme », poursuivait-il lorsqu’on lui demandait si la loi devait être un sujet d’inquiétude.

Le plus inquiétant pour lui reste que de nombreux propriétaires agissent sans connaître leurs droits et leurs devoirs. Dans certains lieux – comme les bâtiments officiels ou les tribunaux – il est toujours interdit de porter une arme. Sans formation obligatoire, ceux-ci pourraient enfreindre la loi sans en avoir conscience.

« Nous sommes pour la protection par la Constitution des porteurs d’armes, mais nous voulons aussi que les gens soient formés. C’est plus sûr pour eux et pour le public. »

 

Julien Coquelle-Roëhm

Des mouvements étudiants à la mairie, découvrez celui qui promet un « Valparaíso aux citoyens »

Il y a moins d’un mois, les urnes défiaient encore une fois les sondages en France lors de l’élection du candidat aux primaires de la droite et du centre, à travers le choix du candidat conservateur, François Fillon. Récemment, au Chili, la surprise a également été de mise mais de l’autre côté de l’échiquier politique. Retour sur l’élection du maire de Valparaiso que personne n’avait vue venir.

Mercredi 7 décembre sur le coup de 16h, une foule se forme sur le perron de la mairie. Jeunes parés de sac à dos et drapeaux à la main, la ferveur politique au coin de l’œil, familles, personnes plus âgées, ils n’attendent qu’une seule chose : la cérémonie d’investiture du nouveau maire de leur port chéri, Jorge Sharp.

Jorge Sharp. Discours à l’intérieur de la mairie après la cérémonie de passation. Crédits photo : CrossWorlds / Cyndi Portella

 

L’aventure commence le 23 octobre lors du résultat des élections municipales de Valparaíso. Tout le pays découvre avec une immense surprise la victoire du jeune avocat Jorge Sharp, candidat indépendant et affilié au mouvement politique de la Izquierda Autónoma (Gauche Autonome). Il remporte l’élection avec 53,8% des voix laissant le goût amer d’une sévère défaite aux candidats des deux partis politiques traditionnels : Leopoldo Méndez Alcayaga représentant de la Nueva mayoria, coalition du centre et de la gauche menée par l’actuelle présidente Michelle Bachelet, et Jorge Castro Muñoz candidat de l’Union Demócrata Independiente (UDI) représentant de la droite conservatrice et successeur du maire sortant.

Derrière l’homme, la victoire des mouvements sociaux

Jorge Sharp est  populaire, c’est un fait : un simple coup d’œil à la marée humaine présente lors de son investiture officielle suffit pour s’en convaincre. Les deux étages du bâtiment municipal frémissent sous les slogans scandés avec ferveur: « C’est possible » et « Sharp, ami, le peuple est avec toi ». L’émotion est palpable, les sourires se dessinent, les poings se lèvent. Des drapeaux de la Izquierda Autónoma et d’autres mouvements amis s’agitent comme des cerfs-volants survoltés. On écoute avec attention et fierté le discours du nouveau maire. Le message est clair, il ne s’agit pas d’une victoire personnelle : « Le succès électoral historique du 23 octobre n’est pas celui de la personne qui lit ces lignes devant vous, il est celui de toutes les volontés qui ont lutté durant des années pour une ville et un pays plus justes et qui aujourd’hui sont les acteurs principaux de ce projet », scande Jorge Sharp.
Ce triomphe politique ne se résume pas à un individu, ni à une municipalité ; il incarne un sentiment bien plus large d’espoir pour tout le pays et ses organisations sociales. En effet, le groupement politique de la Izquierda Autónoma, dont Jorge Sharp est membre fondateur, naît directement des mouvements sociaux étudiants chiliens.

 

image02

Un enfant, vêtu en clown, regarde avec admiration les militants du second étage dans la mairie. Crédits photo : CrossWorlds / Cyndi Portella

 

Depuis 2011, apogée des manifestations pour une réforme du système éducatif, les fédérations étudiantes ne cessent de revendiquer le droit à une éducation publique gratuite et égalitaire et s’élèvent contre la marchandisation de celle-ci. Très vite, la mobilisation prend de l’ampleur et d’autres corps sociaux s’unissent à cette lutte afin de dénoncer un système néolibéral hérité de la dictature où l’éducation, les retraites, les ressources naturelles sont privatisées.

