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Playlist du monde : cette année, dansez autrement !

2019, c’est ce soir. Et cette année, ne dansez pas comme d’habitude. Bougez au rythme des chansons qui cartonnent actuellement dans les pays de plusieurs de nos correspondants !

Dancefloor en Allemagne. L'équipe CrossWorlds vous souhaite une belle année ! © CrossWorlds / Gabriel Goll

Dancefloor en Allemagne. L’équipe CrossWorlds vous souhaite une belle année ! © CrossWorlds / Gabriel Goll

 

 

Inde

Tunak Tunak Tun

est le bruit que fait le tumbi, instrument traditionnel de la région du Punjab. C’est aussi le titre d’une chanson bangra/pop, et surtout d’un hit sorti en 1998 et toujours aussi écouté aujourd’hui.

Cette popularité s’explique surtout par la vidéo qui accompagne la musique, une des premières à devenir virales avant même l’existence de YouTube. Dans ce clip, le chanteur Daler Mehndi danse avec trois de ses clones, représentant les quatre éléments, pour déclarer son amour à l’élue de son coeur.

Ce clip est d’autant plus surprenant qu’il va à l’encontre des ceux produits de l’époque qui mettaient en scène des chorégraphies épiques avec de nombreux danseurs et danseuses. Daler Mehndi explique ce choix sur son site internet officiel en disant qu’il répondait aux critiques de l’époque qui considéraient que sa musique était populaire seulement grâce aux danseuses de ses clips. Sur YouTube depuis 2014, la vidéo comptabilise déjà plus de 100 millions de vues, en plus des nombreuses reprises et parodies qui existent en ligne.

Aurélie Loek (Chandigarh)

Aankh Marey est la première musique issue du film bollywoodien Simmba. Single en prévision d’un album, Aankh Marey a été mise en ligne début décembre afin de générer un engouement autour du film sorti le 28 décembre. En moins d’un mois, la vidéo frôle les 200 millions de vues et les Indiens sont nombreux à reproduire la chorégraphie du clip lors de soirées.

Le succès de cette chanson s’explique par son rythme très dansant et par l’immense popularité de l’acteur principal, Ranveer Singh.

Mais si cette musique a pu atteindre un nombre si important de vues sur YouTube, c’est surtout grâce aux 77 millions d’abonnés de T-Series, la chaîne qui l’a publiée. T-Series est un label discographique et une société de production de films indienne spécialisée dans les films bollywodiens. Sa chaîne YouTube a beaucoup fait parler d’elle il y a quelques semaines car elle a été en passe de devenir la chaîne avec le plus d’abonnés, devant Pewdiepie. Ce youtubeur suédois a finalement gardé son titre mais cela pourrait n’être que provisoire face à la grande popularité des musiques bollywoodiennes dans un pays de plus en plus peuplé et connecté comme l’Inde.

Noé Bauduin (Chennai)

Afrique du Sud

Cocorico ! Une des chansons les plus écoutées en ce moment en Afrique du Sud découle de la collaboration entre le DJ sud-africain, Black Coffee, et du français David Guetta.

Le titre Drive offre une partition bien différente de celles auxquelles le DJ français nous avait habitué. Black Coffee n’en est pas à sa première collaboration avec des artistes internationaux. Le légendaire DJ sud-africain tisse son esthétique sonore autour de la voix onirique de Delilah Montaigu. Les basses rondes et entêtantes, ainsi que le marimba lumineux et stellaire, nous feraient presque perdre les pédales.

Vincent Perret (Cape Town)

Etats-Unis

 

Aux États Unis, la chanson « Thank you, next » de Ariana Grande a battu tous les records cette année. Dès sa sortie sur YouTube, le 30 novembre 2018, elle atteint les 46 millions de vues en 24 heures. Pour l’anecdote, ce record a même « saturé » le réseau de Youtube qui, à cause de l’abondance de commentaires, a dû les poster avec du retard, selon le compte Twitter officiel de la plateforme musicale.

Avec plus de 218 millions de vues, « Thank you next » est le morceau du moment, écouté en boucle par les Américaines. Issu de l’album Sweetener, sorti mi-août, la chanson parle de la vie amoureuse de son interprète, Ariana Grande, nommant un à un ses ex, non pas pour les dénigrer mais pour les remercier, afin qu’elle puisse aller de l’avant dans sa vie sentimentale. Pour son clip, la chanteuse s’est inspirée de 4 teen movies cultes: Lolita malgré moi, American Girls, 30 ans sinon rien et La Revanche d’une blonde.

