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Kwanzaa : une fête pour célébrer l’identité africaine-américaine

Lorsqu’il était candidat, Donald Trump accusait Barack Obama de souhaiter « bon Kwanzaa » mais pas « joyeux Noël » aux Américains – ce qui était faux. Une fois élu président, Donald Trump a présenté ses vœux à tous ceux qui célèbrent la fête de Kwanzaa, célébration qui s’est achevée en début de semaine. Beaucoup d’activistes ont dénoncé un comportement hypocrite.

Que représente cette fête pour les Américains ?

Les sept jours de célébration de Kwanzaa sont animés par des spectacles. © Flickr/CC/Black Hour

Les sept jours de célébration de Kwanzaa sont animés par des spectacles. © Flickr/CC/Black Hour

 

« Nous »

Depuis 1966, chaque année du 26 décembre au 1er janvier se déroule une fête des Africains-Américains appelée « Kwanzaa ».

Elle a été inventée par Maulana Karenga, professeur et intellectuel connu dans la communauté noire aux Etats-Unis pour son activisme. Figure importante du mouvement Black Power dans les années 1960 et 1970, il a ensuite cofondé avec Hakim Jamal l’organisation Us, un groupe nationaliste noir en concurrence avec les Black Panthers. Us désigne « us » c’est-à-dire « nous » les Noirs, en opposition à « them » c’est-à-dire « eux », les oppresseurs.

La fête du Kwanzaa revêt une signification particulière et politique pour la communauté noire américaine. Ce n’est pas une célébration religieuse mais une fête qui tend à rassembler les Africains-Américains autour de leur héritage culturel commun, prônant l’affirmation de soi.

Le nom vient de la phrase « matunda ya kwanza » qui signifie ”premiers fruits” en swahili, langue africaine majoritairement parlée en Afrique de l’Est. C’est une référence aux célébrations qui suivaient les premières récoltes en Afrique et au panafricanisme.

Héros

Lors de Kwanzaa, que ce soit en famille ou entre étudiants dans les universités, on célèbre les héros de l’histoire des Africains-Américains, on organise des évènements culturels et culinaires pour redonner de l’importance à la culture noire, et à sa place dans l’Histoire tout court.

Des hommages sont rendus à des figures historiques comme Rosa Parks, Martin Luther King ou à des artistes qui ont marqué l’histoire de leur domaine, comme Bob Marley par exemple. Il s’agit aussi de faire une fête pour les Noirs,  Noël étant perçu comme une fête pour les Blancs. Pour des raisons religieuses ou traditionnelles, les Africains-Américains n’ont, bien sûr, pas à choisir entre Noël et Kwanzaa.

Une fête très symbolique, mais moins célébrée

Toutefois, très peu d’Américains célèbrent Kwanzaa, qui semble être moins populaire que jadis. Selon Mark Anthony Neal, auteur et professeur d’études africaines-américaines, le déclin s’explique par le sentiment que c’est une fête fabriquée et artificielle et par le fait que la nouvelle génération africaines-américaine ne ressent pas le besoin de cette fête pour apprendre ou célébrer son héritage car elle est plus facilement au courant de l’histoire de sa communauté et de ses combats, grâce à Internet notamment. Mais avec des mouvements plus récents comme #BlackLivesMatter qui peuvent être intégrés dans Kwanzaa, un regain d’intérêt est espéré par certains militants.

Se déroulant juste après Noël et Hanoukka, le manque de popularité de Kwanzaa peut aussi venir de la relation méfiante entre les églises noires qui n’encouragent pas toujours leurs fidèles à célébrer cette fête considérée païenne.

7 jours pour 7 valeurs

Kwanzaa dure sept jours et ce n’est pas un chiffre choisi par hasard. Chaque jour est célébrée l’une des sept valeurs suivantes, « nguzo saba » en swahili : « umoja » qui désigne l’unité, « kujichagulia » qui désigne l’auto-détermination, « ujima » qui désigne le travail collectif et la responsabilité, « ujamaa » qui désigne la coopération économique, « nia » qui désigne le but, « kuumba » qui désigne la créativité et « imani » qui désigne la foi.

