Archives du mot-clé Amérique Latine

Ils ont voté pour Trump et nous disent pourquoi

Les sondages prévoyaient Hillary Clinton gagnante, mais c’est Donald Trump qui fut élu 45e président des Etats-Unis mardi 8 novembre 2016. Ses supporters l’ont soutenu plus ou moins ouvertement et certains votes ont particulièrement surpris : le soutien de 29% des Latinos-Américains et de 8% des Africains-Américains. Nos correspondants ont cherché à comprendre les raisons de leur vote.

Des supporters de Trump se mêlent au cortège d'étudiants de l'Université d'Etat de l'Ohio, manifestant leur désarroi et leur colère après l'élection de Donald Trump comme président des Etats-Unis. Crédits photo : CrossWorlds/Adrien Lac

Le 11 novembre 2016, des supporters de Trump dans l’Ohio. Crédits photo : CrossWorlds/Adrien Lac

 

Le vote des Américains d’origine hispanique en faveur de Trump a étonné. Par exemple, la Floride où un électeur sur quatre est d’origine hispanique, a été remportée par Donald Trump. C’était un Etat clef pour gagner cette présidentielle. Notre correspondante, Victoria David, a cherché à comprendre.

Katherine Vasconez : « Les valeurs du travail acharné »

Katherine Vasconez se présente comme jeune avocate. Née en Equateur, elle est citoyenne américaine et vit à Los Angeles. Son père est un vétéran de la Marine américaine qu’il a servie pendant 20 ans. Katherine est membre du Parti républicain depuis qu’elle a le droit de vote. Nous avons pris contact avec elle via la page Facebook intitulée “Latinos/Hispanics for Donald Trump” (suivie par 34 500 personnes, les Etats-Unis ayant environ 52 millions de citoyens Latinos-Américains). Nous avions envoyé un message expliquant notre démarche et Katherine nous a répondu. Elle nous a dit être très intéressée par la politique. Sa page Facebook personnelle nous indique qu’elle a également accordé des interviews à des médias américains et espagnols.

« Trump est un homme d’action et je crois que les actions parlent plus fort que les mots. Nous avions besoin de changement dans ce pays, un changement qui mette nos intérêts d’abord et fasse revivre le rêve américain qui s’est aujourd’hui évanoui. Il n’y a pas de proposition de Trump avec laquelle je ne sois pas d’accord, du moment qu’il fasse de la prospérité de l’Amérique sa PRIORITE. C’est pourquoi je l’ai soutenu depuis le début, et ce publiquement, sur Facebook.

Oui, j’ai été déçue de sa prestation lors du troisième débat, mais je n’ai jamais hésité. Le fait que j’ai toujours été républicaine a en partie influencé mon choix mais ce n’était pas la seule raison. J’apprécie le fait que Mike Pence soit son colistier.

Par ailleurs, je n’ai jamais pris ses commentaires personnellement. Je pense qu’ils ont été exagérés et généralisés à une communauté entière au-delà de ses intentions.

Nous vibrons pour les valeurs plus profondes du travail acharné. Si tu es sûr de la qualité des normes que tu t’imposes, alors aucune parole ne pourra t’affecter. 

Sa vision du monde était bien plus forte que ses défauts qui ont pu émerger durant la campagne, ou les erreurs qu’il a pu commettre.

Je suis surprise par les réactions que l’on a pu observer jusqu’ici. J’ai perdu des amitiés à cause de mon soutien à Donald Trump. J’en ai vu d’autres pleurer le lendemain de l’élection. Je veux leur dire que nous sommes tous ensemble et que la vision que Trump a pour nous vaut la peine d’être soutenue. Il n’est pas là pour restreindre nos libertés. Il est là pour faire de l’Amérique un endroit meilleur. »

Propos recueillis par Victoria David, le 9 novembre 2016.

La famille Vaca : « On a besoin de fermer nos frontières »

Alec Vaca et ses parents, Carminia et Ismail, sont venus assister au meeting de Mike Pence, le colistier de Donald Trump, organisé sur le campus de l’université de George Mason le 5 novembre 2016. Alec est né aux Etats-Unis, ses parents sont d’origine bolivienne. Ces derniers, installés aux Etats-Unis depuis 25 ans, sont désormais citoyens américains. Supporters de Donald Trump depuis le début, ils trouvent Hillary Clinton "dégoûtante". Ils se dissocient cependant du parti républicain qui a, selon eux, aussi fait de "mauvaises choses".