Gaëlle Fournier (Columbia, Missouri)

Où en est la lutte contre les violences sexuelles dans les pays de nos correspondants ?

Aujourd’hui, c’est la journée internationale de la lutte contre les violences faites aux femmes. Hier, des milliers de personnes ont marché en France pour dénoncer les violences sexistes et sexuelles. Rassemblées par le mouvement #NousToutes, leur combat est universel. Aperçu au-delà de nos frontières des avancée en cours – ou pas – dans les pays de nos correspondants.
Mobilisation contre les violences faites aux femmes pour la journée de la femme à Beyrouth en 2014. © CrossWorlds / Nicolas Hrycaj.

Mobilisation contre les violences faites aux femmes pour la journée de la femme à Beyrouth en 2014. © CrossWorlds / Nicolas Hrycaj.

« Orange days » : notre sélection d’articles sur la lutte contre les violences faites aux femmes

Ce week-end, la Journée contre les violences faites aux femmes a lancé les « orange days » : 16 journées de campagne menées par l’ONU pour mettre fin à ces violences. Pour que le « non » aux violences faites aux femmes soit exprimable, audible et respecté.

A cette occasion, nous vous proposons une sélection d’articles rédigés ces dernières années par nos correspondants, qui éclairent la situation dans leurs pays d’accueil.

Le « non » de Judith Couvé

Notre correspondante au Panama, Judith Couvé, a exprimé en disant sa vision du "non". © CrossWorlds / Judith Couvé

Notre correspondante au Panama a dessiné sa vision du « non ». ©CrossWorlds / Judith Couvé

Etats-Unis

Lors d’un Regard Croisé sur l’aube dans 8 pays du monde, notre correspondante à Washington écrivait sur ces femmes qui s’organisent pour lutter contre le harcèlement de rue. Rencontre avec Lauren Taylor, fondatrice de l’association Defend yourself à l’occasion de cette journée internationale :

CINQ HEURES — Washington, quand la nuit inspire la peur

Corée du Sud

Des centaines de personnes se réunissent chaque mercredi devant l’ambassade japonaise de Séoul pour protester contre l’impunité de ce crime de guerre.

« Femmes de réconfort » : le passé d’esclavage sexuel dont le Japon a du mal à se débarrasser

Argentine

Malgré un statut pénal existant, la situation reste critique dans le pays où une femme est assassinée toutes les 32 heures. Retour sur cette situation alarmante à l’origine du mouvement #NiUnaMenos :

L’Argentine punit le « féminicide ». Et pourtant…

Irlande

Parmi le portrait de femmes, découvrez celui de Joan, l’oreille des femmes abusées.

Angleterre, Canada, Irlande… Ces femmes qui nous interpellent

Afrique du Sud

Un pays où 53 617 cas de viols ont ainsi recensés par la police en 2014-2015, sachant que seule une faible proportion des femmes porte plainte.

La banalité silencieuse des violences faites aux femmes en Afrique du Sud

Grossesses adolescentes en Afrique du Sud (SECOND VOLET) : la recette des inégalités ?

En Afrique du Sud, de très nombreuses jeunes filles deviennent mère avant d’atteindre la majorité. Ces mères adolescentes font face à de nombreux défis et souvent cela peut les entraîner dans un cercle vicieux de la précarité. Pour comprendre les racines de ce phénomène et ses conséquences, notre correspondante a rencontré deux d’entre elles à Johannesburg. Retrouvez leurs portraits dans une enquête en deux temps dont la première partie est à découvrir ici.

Pour deux tiers des adolescentes et jeunes filles qui tombent enceinte en Afrique du Sud, la conséquence est l’arrêt des études. Le poids de ce phénomène joue donc un rôle important dans les inégalités en termes d’éducation, mais aussi de qualité de vie.

Des études interrompues… pas toujours pour les mêmes raisons.

Sister Geya (responsable des jeunes filles enceintes au centre médical de l’Université de Johannesbourg, cf. premier volet) explique que « ce n’est pas le fait d’avoir un enfant qui les empêche de continuer leurs études, ce sont les charges financières qui en découlent ».