Le symbole de ces principes est un bougeoir à sept branches et sept bougies appelé « kinara ». Trois bougies vertes, une noire et trois rouges, en référence au drapeau panafricain présenté en 1920 par le militant Marcus Garvey lors de la première convention de l’Universal Negro Improvement Association (UNIA). Sur les étales des magasins de cartes postales, on peut trouver des cartes aux couleurs de ce drapeau souhaitant un “Happy Kwanzaa !” et les bougeoirs sont placés dans les salons avec d’autres décorations représentant l’Afrique.

Astrig Agopian

Midwest républicain : après l’élection de Trump, des étudiants se bougent

Les républicains ont largement emporté les Etats de l’Ohio et du Missouri, dans le Midwest des Etats-Unis. Dans l’université d’Etat de l’Ohio et dans l’Université de Missouri, des initiatives sont organisées en réponse aux résultats de l’élection présidentielle, qui a consacré Donald Trump 45e président des Etats-Unis. 

Ohio : « Le droit de construire un mouvement, de combattre le racisme »

Sous l’œil de fonte de la statue de l’emblématique directeur de l’institution, plusieurs centaines d’étudiants de l’université d’Etat de l’Ohio se sont regroupés pour protester contre la nomination de Trump à la présidence.

Le 11 novembre 2016, manifestation d'étudiants de l'Université d'Etat de l'Ohio exprimant le désarroi et la colère après l'élection de Donald Trump comme président des Etats-Unis. Crédits photo : CrossWorlds/Adrien Lac

Le 11 novembre 2016, manifestation d’étudiants de l’Université d’Etat de l’Ohio exprimant leur désarroi et leur colère après l’élection de Donald Trump comme président des Etats-Unis. Crédits photo : CrossWorlds/Adrien Lac

 

Au milieu des voix éraillées des jeunes manifestants, s’élève celle bien plus assurée de Pranav Jami, professeur d’anglais à l’université :

« Cette victoire de Trump encourage l’extrême-droite et toutes les forces qui s’opposent aux femmes, aux gens de couleur, aux immigrants, aux gays et aux musulmans. Ces forces connaissent toutes un regain d’énergie en ce moment. »

Un professeur de l'Université prend la parole lors d'une manifestation d'étudiants de l'Université d'Etat de l'Ohio exprimant le désarroi et la colère après l'élection de Donald Trump comme président des Etats-Unis. Crédits photo : CrossWorlds/Adrien Lac

Un professeur de l’Université prend la parole lors d’une manifestation d’étudiants de l’université d’Etat de l’Ohio exprimant le désarroi et la colère après l’élection de Donald Trump comme président des Etats-Unis. Crédits photo : CrossWorlds/Adrien Lac

 

Pranav explique que l’université qui l’emploie n’aime pas le savoir engagé dans ce genre de manifestations. « Je comprends l’idée général qu’un professeur ne devrait pas dire à ses étudiants comment voter. Mais je pense aussi qu’il devrait avoir un espace pour une pensée critique où même un professeur pourrait s’exprimer. Je n’appuie aucun candidat aujourd’hui.»

 « Je parle du droit de construire un mouvement, du droit à l’action concrète et du besoin de combattre le sectarisme et le racisme », a poursuivi le professeur.

Le 11 novembre 2016, manifestation d'étudiants de l'Université d'Etat de l'Ohio exprimant le désarroi et la colère après l'élection de Donald Trump comme président des Etats-Unis. Crédits photo : CrossWorlds/Adrien Lac

Le 11 novembre 2016, manifestation d’étudiants de l’université d’Etat de l’Ohio exprimant leur désarroi et leur colère après l’élection de Donald Trump comme président des Etats-Unis. Crédits photo : CrossWorlds/Adrien Lac

 

Depuis la victoire de Lincoln en 1860, aucun candidat républicain n’est parvenu jusqu’à la Maison Blanche sans avoir gagné le soutien de l’Ohio, et seulement deux démocrates ont été consacrés sans l’appui de cet Etat. L’Ohio est un « swing state », c’est-à-dire un Etat clef pour remporter la présidentielle.

Cet Etat fait partie de la Rust Belt, région phare de l’industrie lourde américaine dans les années 70, mise à mal par les évolutions économiques récentes. En début de campagne, cette réalité économique faisait de la région une cible privilégiée pour les politiques dites populistes de Trump.

En 2012, Barack Obama a remporté l’Ohio. Le mardi 8 novembre, l’Etat a tranché pour Donald Trump. La ville de Columbus, où se trouve l’Université, fait exception.