« On est là pour Donald Trump, pas pour le parti. On n’est pas d’accord avec ce qu’il a dit sur les femmes, bien sûr. On ne l’accepte en aucun cas, on est chrétiens, on va à la messe toutes les semaines ! Mais il faut garder en tête qu’il n’était pas encore dans la politique aux moments des faits.

Avec les attaques et tout ce qu’il se passe, ça devient dangereux, on a besoin de fermer nos frontières. Trump n’est pas vraiment extrémiste. Ce sont les médias qui le présentent comme tel, les médias sont contre Trump.On doit essayer, on doit au moins faire quelque chose. »

Propos recueillis par Victoria David, le 6 novembre 2016.

Carlos Salinas : « Trump a été le seul à dire la vérité sur nos communautés »

Carlos Salinas, 24 ans, consultant en marketing pour les avocats et patron de deux entreprises, vit dans le Connecticut. Carlos est né à Las Vegas. Son arrière grand-père était péruvien et sa grand-mère mexicaine, ils ont tous deux émigré légalement aux Etats-Unis. Nous l’avons également rencontré via la page Facebook “Latinos/Hispanics for Trump”. Il a répondu à nos questions par mail.

« J’ai voté pour Donald Trump parce que je crois que c’était le seul candidat qualifié pour la fonction. Certaines mesures prises par l’administration Obama, comme l’Obamacare ou encore l’Accord de partenariat transpacifique (TPP), sont très rétrogrades. Trump a dit qu’il en renverserait un certain nombre.

J’aime son avis sur les accords commerciaux. J’aime le fait qu’il veuille construire et restaurer l’infrastructure du pays. J’aime le fait qu’il soit le premier candidat républicain de l’histoire américaine à avoir porté le drapeau LGBTQ [le 30 octobre, lors d’un meeting dans le Colorado, Trump a porté ce drapeau sur lequel était inscrit ‘les gays avec Trump’ ndlr]. J’aime comment il a tendu la main aux communautés noires et hispaniques et offert son aide pour réparer nos systèmes défectueux.

Trump a été le seul à dire la vérité sur nos communautés et il a été critiqué pour cela.

Trump a simplement déclaré que nos communautés sont en train d’être détruites, notre système éducatif ne fonctionne pas, nos emplois ont disparu et nos voisinages deviennent de plus en plus dangereux. Il a parlé aux communautés hispaniques en leur disant qu’il ramènerait les emplois, ce dont nous avons vraiment besoin. 

Rien de ce qu’il a dit ne m’a affecté à cause de mes origines. De ce que je sais, il n’a rien dit négativement à propos des Latinos en tant que communauté. Il a dit qu’il aimait l’esprit des Mexicains, ce que j’apprécie. Il a aussi déclaré que le gouvernement mexicain envoie des criminels de l’autre côté de la frontière. Avec les viols, la violence, les trafics de drogue et les gangs qui arrivent à traverser, j’ai tendance à être d’accord. 

J’ai supporté Trump dès qu’il s’est porté candidat. Ce n’était pas un choix par défaut. Je suis d’ailleurs plutôt libertarien avec quelques tendances démocrates sur les questions sociales. Mais je juge en me basant sur les propositions et les solutions de Trump qu’elles sont celles dans lesquelles je me retrouvais le plus. Je n’aurais pas préféré un autre candidat républicain.

J’ai d’ailleurs adhéré au parti républicain pour pouvoir voter pour Trump lors des primaires. C’était ma toute première élection. Même si je n’ai pas eu le temps de m’engager dans la campagne, j’ai réussi à convaincre d’autres amis de voter pour Trump.

J’ai douté quand j’ai lu un titre disant : ‘Trump veut interdire tous les musulmans’. J’étais choqué et cela aurait été assez pour qu’il perde mon soutien. Cependant, j’ai fait des recherches pour voir ce qu’il avait vraiment dit. J’ai écouté ses discours sur le sujet au lieu de m’en tenir aux extraits que veulent nous montrer les médias dans un faux contexte. Il a dit clairement qu’il voulait mettre en place une procédure rigoureuse avant de laisser entrer davantage de musulmans étant donné que l’Etat Islamique attaque les pays musulmans.