A Soweto, une grande partie des enfants que cette crèche accueille ont une adolescente pour mère. Crédits photo : CrossWorlds/ Esther Meunier

A Soweto, une grande partie des enfants que cette crèche accueille ont une adolescente pour mère. Crédits photo : CrossWorlds/ Esther Meunier

 

Paulina (26 ans, deux filles de 9 et 6 ans, cf. premier volet) a ainsi dû interrompre les siennes à 17 ans, lorsqu’elle a accouché de Naledi, sa première fille. Mais ce n’était pas pour pouvoir s’occuper de l’enfant : « j’ai dû travailler pour subvenir à nos besoins » témoigne-t-elle. Son bébé, c’est donc sa sœur qui s’en est occupée malgré le fait qu’elle était plus jeune d’un an. « Elle avait déjà décroché scolairement, alors elle m’a aidé. » De sa mère, Paulina ne recevra pas davantage que le soutien minimum pour les équipements de base.

Et c’est ici que les contrastes sociétaux se confirment… Cari (22 ans, d’origine Afrikaner et maman comblée d’une petite fille de trois ans, cf. premier volet) a aussi dû interrompre ses études une année, mais de son côté a reçu énormément de soutien de la part de tout son entourage. « Je n’ai pas eu besoin de mettre Zani [sa fille] à la crèche, je m’en suis occupée avec l’aide de ma mère ».

Le père de l’enfant est aussi son mari depuis deux ans, et « c’est le meilleur papa du monde » selon ses mots. Quant à celui des enfants de Paulina, s’il est présent dans son entourage, « il n’a jamais apporté aucun soutien moral ou financier. »

 

Obtenir un diplôme, parfois un véritable parcours du combattant

Cari a donc pu reprendre ses études rapidement après un an d’interruption dans l’objectif de devenir professeure. Elle est aujourd’hui en passe d’obtenir son diplôme pour enseigner. Ses parents l’ont largement aidé financièrement, de même que son mari, qui a commencé à travailler peu après la grossesse.

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Cari, 22 ans et sa fille, Zani, 3 ans. Crédits photo : envoyée par Cari

 

C’est pourtant loin d’être une tendance générale, comme le déplore Sister Geya : « le cercle vicieux des inégalités se perpétue car les jeunes filles de milieux modestes peuvent rarement financer la poursuite de leurs études ».

Paulina a, elle, décidé de se battre pour reprendre les siennes. « J’ai passé deux ans à avoir un job que je détestais, j’en ai eu marre et je voulais quelque chose de mieux pour moi et mes filles ». Pourtant, encore aujourd’hui, c’est loin d’être facile à gérer. Afin de financer ses deux premières années, elle a dû s’endetter. « La banque me le rappelle tous les jours. Aujourd’hui je suis dans une impasse, c’est pour ça que je fais des demandes de bourses car, sans elles, je ne pourrai pas poursuivre mon master. »

En parallèle, elle cherche donc un travail. Elle aurait pu avoir une opportunité sur le campus, mais là encore c’est sa position de mère qui l’en empêche : « On m’a proposé de m’occuper des étudiants en échange, mais il faut habiter sur le campus et je ne peux pas laisser mes filles, en particulier Naledi qui a des difficultés scolaires. »

« Ça craint d’être maman » constate-t-elle avant de sortir de la bibliothèque. Un discours qui contraste avec celui de Cari, qui « ne peut pas imaginer [sa] vie sans [sa] fille », et qui révèle à quel point dans ce domaine aussi, les inégalités sont toujours exacerbées, 22 ans après l’élection de Nelson Mandela.

 

Cet article est le deuxième volet de notre enquête sur les grossesses adolescentes en Afrique du Sud. Retrouvez la première partie ici.

 

Esther Meunier.

Grossesses adolescentes en Afrique du Sud (PREMIER VOLET) : les racines du fléau

En Afrique du Sud, de très nombreuses jeunes filles deviennent mère avant d’atteindre la majorité. Ces mères adolescentes font face à de nombreux défis et souvent cela peut les entraîner dans un cercle vicieux de la précarité. Pour comprendre les racines de ce phénomène et ses conséquences, notre correspondante a rencontré deux d’entre elles à Johannesburg. Retrouvez leurs portraits dans une enquête en deux temps.