Dans la foulée de la longue nuit électorale, Michael Drake, le président de l’université, aurait appelé ses étudiants à la réconciliation et à l’apaisement selon le journal étudiant local, The Lantern, en rappelant les valeurs de « respect, intégrité et compassion ».

Ce sont ces valeurs que les manifestants de ce 11 novembre semblent vouloir porter, davantage que des ambitions de renversement des dernières élections. Taylor Gleason est étudiante à Ohio State.

« Je suis venue pour exprimer mon soutien à toutes les femmes et les survivants de violences sexuelles. J’ai vu le comportement abusif de Donald Trump et cela me perturbe profondément, » nous a-t-elle expliqué.

Taylor dit aussi être touchée de voir des gens de tout bord se rassembler pour échanger et se soutenir.

« Je suis triste que ce soit dans ces circonstances que les gens se rassemblent, mais je suis heureuse de ce que j’ai vu aujourd’hui. »

Le 11 novembre 2015, manifestation d'étudiants de l'Université d'Etat de l'Ohio exprimant le désarroi et la colère après l'élection de Donald Trump comme président des Etats-Unis. Crédits photo : CrossWorlds/Adrien Lac

Le 11 novembre 2015, manifestation d’étudiants de l’université d’Etat de l’Ohio exprimant leur désarroi et leur colère après l’élection de Donald Trump comme président des Etats-Unis. Crédits photo : CrossWorlds/Adrien Lac

 

Sarah Mamo, étudiante à Ohio State, a co-organisé cet événement avec diverses associations militantes du campus, depuis l’association internationale socialiste à celle dédiée à la défense des droits des Noirs. Son combat n’est pas né avec l’élection de Donald Trump et ne se serait même pas achevé avec celle d’Hillary Clinton.

Selon elle, «même si Hillary avait été élue, nous aurions continué de voir des déportations, des meurtres de Noirs par les policiers, des administrateurs abusifs à notre université». Pour cette militante, il s’agit de mobiliser l’opinion, de rallier de nouveaux sympathisants plus que d’avancer des mesures pratiques quant aux dernières élections :

« Notre direction principale ne change pas. Nous allons continuer de faire ce que nous avons toujours fait. Trump en lui-même n’est pas un mal nouveau pour nous. »

Le 11 novembre 2016, manifestation d'étudiants de l'Université d'Etat de l'Ohio exprimant le désarroi et la colère après l'élection de Donald Trump comme président des Etats-Unis. Crédits photo : CrossWorlds/Adrien Lac

Le 11 novembre 2016, manifestation d’étudiants de l’université d’Etat de l’Ohio exprimant leur désarroi et leur colère après l’élection de Donald Trump comme président des Etats-Unis. Crédits photo : CrossWorlds/Adrien Lac

Ohio : « Ils devraient s’en prendre aux médias, pas à Trump »

Ce rassemblement n’est pas unanimement soutenu par tous les étudiants. Alors que la foule gagne la rue commerçante côtoyant l’université, des supporters de Trump se mêlent à la foule – discrètement pour certains, à grand renfort de pancartes et de slogans pour d’autres.

Des supporters de Trump se mêlent au cortège d'étudiants de l'Université d'Etat de l'Ohio, manifestant leur désarroi et leur colère après l'élection de Donald Trump comme président des Etats-Unis. Crédits photo : CrossWorlds/Adrien Lac

Le 11 novembre 2016, à l’université de l’Etat de l’Ohio, des supporters de Trump se mêlent au cortège de manifestants en désaccord avec l’élection du nouveau président des Etats-Unis. Crédits photo : CrossWorlds/Adrien Lac

 

Les échanges se font parfois vifs et la police doit intervenir pour empêcher les manifestants d’encercler les quelques nouveaux venus.

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Le 11 novembre 2016, à l’université de l’Etat de l’Ohio, des supporters de Trump se mêlent au cortège de manifestants en désaccord avec l’élection du nouveau président des Etats-Unis. La police intervient pour calmer les échanges. Crédits photo : CrossWorlds/Adrien Lac

 

Jake Liddic en fait partie. Il arbore sa casquette rouge et dit être venu pour écouter : « Ils ont parfaitement le droit d’être en colère. Je pense juste que leur colère est mal dirigée. Ils devraient s’en prendre aux médias pour les avoir tromper sur le compte de Trump. Moi je suis juste venu pour écouter et j’ai reçu plus de haine que je n’en ai jamais déversée sur quiconque au cours de ma vie.»