Daesh ayant pour but d’infiltrer chaque pays musulman, c’est une mesure extrême mais raisonnable. J’ai donc continué à le soutenir.

Je ne comprends pas la surprise et l’hystérie que je rencontre maintenant à la suite des résultats de l’élection. J’ai l’impression que beaucoup de gens ont été endoctrinés par des médias biaisés, qu’ils vivent dans une fausse réalité. Si je devais répondre à ces personnes, je leur dirais: ‘s’il vous plait arrêtez de laisser les médias de masse nous diviser et soyez un peu plus intelligents. Quand vous avez chaque star d’Hollywood, chaque grande banque, chaque grand média et chaque politique important qui soutient un seul et même candidat, alors vous devriez vous méfier de ce candidat. Il y a évidemment une manipulation flagrante.’

Certaines personnes diront que j’ai été ‘blanchisé’ parce que je ne partage pas l’opinion de ma propre communauté. C’est le genre de mentalité qui ne nous mènera nulle part. »

Propos recueillis par Victoria David, le 9 novembre 2016.

Donald Trump s'adressant à ses supporters lors d'un rally à Fountain Park, Fountain Hills, Arizona. Crédits photo : Flickr/CC/Gage Skidmore

Donald Trump s’adressant à ses supporters lors d’un rally à Fountain Park, Fountain Hills, Arizona. Crédits photo : Flickr/CC/Gage Skidmore

 

Lors de sa campagne, Donald Trump a répété que la communauté africaine-américaine était en piteux état. 8% des Africains-Américains ont voté pour lui (contre 88% pour Hillary Clinton). Notre correspondant, Adrien Lac, a rencontré l’un d’entre eux.

Shea Wilson : « Trump a affirmé qu’il soutiendrait la communauté LGBT »

Shea Wilson est un jeune entrepreneur originaire de l’Ohio et habitant de Columbus dans le même Etat. Il a beaucoup voyagé au sein des Etats-Unis et vécu dans l’Illinois et la Californie. Il se présente comme un indépendant. Longtemps rebuté par les postures anti-gay du Parti républicain, puis très critique du bilan de politique extérieur d’Obama menée par Hillary Clinton, il a voté Trump pour cette élection. Shea est noir et homosexuel et ne pouvait se résigner à voter pour une candidate qui recevait des fonds de pays qui, selon lui, piétine les droits de la communauté LGBT. Notre correspondant, Adrien Lac, a rencontré Shea Wilson par une amie commune qui savait qu'il cherchait des témoignages de Trump.

« Trump a été très bon en ce qui concerne la communauté LGBT. Auparavant beaucoup d’hommes politiques ont été très offensants et condescendants envers celle-ci, particulièrement les républicains. Mais Trump est venu, a affirmé qu’il nous soutiendrait et a souligné que Hillary acceptait des fonds venant de l’Arabie Saoudite et du Qatar, deux pays qui traitent les femmes comme des citoyens de seconde classe et qui tuent des homosexuels. Pourquoi devrions-nous soutenir quelqu’un qui accepte ce genre de soutien ?

Les gens ont été très ignorants à propos de Trump. Ils n’ont pas compris ce qu’il voulait dire. Les médias orientaient les choses de manière à le dépeindre comme le Grand Méchant Loup, ce qu’il n’est absolument pas.

Oui, il a utilisé un langage très incorrect pour qualifier les immigrants illégaux. Mais quand il y a des gens en situation irrégulière dans un pays et que certains eux tuent des gens, violent des gens et bien il y a un gros problème parce qu’ils ne devraient pas être dans ce pays en premier lieu [ndlr : USA Today notait en 2015 qu’il est impossible avec les données actuelles de conclure que les immigrants illégaux commettent plus ou moins de crimes que qui qui ce soit].

Sans parler des conséquences économiques. Personne ne va engager quelqu’un au salaire minimum quand on peut engager un immigrant illégal pour faire le même travail pour presque rien. Certains vont répliquer que personne ne veut faire le travail que ces immigrants font, mais c’est faux. Il y a des emplois occupés par ces gens que certains citoyens américains aimeraient avoir. Dans un pays où nous avons 50% de chômage chez les jeunes noirs c’est inacceptable [ndlr : Politifact indique que d’après le ‘Bureau of Labor Statistics’  ce taux est en réalité de 27.1% en mai 2016].