Paulina affiche un sourire rayonnant et a le rire facile. Elle est venue profiter du wifi de la bibliothèque pour faire des demandes de bourses universitaires car elle n’a pas de connexion chez elle. Elle habite à deux heures de l’université. A 26 ans, Paulina a déjà deux filles de 9 et 6 ans. Et elle se bat chaque jour pour subvenir à leurs besoins ainsi que pour terminer ses études.

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Paulina, devant la bibliothèque de l’Université de Johannesburg, juin 2016. Crédits photo : CrossWorlds / Esther Meunier

 

Son cas est loin d’être unique. Selon différentes études, environ 30% des jeunes sud-africaines entre 15 et 19 ans déclarent avoir déjà été enceintes. Pourtant l’Afrique du Sud possède une législation résolument moderne concernant les droits reproductifs et sexuels : les mineures sont autorisées à demander un moyen de contraception sans l’accord de leurs parents et l’avortement est autorisé sans conditions jusqu’à 12 semaines.

Au centre médical de l’Université de Johannesburg, une femme supervise la prise en charge de ces jeunes étudiantes avec bienveillance et attention. Sister Geya a le sourire doux de celle à qui l’on peut confier sa situation sans être jugée. Selon elle, ces adolescentes et jeunes adultes « rencontrent toutes les mêmes problèmes face à une grossesse non désirée ». Ce qu’elles cherchent à éviter en priorité est que la grossesse ne les pousse à arrêter les études. Mais ce qui préoccupe également Sister Geya dans ce phénomène est le rôle de révélateur qu’il joue sur le faible usage du préservatif, dans un pays où en 2014, 18,9% des personnes âgées de 15 à 49 ans étaient estimées séropositives.

 

Des filles délaissées par leurs familles et en perte de repères

Qu’est-ce qui explique ce surprenant décalage entre la réalité de la situation et la législation progressive en vigueur ? A la sortie de l’Apartheid, les droits des femmes, comme ceux de toutes les catégories de population opprimées, ont obtenus reconnaissance, mais la société peine encore à s’aligner sur ces standards. En particulier dans les milieux les plus défavorisés et ruraux.

Paulina déplore ces grossesses qui n’étaient pas planifiées et les impute directement à sa situation familiale. « Rien n’aurait pu changer le cours des choses à ce moment-là car ma mère est alcoolique et je n’ai jamais rencontré mon père. Quand il est arrivé dans ma vie, l’idiot avec qui j’ai eu des enfants a simplement eu besoin de me mentir, de me dire que j’étais belle et à quel point il m’aimait. C’était des choses que je n’avais jamais entendu et ça a suffi pour que je le vénère ».

Cela contraste grandement avec le soutien qu’a reçu Cari, 22 ans et maman comblée d’une petite fille de trois ans. Blanche, issue d’une famille Afrikaner de classe moyenne, elle m’explique : « C’était un accident mais tout mon entourage m’a soutenu, et finalement nous étions tous impatients qu’elle arrive ». Aujourd’hui, elle vit encore avec ses parents et le père de l’enfant à Pretoria.

En comparaison, la position d’infériorité dans laquelle s’est retrouvée Paulina dans sa relation est l’archétype décrit par l’étude A review of Teenage Pregnancy in South Africa, Partners in Sexual Health, qui date de 2013. Selon l’enquête, les jeunes filles auraient des difficultés à s’imposer dans leurs relations sexuelles et notamment concernant l’usage du préservatif. Par extension, elles perdent tout contrôle  sur les potentielles grossesses non désirées.

 

Accéder à la médecine sexuelle : mission impossible pour beaucoup de ces jeunes filles

Paulina va de nouveau dans le sens de l’étude quand elle met en cause le prix de l’accès à la médecine sexuelle, aussi bien concernant la contraception que l’IVG.

L’avortement ? « Trop cher » me répond-elle. Et quand je parle de l’existence de cliniques gouvernementales où l’on peut y accéder gratuitement, elle ouvre de grands yeux ronds : « Je ne savais pas que ça existait à ce moment-là ». De toute façon, « [sa] mère ne l’aurait jamais laissée avorter par rapport à ses croyances religieuses ».