L’ignorance des gouvernements, et les réponses peu satisfaisantes données aux revendications qui animent cette lutte sociale, ont permis l’émergence de nouvelles forces politiques de gauche qui s’émancipent des partis politiques traditionnels. Ce contexte singulier laisse à penser que l’élection de Jorge Sharp initie une « révolution silencieuse », d’après les termes d’un récent article du journal britannique The Guardian.
Le nouveau maire semble avoir pleinement conscience de l’influence que pourrait avoir son mandat à l’échelle nationale et termine son discours sur ces mots : « Notre message et témoignage se transmettront, sans aucun doute, à tout le pays. Car nous savons que tout le long du territoire national existent également des centaines de personnes qui comme nous rêvent d’une patrie plus digne et plus juste ».

Vers une démocratie participative : l’idée de la “Mairie Citoyenne”

image01

Superposition photographique: un danseur de cueca lors du concert de clôture de la cérémonie et le sac à dos décoré d’un militant. Crédits photo : CrossWorlds / Cyndi Portella

 

La campagne de Jorge Sharp s’est construite autour de l’idée d’une « Mairie Citoyenne » qui donne directement le pouvoir aux habitants de Valparaíso sur les décisions et initiatives politiques à prendre pour améliorer leur quotidien. Dès lors, il parcourt la ville et organise des rencontres ouvertes aux citoyens afin d’élaborer un programme participatif où les idées sont débattues et les conclusions qui en émanent sont ajoutées au programme politique municipal. Il est également possible d’envoyer des propositions sur la page internet de Jorge Sharp pour tout ceux qui n’ont pas pu se déplacer.

La phrase emblématique de la campagne « Récupérons Valparaíso avec les mains propres » veut dénoncer un pouvoir corrompu et détenu depuis longtemps entre les mains des mêmes hommes et intérêts politiques. Aujourd’hui, Valparaíso serait entre les mains de ses citoyens, selon Jorge Sharp, et ce dernier se décrit lui- même comme un canal permettant de transmettre leur volonté. La marche vers une démocratie participative a débuté: des rencontres de voisins ont été organisées dans les différents secteurs de la ville afin de définir les priorités de la nouvelle municipalité.

Pour le moment, les problématiques les plus urgentes concernent la question de l’hygiène publique et celle des risques d’incendie. Jorge Sharp hérite d’une ville dont le bilan ne pousse pas à l’optimisme : 8,1% de taux de chômage, des problèmes de transport en commun, de saleté généralisée dans les rues et un conséquent déficit budgétaire. Mais, à entendre le chant des citoyens exaltés ce 7 décembre, journée d’investiture, « C’est possible! » et on a envie d’y croire.

 

Cyndi Portella

 

 

 

Donald Trump Président : qu’en pensent les voisins ? Réponses au Mexique

Florilège des réactions de citoyens de Mexico City. Hommes, femmes, vendeur de tacos, professeurs universitaires, ils ont accepté de partager leurs émotions, pensées et ressenti à l’annonce du résultat des élections états-uniennes.

Trump, la nouvelle mode pour les piñatas d’anniversaires. Crédits : flickr/CC/torbakhopper

Trump, la nouvelle mode pour les piñatas d’anniversaires. Crédits : flickr/CC/torbakhopper

 

Marco de la Vega, 26 ans, travaille pour une industrie de boissons énergétiques de Coca-Cola.

« Nadie lo quería creer y pues yo tampoco. Pero en el fondo lo sabía, creo que el ser humano tiene una tendencia natural hacia la dominación. Va a ser el primero millonario a vivir en la Casa Blanca, donde antes vivía una familia negra. Pero el drama no es tanto su elección pero lo que refleja, que vivimos en un mundo dominado por el racismo, la violencia y el rechazo del otro. »

En français. « Personne ne voulait y croire et, naturellement, moi non plus. Mais au fond je le savais car pour moi l’être humain a une tendance naturelle à vouloir dominer. Il sera le premier millionnaire à vivre dans la Maison Blanche, où avant vivait une famille noire. Cependant le drame n’est pas tant son élection en soi, mais dans ce qu’elle reflète : nous vivons dans un monde régi par le racisme, la violence et le rejet de l’autre. »

 

Manuel Castillo Menezes, 45 ans, technicien de surface.