A propos des suprématistes blancs, certains ont supporté Hillary, d’autres supportent Trump. Ils peuvent soutenir qui ils veulent. Il y aura toujours des gens mauvais qui soutiendront untel ou untel ça n’a rien à voir avec ce que la personne incarne. Trump a travaillé avec des femmes noires en tant que cadres dirigeants depuis des années au sein de son entreprise [ndlr : Associated Press indique qu’il y a peu de preuve tant qu’à la prétendue diversité dans les organes dirigeants de l’empire Trump principalement à cause du manque de coopération de la part de celui-ci]. Il n’avait pas à le faire mais il travaille avec elles depuis des années, donc s’il était si intolérant, elles ne seraient probablement pas là.

Je m’en fiche qu’il n’ait pas gagné le vote populaire. La façon dont il a gagné a été très stratégique et s’il avait eu besoin du vote populaire pour gagner, il aurait fait campagne différemment. Il a renversé des Etats qui avaient été gagnés par Obama en 2008 et 2012 comme le Michigan et le Wisconsin.

Tout le monde crie au racisme mais non, ce sont les mêmes qui ont voté pour Obama ! Seulement, ils ont été déçus et sont passés à Trump. »

Propos recueillis par Adrien Lac, le 15 novembre 2016.

CHILI – Frontera Festival 2014 : quand l’Amérique du Sud se fait Une en musique

Samedi 15 novembre 2014, Santiago du Chili. L’événement est de taille : l’idée latente d’une Union Latino Américaine se concrétise enfin, donnant tort à mon professeur d’université chilien :

« En Europe, ils ont réussi à construire l’Union Européenne à 27 et à se doter d’une monnaie commune alors que nous ne sommes même pas capable de profiter de nos atouts : une langue et une culture que nous partageons. »

Certes, ce ne sera que pour une journée. Et l’on parle de musique, pas de politique. Mais qu’importe : l’édition 2014 du Festival Frontera fut un moyen de rassembler des groupes d’horizons, de style et d’accents différents mais avec un dénominateur commun : l’espagnol. Retour sur cet événement.

Entrée du festival Frontera 2014, à Santiago, Chili, le 15 novembre 2014. Crédit photo : CrossWorlds/Camille Russo

Entrée du festival Frontera 2014, à Santiago, Chili, le 15 novembre 2014. Crédit photo : CrossWorlds/Camille Russo

 

Frontera Festival n’en est encore qu’à ses débuts, mais son succès ne s’est pas démenti, avec ses 35 000 spectateurs venus applaudir plus de quinze formations chiliennes, argentines, colombiennes ou encore portoricaines. Et fini les clichés du gringo quant à la musique sud américaine : point de reaggeaton ou de salsa, et lorsqu’on écoute de la cumbia, elle est ici électronique.

 18h00 : de la folk chilienne au rock punk argentin
Les scènes principales du festival Frontera 2014, avec une ambiance encore calme, à Santiago, Chili, 15/11/2014. Crédit photo : CrossWorlds/Zeïneb Boughzou

Les scènes principales du festival Frontera 2014, avec une ambiance encore calme, à Santiago, Chili, 15/11/2014. Crédit photo : CrossWorlds/Zeïneb Boughzou

Arrivée sur les lieux. La première tête d’affiche qui m’est donnée de voir est Manuel Garcia, le chanteur de folk le plus populaire au Chili. Il mêle l’héritage de la Nueva Cancion Chilena, dont la plupart des membres durent s’exiler après le coup d’Etat, et des influences plus pop. Les fans sont au rendez-vous en fin d’après-midi pour profiter des ballades de l’artiste comme Tu Ventana, El Viejo Comunista ou Carcelero, tous des succès ici.

Mais le changement de style est radical avec Attaque 77, groupe de punk rock argentin adulé sur tout le continent. La foule reprend ses refrains en choeur. Fondé en 1987 à Buenos Aires et influencé par les Ramones et les Sex Pistols, ils connurent véritablement le succès à partir de 92 avec leur troisième album, pour s’ouvrir ensuite à d’autres styles tel que le rock alternatif. Le groupe continue à se produire et prépare actuellement un nouvel album. Et parmi les morceaux les plus populaires on peut citer Hacelo por mi (ci-dessous), Donde las aguilas se atreven ou Arrancacorazones.