D’où les nombreux panneaux au bord des routes clamant « Safe and pain free abortion » (« Avortement sans risques et sans douleurs »). Pourquoi ces cliniques illégales ? « Parce que la société met trop de pression sur les filles enceinte, le personnel médical a tendance à juger et les nouvelles vont vite. Du coup les filles préfèrent aller là-bas car ça ne se sait pas » me répond Grace, étudiante congolaise vivant en Afrique du Sud depuis 8 ans.

 

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Dans les rues de Johannesburg, les panneaux indiquant des cliniques d’avortement illégales sont légion. Crédit photo : CrossWorlds / Esther Meunier

 

L’avortement, selon l’expérience de Sister Geya, demeure loin d’être la norme. « On ne dispose pas de chiffres exacts, mais je pense que moins de 50% des jeunes filles qu’on diagnostique enceintes sur l’ensemble des campus mettent un terme à leur grossesse » explique-t-elle. Et quant à la possibilité de confier l’enfant à un orphelinat à la naissance, là encore Paulina m’explique qu’on ne l’aurait pas laissée faire.

L’éducation sexuelle au rabais : mère de tous les maux ?

Un autre facteur déterminant du problème est sans doute la qualité de l’éducation sexuelle en Afrique du Sud. Si des cours basiques sont fournis à l’école et que l’usage du préservatif notamment dans le cadre de la prévention du SIDA est encouragé, les jeunes sont toujours mal informés. Ils déplorent souvent que personne ne leur ait jamais expliqué comment utiliser un préservatif dans la pratique. Quant aux autres moyens contraceptifs, les adolescentes les connaissent relativement mal aussi.

Sister Geya considère en effet qu’il y a de réels progrès à faire en matière d’éducation sexuelle. « On a la structure adaptée puisqu’une éducation de base est déjà dispensée en biologie dans un premier temps et dans un cours appelé ‘Life orientation’ dans un second temps. Mais on doit donner plus de clés aux professeurs sur la manière de dispenser cette éducation : que faire, comment et à quel moment aborder ces questions ? »

Les causes de la prévalence des grossesses adolescentes en Afrique du Sud sont donc connues. L’important désormais serait de les traiter, ainsi que de fournir un réel suivi et des portes de sortie aux adolescentes touchées. Car une fois le bébé mis au monde, les inégalités s’aggravent encore et c’est un cercle vicieux difficile à enrayer qui démarre.

Pour comprendre la dynamique de ce cercle vicieux, lisez la deuxième partie de l’article ici.

 

Esther Meunier.

 

La banalité silencieuse des violences faites aux femmes en Afrique du Sud

« Mais quand des hommes vous complimentent innocemment, vous parlez de harcèlement. Vous risquez de ne pas trouver l’homme idéal pour vous marier ! »

C’est ainsi que le Président sud-africain Jacob Zuma s’est adressé à un groupe de femmes journalistes, il y a deux semaines. Il faut dire que le Président fait pâle figure en termes de défense des droits des femmes… Polygame, accusé de viol, même si la Cour de Justice a depuis déclaré que le rapport avec la jeune femme qui l’accusait était «consenti», tout cela ne l’empêchait pas de clamer la nécessité de « faire face à ce problème et d’éradiquer la culture de la violence dans notre pays » lors du lancement des 16 jours d’activisme contre les violences faites aux femmes en novembre dernier.

Assemblée de femmes dans la province de KwaZulu-Natal. Crédits photo : Flickr/ Steve Evans

Assemblée de femmes dans la province de KwaZulu-Natal. Crédits photo : Flickr/ CC/Steve Evans

Noir tableau de statistiques

Si le comportement du Président en a outré plus d’un.e, c’est aussi parce qu’il dirige un pays dans lequel le taux de violences faites aux femmes atteint des niveaux records. Les agressions sexuelles sont monnaie courante : 53 617 cas de viols ont ainsi été recensés par la police en 2014-2015, sachant que seule une faible proportion des femmes porte plainte. Si l’on peine à évaluer précisément le nombre réel de viols à l’échelle du pays, dans la province de Johannesburg et de Prétoria, la dernière étude en date a estimé que seulement 4% des viols faisaient l’objet d’un dépôt de plainte.

Toutes les huit heures, une femme meurt sous les coups de son (ex-)conjoint en Afrique du Sud.