«Creía que Hillary iba a ganar. Ahora tengo un poco de incertidumbre, veremos si se va a portar bien con nosotros este señor. Yo solo pienso en mis familiares y amigos en California, algunos no tienen papeles, y siento un poco de temor. »

En français. « Je croyais qu’Hillary gagnerait. Maintenant je suis un peu perdu, on verra s’il se comporte correctement envers nous, ce monsieur. Je pense surtout à ma famille et mes amis en Californie, certains n’ont pas de papiers, et j’ai un peu peur. »

 

Sofía Villella Romero, 20 ans, étudiante en communication

« Hasta las 9h30 todo se veía equilibrado así que estábamos confiados en la victoria de Hillary, pero luego estados empezaron colorearse a favor de Trump. Me dieron ganas de llorar, sentí desconcierto e impotencia. Hasta qué punto un demagogo puede llegar a manipular las personas? A principio me imaginé lo peor, pero el Trump que conocimos, que se promocionó a través un discurso inventado de odio para llamar atención de los blancos que odian a los extranjeros no será el Trump electo. Sus propuestas son irracionales y me extrañaría que pasan por el congreso. Es un empresario y algunas propuestas irrealizables como construir  el muro o pelearse con China lo harían perder sus clientes, no sé si realmente lo va a hacer. »

En français. « Jusqu’à 9h30 tout était équilibré, donc nous demeurions confiants dans la victoire d’Hillary, puis plusieurs Etats ont commencé à se teinter d’une couleur favorable à Trump. J’ai eu envie de pleurer, je me suis sentie déconcertée et impuissante. Jusqu’où un démagogue peut réussir à manipuler les gens ? Au début, je me suis imaginée le pire, mais le Trump qu’on connaît, promu par un discours de haine créé pour capter l’attention des blancs qui haïssent les étrangers – ne sera pas le Trump élu. C’est un homme d’affaire et ses propositions irréalisables comme de construire un mur ou de se mettre à dos la Chine lui feraient perdre ses clients, je ne sais pas si il le fera réellement. »

 

Rúben Aguilar, analyste et coordinateur de communication gouvernementale de l’Etat mexicain.

« No me sorprendí con la elección. Las encuestas ya no funcionan. Hace 20 años 90 % de los interrogados respondían se lograba por eso se podía tener muestras representativas pero hoy hay una taza de rechazo superior al 90 por ciento. En este caso en particular en Estados-Unidos quien apoyaba a Trump era ante-establishment y probablemente no querían responder a medios de comunicación que consideraban a favor de  las instituciones envés de apoyar a Trump. Ahora qué tipo de presidente va a ser no lo puedo decir. Cuando alguien llega a la presidencia de un país y tiene una experiencia política podemos saber a qué esperarnos por haber visto esta persona como diputado o senador. Pero Donald Trump no tiene trayectoria política, absolutamente ninguna experiencia. Y como empresario no ha sido tan bueno, fue muy intolerante y especializado en declarar bancarrota de sus empresas. Su mayor éxito fue en evadir el pago de impuestos corporativos en Estados-Unidos… Su primer discurso fue moderado y conciliador y espero que siga este modelo. »

En français. « Je n’ai pas été surpris par les élections. Les enquêtes ne fonctionnent plus. Dans ce cas particulier aux Etats-Unis, ceux qui soutenaient Trump étaient anti-establishment et n’ont probablement pas voulu répondre aux sondages des médias qu’ils considéraient en faveur des institutions. Maintenant je ne peux pas dire quel type de président il sera. Quand quelqu’un arrive à la présidence d’un pays et a de l’expérience politique, il est possible de savoir à quoi s’attendre car on l’a vu travailler en tant que député ou sénateur. Mais Donald Trump n’a pas de trajectoire politique, absolument aucune expérience. En tant que chef d’entreprise il n’a pas été bon non plus, le spécialiste pour déclarer la faillite de ses entreprises. Son premier discours présidentiel fut modéré et conciliateur, et j’espère qu’il suivra ce chemin. »

 