20h00: l’heure du raggae jazzy argentin

La nuit tombe sur les Andes et le Club Hipico se remplit doucement. L’air se rafraichit à mesure que l’énergie monte.
Encore un changement de style avec une très belle découverte : le raggae jazzy de Dread Mar-I, chanteur argentin à la popularité croissante en Amérique Latine  réunit la foule sur la première scène, accompagné de son groupe de musiciens, les Guerreros del Rey.
Une performance musicale qui fait voyager vers d’autres horizons, une voix douce qui électrise le public : le tout accompagnant le spectacle du coucher du soleil, sous un ciel aux mille nuances rosées… Quelques extraits pour donner un aperçu de l’atmosphère en ce moment magique : Tu sin mi (Version live / Version studio), Mas alla de tus ojos (Version live / Version studio).

 21h00: l’électro colombienne

Direction la plus petite scène où se produisent en continu des formations émergentes. Les prochains à arriver sont les colombiens de Bomba Estereo.

Si le nom est à priori inconnu du grand public, les amateurs de FIFA reconnaitront leur titre phare Fuego qui a servi de bande son au jeu en 2010. Ce groupe bogotanais vaut le détour pour son mélange unique de cumbia et d’électro à écouter notamment avec le morceau Pajaros. Venus à Frontera interpréter les titres de leur dernier album, ils révèlent véritablement tout leur talent en live grâce à des morceaux rallongés, des arrangements inédits et une chanteuse à l’énergie contaminatrice – ici sur El alma y el cuerpo. Une performance impressionnante donc, dont la fin fut malheureusement quelque peu éclipsée à cause de la bonne demi-heure de retard prise au démarrage du set, et qui coïncidait du coup avec l’ultime performance.

22h00: la star ce soir, Calle 13

L’heure est arrivée. L’heure de celui pour qui la foule s’est déplacée en masse, la tête d’affiche principale du festival qui a – il faut bien l’avouer –fait un peu d’ombre au reste : Calle 13.

Si cette formation est encore méconnue en Europe, il s’agit d’un véritable phénomène ici. Groupe composé de trois membres d’une même fratrie, au style inclassable (entre rap-rock, fusion ou encore merengue et world music), il se revendique d’influences multiples et se veut reflet de la diversité musicale sud-américaine. Il est aussi connu pour ses paroles critiques face à la situation politico-sociale du continent ainsi que pour le profond engagement du chanteur, El Residente, farouche défenseur de l’identité latino-américaine.

La rumeur courait que leurs concerts étaient exceptionnels. Et, tel Saint Thomas, je le confirme l’ayant vu de mes yeux. Le groupe a livré une performance live en communion avec son public. 35 000 personnes vibrant ensemble. Surtout lors des chansons aux messages les plus forts, devenant des véritables manifestes : El Aguante, sorte d’inventaire non exhaustif de tout ce que les êtres humains de cette planèete –aguantar signifiant endurer (Version live / Version studio) ou Latinoamerica, déclaration vibrante à ce bout de terre vu sans ses frontières (Version live / Version studio), le tout entrecoupé de discours notamment rendant hommage aux 43 étudiants assassinés au Mexique.

Mais des moments de douceur aussi avec les ballades La Vuelta al Mundo ou Ojos color sol, chantée en duo avec Manuel Garcia pour le plus grand plaisir du public chilien comme en témoignaient les cris de joie et les exclamations de surprise lors de la venue du chanteur sur scène. Et nuage de poussière pour le rappel quand le public se met à sauter d’un seul mouvement sur Vamo’ a portarnos mal sur l’invitation du chanteur.

Abrazo entre le chanteur de Calle 13, El Residente et Manuel Garcia après leur duo. Photo publiée sur la page Facebook officielle du festival Frontera 2014.

Abrazo entre le chanteur de Calle 13, El Residente et Manuel Garcia après leur duo. Photo publiée sur la page Facebook officielle du festival Frontera 2014.

 

00h30. Santiago retrouve son calme. Frontera, c’est terminé. Mais à travers ces nombreuses découvertes musicales, toutes plus riches les unes que les autres, on en retiendra une idée. L’idée que malgré les différences, ce continent partage bel et bien quelque chose de commun, qui transcende les frontières. Aujourd’hui, c’était la musique. Demain, la monnaie ?

Camille R.