En 2009, c’est une femme qui meurt sous les coups de son conjoint ou ex-conjoint toutes les 8 heures, selon le South African Medical Research Council. Des cas emblématiques ont fait la une des journaux en Afrique du Sud mais aussi dans le monde, comme l’assassinat de Reeva Steekamps, la compagne d’Oscar Pistorius, abattue de trois balles tirées à travers la porte des toilettes de leur maison. Ce dernier, condamné pour meurtre, attend la sentence qui devrait être prononcée en avril. Ce cas hyper médiatisé, ou encore celui d’un animateur radio sud-africain récemment condamné à 20 ans de prison pour le meurtre de sa compagne, a attiré l’attention du public sur la question.

Des violences banalisées

Pourtant, malgré les efforts fournis par les associations pour sensibiliser à la lutte contre les violences faites aux femmes, ces violations de leurs droits et de leur dignité semblent être d’une effrayante banalité dans la société sud-africaine. Ainsi, outre les déclarations de Zuma qui prouvent à quel point ces atteintes sont déconsidérées en Afrique du Sud, une étude du Institute for Security Studies menée localement dans la province de Cape Town sur un échantillon de 1378 hommes indique que 42,3% d’entre eux admettent avoir déjà fait preuve de violence à l’égard d’une partenaire au cours des 10 dernières années.

Sous silence

Et le calvaire des victimes continue malheureusement après les agressions. L’association Rape Crisis Cape Town Trust rappelle ainsi qu’il n’est pas évident pour les femmes de parler des violences qu’elles subissent « par peur des représailles de leur agresseur« , « à cause de la stigmatisation dont les victimes font l’objet« , et « de la proximité voire du lien familial qui existe souvent entre la victime et l’agresseur« .

Les services d’aide aux victimes restent aussi encore difficiles d’accès pour les femmes sud-africaines. Le gouvernement dispose d’un numéro d’aide et beaucoup d’associations proposent des services similaires ou des permanences où les femmes peuvent s’informer et chercher de l’assistance. Mais nombre d’entre elles, et en particulier les plus pauvres – qui sont aussi les premières victimes – ne le savent pas.

Vers une meilleure prise en charge ?

L’Afrique du Sud dispose pourtant d’un riche réseau d’associations féministes œuvrant pour les droits des femmes, ainsi que d’ambassadrices de renom telles que Phumzile Mlambo Ngcuka, sous-secrétaire générale de l’ONU au Droit des Femmes et Directrice Exécutive d’ONU Femmes. Le prochain objectif fixé par cette dernière est de provoquer une prise de conscience chez les hommes afin qu’eux aussi se mobilisent pour l’égalité entre les hommes et les femmes.

Esther Meunier

Photos : un Noël de contrastes

Quelle signification revêt cette fête dans les pays de nos correspondants ? En 2013, lors de notre première édition, nous y avions consacré un regard croisé (Syrie, Canada, Israël, Allemagne, Angola…) En 2014, nous nous sommes également posé la question et y avons répondu en voulant capturant l’instant, en photos. Cette année, six de nos correspondants comparent les scènes de Noël dont ils sont témoins pour rendre compte de l’appropriation de cette fête dans le monde.

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En Afrique du Sud, pays composé à 80% de chrétiens, les bonnets rouges à pompons fleurissent sous un soleil de plomb. Dans le village de Tsitsikamma, on célèbre Noël autour d’un barbecue, tradition nationale.

En Chine, les joueurs de cartes n’ont pas arrêté leurs parties pour célébrer Noël, dans cette rue de Beijing, qui donne sur le temple du Ciel, où se trouve la salle des prières pour la bonne moisson. La religion la plus répandue est celle que l’on appelle « la religion traditionnelle », entre taoïsme et culte des ancêtres, dont les fidèles représentent 70% de la population.

Crédits photos : CrossWorlds/Esther Meunier – CrossWorlds/Camille Guillard

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Au Japon, un grand sapin scintille dans le ciel d’Osaka. C’est celui du marché de Noël, organisé par la communauté allemande, dont l’influence se fait sentir depuis que quelques prisonniers de guerre ont choisi de rester au Japon en 1919.

Aux Maldives, le grand palmier ne s’agite pas sur la plage déserte. Sur cet archipel où la masse des touristes côtoie dans l’indifférence le peuple local, l’islam est religion d’État. Depuis le coup d’État de 2008, la charia règne sans partage dans un climat extrêmement radical, et les entorses aux droits de l’Homme sont fréquentes.