Marcial Lara, 63 ans, commerçant

« Obama lo tachaban de muy buena gente pero nunca fue buena gente con las deportaciones y con el muro que continuaba construyendo. Creo que Trump fue sincero y por eso ganó las elecciones. También creo que necesitaban una persona agresiva ya que China y Russia están amenazando pasar a Estados-Unidos.  Creo que no debemos tener miedo porque más malos no podemos quedar. No hay seguridad, no hay salud, no hay infraestructura. »

En français. « On disait qu’Obama était un type bien mais il n’a jamais été un type bien quand on pense aux reconductions à la frontière. Je pense que Trump a été sincère, et pour cela il a gagné les élections. Ils avaient besoin d’une personne agressive vu que la Chine et la Russie menacent de dépasser les Etats-Unis. Je pense qu’on ne doit pas avoir peur car notre situation ne peut pas empirer. Au Mexique, il n’y a pas de sécurité, pas de santé, pas d’infrastructure. »

 

David Martinez, 18 ans, lycéen en classe équivalente à la Première.

« Hicieron un trabajo formidable para ultrapasar México y lograr tener el presidente más estúpido del mundo. Eligieron  a un humpa-lumpa más grande que la norma, pero igual de pendejo. Si esto pasó en Estados-Unidos, que va a pasar aquí? »

En français. « Ils ont fait un merveilleux travail pour surpasser le Mexique et réussir a avoir le président le plus stupide du monde. Ils ont élu un humpa-lumpa plus grand que la moyenne mais tout aussi con. Si ça a pu se passer aux Etats-Unis, qu’est ce qui va se passer ici ? »

 

Fernanda Montaño, 34 ans, psychanalyste.

 « Si hoy los mercados financieros amanecen nerviosos es por pura especulación y va pasar. La pregunta fundamental es : de todo que prometió Trump durante su campaña como echar abajo el tratado de libre comercio, sacar los inmigrantes indocumentados o levantar el muro, cuanto es lo que realmente va a poder hacer una vez en la Casa Blanca? »

En français. « Aujourd’hui les marchés financiers sont nerveux mais ce n’est qu’un produit de la spéculation et ça va passer. La question fondamentale est : de tout ce que Trump a promis pendant sa campagne comme de supprimer le traité de libre échange, renvoyer tous les immigrants sans papiers ou ériger le mur, que va-t-il réellement pouvoir faire une fois à la Maison Blanche? »

 

Maria-Yvonne Murillo, professeure universitaire d’Affaires Publiques.

« Fue un voto de castigo para los demócratas. En relación a reformas que hizo Obama  pero sobretodo contra Hillary Clinton que nunca fue aceptada. Tenía resultados ridículamente inferiores a los de Obama. Muchos la veían como representante del sistema establecido que sienten poco equitativo. Pero la otra parte de los electores es nacionalista y racista, personas que se sienten amenazados por trabajadores de acá o de otros países. Es un voto de rechazo a la globalización por parte de personas con poca educación que no entienden sus beneficios. Y mirando el rechazo al tratado de paz en Colombia, las manifestaciones anti-democráticas en Brasil, el Brexit en Reino-Unido, la elección de Trump solo hace parte de la radicalización del mundo actual. No estoy ni un poco optimista en relación a las elecciones a venir, que sea en Europa o en América Latina. »

 En français« Ce fut un vote-punition contre les démocrates. Par rapport aux réformes d’Obama mais surtout contre Hillary Clinton, qui n’a jamais été acceptée. Beaucoup la voyaient comme représentante du système établi et perçu comme peu équitable. Mais l’autre partie des électeurs est nationaliste et raciste, des personnes qui se sentent menacées par des travailleurs d’ici ou d’autres pays. C’est un vote de rejet de la mondialisation de la part de personnes qui n’en comprennent pas les bénéfices. Et en regardant le rejet du traité de paix en Colombie, les manifestations anti-démocratiques au Brésil, le Brexit au Royaume-Uni, l’élection de Trump est juste encore une partie de la radicalisation du monde actuel. Je ne suis pas du tout optimiste vis-à-vis des élections à venir, que ce soit en Europe ou en Amérique Latine. »

 

Propos recueillis par Helena Magnan Coelho, pour CrossWorlds.