« Ce que je vois c’est que tous ces gens qui prônent la tolérance ne la mettent pas en pratique, » a-t-il poursuivi.

Des manifestations ont eu lieu dans d’autres universités, comme le rapporte Le Monde.

Missouri : faire de l’université un endroit « safe » pour les étudiants

Des moments de discussion pour aider à comprendre les résultats et leurs conséquences sont organisés, comme dans l’université de Missouri, située à deux heures de voiture de Ferguson, là où le jeune Africain-Américain, Mike Brown, a été abattu par la police en 2014 alors qu’il n’était pas armé.

En octobre 2015, cette université a été bouleversée par des incidents raciaux qui ont donné naissance au mouvement « The Concerned Student 1950 » (c’est-à-dire « l’étudiant inquiet 1950 », en référence au premier étudiant africain-américain accepté dans cette prestigieuse institution du Midwest, en 1950). Ce mouvement a pris de l’ampleur en attirant les médias nationaux suite au soutien apporté par l’équipe de football locale à l’un des participants ayant entamé une grève de la faim. Un mois après la naissance du mouvement, le président de l’université a été poussé à se retirer, accusé d’être indifférent à la souffrance de ses étudiants.

Lors de ces protestations non-violentes, une menace de mort anonyme diffusée sur les réseaux sociaux avait ciblé les étudiants noirs. Des étudiants s’étaient même portés volontaires pour accompagner leurs camarades apeurés sur le campus. Le besoin d’avoir un endroit « sûr » (a safe space) où les étudiants africains-américains se sentent à l’aise, respectés et en sécurité, est encore au cœur des préoccupations des organisations dites « noires » du campus. Sur son compte Twitter, the Legion of Black Collegians, la principale organisation africaine-américaine du campus, a appelé à un moment de solidarité.

Le département de « Black Studies » invite tous les étudiants à réfléchir lors d’une conversation avec des professeurs la semaine prochaine.

Dans un mail envoyé à tous les élèves, le président intérimaire de l’université a lui aussi encouragé au dialogue, félicitant la première rencontre, apparemment apaisée, entre l’actuel et le futur président à la Maison Blanche. « Cela nous rappelle à tous que malgré nos plus grandes différences, nous pouvons nous unir avec civilité et respect ».

Cette union, des étudiants africains-américains de l’Université de Missouri l’ont voulue mardi dernier. À l’université de Missouri, il y a des « fraternités noires » et des « fraternités blanches ». La nuit de l’élection, une des fraternités noires a co-organisé une « Watch party » pour inviter les étudiants de toutes les communautés à regarder ensemble les résultats. L’un d’eux, Xavier, racontait alors que c’était important d’organiser cette soirée et d’agir en leaders. « Les gens dans ce pays ne nous présentent pas toujours comme des bonnes personnes. »

Après la victoire de Trump en Floride, des étudiants de l'Université de Missouri quittent la salle de projection de l'élection présidentielle, disant qu'il ne vaut plus la peine de regarder. Crédits photo : CrossWorlds/Clara Wright

Après la victoire de Trump en Floride, des étudiants de l’université de Missouri quittent la salle de projection de l’élection présidentielle, disant que cela ne vaut plus la peine de regarder. Crédits photo : CrossWorlds/Clara Wright

 

Ces étudiants disaient avoir voté pour Clinton par défaut.

« J’ai peur qu’avec Trump le racisme déclaré soit plus acceptable. Je suis africain-américain, lui et moi avons des conflits d’intérêt », expliquait John.

« Mais tu sais, il y a des choses qu’on contrôle et d’autres non. J’ai voté, j’ai joué le jeu, si Clinton perd, c’est comme ça. »  « Demain, je vais me lever, aller étudier, puis aller travailler, puis faire mes devoirs », renchérit Xavier ce mardi 8 novembre. S’il doit s’inquiéter, Xavier le fera en janvier. Avec un clin d’oeil, il lâche : 

« Demain, Président Obama sera toujours président. »

Adrien Lac (Ohio, Columbus) et Clara Wright (Missouri, Columbia)