Crédits photo : CrossWorlds/Hannah Bidoire – CrossWorlds/Juliette Brigand

Noel US Russie

Aux États-Unis, on trouve des décorations estampillées Coca. Le Noël des magasins new-yorkais s’inscrit dans la tradition qui unit Noël et la marque au logo rouge, qui utilise le père Noël dans ses campagnes hivernales depuis 1931.

En Russie, les échoppes sont plus artisanales. Le grand marché de Saint Pétersbourg n’est pas un marché de Noël, mais du Nouvel An. Là-bas, les différentes échoppes célèbrent la culture locale, avec une grande variété de nourriture et des icônes religieuses, de même que les traditions internationales représentées dans des stands aux couleurs de pays variés, comme l’Allemagne ou la Suisse.

Crédits photo : CrossWorlds/Marie Jactel – CrossWorlds/Jeanne Richard

L’équipe

« Zuma must fall » : la colère des Sud-africains contre leur président

Le 16 décembre est férié en Afrique du Sud et placé sous l’aura de la réconciliation depuis la fin de l’apartheid. Mais aujourd’hui, la foule gronde. Les Sud-africains ont manifesté ce 16 décembre pour dire leur mécontentement à l’égard de leur président, Jacob Zuma, et scandent des slogans comme : « pas de réconciliation avec la corruption ».

Plusieurs milliers de personnes ont marché à Johannesburg, Pretoria et au Cap, une semaine après qu’ait débuté un feuilleton au ministère des finances sud-africain, qui a vu trois ministres différents se succéder en cinq jours et a fait fortement chuter le rand, la monnaie locale.

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Les manifestants réunis au pied du Mandela Bridge. 16 décembre 2015, Johannesburg. Crédits photo : CrossWorlds/Esther Meunier

 

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Sur la pancarte, Nene. Il est le premier des ministres à avoir été limogé, remplacé par David van Rooyen, relativement inconnu, conduisant le rand à atteindre un taux historiquement bas vendredi 11 décembre. 16 décembre 2015, Johannesburg. Crédits photo : CrossWorlds/Esther Meunier

 « Pas de réconciliation avec la corruption »

L’exaspération des Sud-africains a été alimentée par différents scandales, le dernier en date étant celui de Nkandla, où il a été révélé que de l’argent public avait servi à rénover la résidence personnelle du Président Zuma.
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A l’avant du cortège, un bandeau « Pas de réconciliation avec la corruption ». 16 décembre 2015, Johannesburg. Crédits photo : CrossWorlds/Esther Meunier

 

Le président est la première cible des manifestants. Le slogan « Zuma Must Fall » fait référence aux précédents mouvements « Rhodes Must Fall » pour la désinstallation d’une statue du colonisateur Rhodes dans l’université de Cape Town et « Fees Must Fall » contre l’augmentation des frais d’inscription dans l’enseignement supérieur.
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Les manifestants, défilant sur le Mandela Bridge. 16 décembre 2015. Crédits photo : CrossWorlds/Esther Meunier

 

Le limogeage du ministre des finances sans raisons officielles et la confusion qui s’en est suivie a été la goute d’eau qui a fait déborder le vase. Les manifestants regrettent que l’ANC, le parti au pouvoir depuis la fin de l’apartheid, ait néanmoins soutenu le Président lors d’une conférence de presse donnée mardi 15 décembre alors même que le parti pourrait le destituer. Après les discours, ils ont symboliquement traversé le Mandela Bridge.
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Après les discours, les manifestants ont symboliquement traversé le Mandela Bridge. 16 décembre 2015, Johannesburg. Crédits photo : CrossWorlds/Esther Meunier

 

Certains manifestants, chantent également en zulu que « Zuma est un traître ». Beaucoup de discours dénoncent l’abandon de l’héritage des leaders anti-apartheid tels que Mandela, Steve Biko et bien d’autres. Cependant l’esprit de la réconciliation est bien présent, selon une manifestante qui assure que « nous sommes multi-raciaux, ce n’est pas à propos de ça ». La foule des manifestants était en effet arc-en-ciel ce mercredi.
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Une foule arc-en-ciel en colère ce 16 décembre 2015, lors de la manifestation contre le président Zuma en Afrique du Sud. 16 décembre 2015, Johannesburg. Crédits photo : CrossWorlds/Esther Meunier

 

Esther Meunier