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Où en est la lutte contre les violences sexuelles dans les pays de nos correspondants ?

Aujourd’hui, c’est la journée internationale de la lutte contre les violences faites aux femmes. Hier, des milliers de personnes ont marché en France pour dénoncer les violences sexistes et sexuelles. Rassemblées par le mouvement #NousToutes, leur combat est universel. Aperçu au-delà de nos frontières des avancée en cours – ou pas – dans les pays de nos correspondants.
Mobilisation contre les violences faites aux femmes pour la journée de la femme à Beyrouth en 2014. © CrossWorlds / Nicolas Hrycaj.

Mobilisation contre les violences faites aux femmes pour la journée de la femme à Beyrouth en 2014. © CrossWorlds / Nicolas Hrycaj.

« Orange days » : notre sélection d’articles sur la lutte contre les violences faites aux femmes

Ce week-end, la Journée contre les violences faites aux femmes a lancé les « orange days » : 16 journées de campagne menées par l’ONU pour mettre fin à ces violences. Pour que le « non » aux violences faites aux femmes soit exprimable, audible et respecté.

A cette occasion, nous vous proposons une sélection d’articles rédigés ces dernières années par nos correspondants, qui éclairent la situation dans leurs pays d’accueil.

Le « non » de Judith Couvé

Notre correspondante au Panama, Judith Couvé, a exprimé en disant sa vision du "non". © CrossWorlds / Judith Couvé

Notre correspondante au Panama a dessiné sa vision du « non ». ©CrossWorlds / Judith Couvé

Etats-Unis

Lors d’un Regard Croisé sur l’aube dans 8 pays du monde, notre correspondante à Washington écrivait sur ces femmes qui s’organisent pour lutter contre le harcèlement de rue. Rencontre avec Lauren Taylor, fondatrice de l’association Defend yourself à l’occasion de cette journée internationale :

CINQ HEURES — Washington, quand la nuit inspire la peur

Corée du Sud

Des centaines de personnes se réunissent chaque mercredi devant l’ambassade japonaise de Séoul pour protester contre l’impunité de ce crime de guerre.

« Femmes de réconfort » : le passé d’esclavage sexuel dont le Japon a du mal à se débarrasser

Argentine

Malgré un statut pénal existant, la situation reste critique dans le pays où une femme est assassinée toutes les 32 heures. Retour sur cette situation alarmante à l’origine du mouvement #NiUnaMenos :

L’Argentine punit le « féminicide ». Et pourtant…

Irlande

Parmi le portrait de femmes, découvrez celui de Joan, l’oreille des femmes abusées.

Angleterre, Canada, Irlande… Ces femmes qui nous interpellent

Afrique du Sud

Un pays où 53 617 cas de viols ont ainsi recensés par la police en 2014-2015, sachant que seule une faible proportion des femmes porte plainte.

La banalité silencieuse des violences faites aux femmes en Afrique du Sud

PLAYLIST — Kirghizistan, Angleterre, Liban… Commencez 2017 en musique !

Le réveillon du 31 approche. Ne dansez plus sur les mêmes sons attendus. Pour vous, nos correspondants ont choisi une chanson populaire dans leur pays. Debout lecteurs : ça va bouger !

Argentine

Dans le flot de reggaeton qui inonde les ondes de radios argentines, les soirées, les boites, et à peu près tous les endroits où on entend de la musique, Atrás hay truenos se démarque, et ça fait du bien! Ce rock poétique et onirique donne envie de voyager et de s’évader. A écouter quand on a envie de se plonger dans un univers psychédélique et hors du temps.

Agathe Hervey, à Buenos Aires

Liban

On peut dire que cette chanson a fait le tour du Maghreb et du Moyen Orient, puisqu’elle a fait le buzz dès sa sortie en 2015 en atteignant 201 millions de vues sur YouTube en moins de six mois. Son titre لمعلم (lma3llem) signifie « le maître » « celui qui sait ». Le chanteur, Saad Lamjarred, est marocain. Il s’est fait connaître en 2007 lorsqu’il a atteint la finale de l’émission de compétition musicale libanaise « Superstar ». Depuis, ses chansons sont plébiscités dans toute la région. Néanmoins Saad Lamjarred a eu des démêlés avec la justice américaine de 2010 à 2016 car il était accusé de viol. L’affaire est classée en 2016, mais s’ensuit dans la foulée une accusation similaire, cette fois-ci en France. L’enquête est toujours en cours.

Camille Gerber, à Beyrouth

Irlande

La chanson que les Irlandais ont plébiscitée pour Noël cette année n’est pas une véritable chanson de Noël dans le sens où on ne parle pas de Santa, de neige et compagnie. Il s’agit d’un vieux morceau, remis au goût du jour grâce à la pub édition spéciale de Noël d’un opérateur télécoms  irlandais. Le choix d’une chanson irlandaise traditionnelle par les publicitaires et sa réception par le public rentre bien dans la politique linguistique de l’Irlande, dont le gaélique est la deuxième langue officielle. Le pays a dépensé plusieurs millions d’euros ces dernières années pour la promotion de cette langue traditionnelle.

Olga Lévesque, à Dublin 

États-Unis

Hello Luna c’est un groupe tout neuf de Columbus qui a à peine un an. Ils ont sorti deux chansons qui leur ont apporté immédiatement une petite réputation dans le milieu alternatif de Columbus. La chanteuse vient du folk et le bassiste du métal. Le tout est une power pop ciselée et couillu. Si je devais désigner un groupe émergent de Columbus à écouter ce serait celui-ci.

Adrien Lac, à Columbus

 

Angleterre

Heroes est une chanson de David Bowie, sortie en 1977. Fruit de la période où Bowie vivait à Berlin Ouest, cette chanson ne connait pas un grand succès à l’époque. Aujourd’hui, elle est devenue l’un des titres les plus connus de l’artiste au Royaume Uni et dans le monde. Cette année a été marquée par la disparition de cet artiste majeur de la scène glam rock qui naît dans les années 1970. Comme bien souvent avec les légendes, la disparition de Bowie en janvier dernier a valu à sa discographie un regain de popularité et a dressé l’artiste au rang d’icône du mouvement LGBT et de la pop culture en général.

Clara Hernanz, à Londres

 

Kirghizistan 

Cette chanson n’est pas kirghize mais elle enflamme la capitale du Kirghizistan. Elle nous vient d’Azis, la star de la pop bulgare. Cette chanson est adorée par la jeunesse kirghize qui peut danser dessus de jour comme de nuit. Malgré ce succès, Azis, qui est homosexuel et d’origine rom, n’est pas toujours accepté. Lors d’un cours à l’université américaine de Bishkek, un professeur nous montre le clip du morceau. Les élèves kirghizes connaissaient évidemment la chanson, mais ont affirmé n’avoir jamais vu la vidéo. Les étudiants se sont alors cachés les yeux, refusant d’en voir plus.

Clara Merienne, à Bishkek

Espagne

Ce titre nous vient directement du chanteur colombien José Álvaro Osorio Balvin alias J Balvin. En Espagne, ce titre occupe depuis plusieurs semaines la tête des classements selon l’organisation espagnole Promusicae. La chanson a été vendue plus de 40 000 fois, faisant décrocher à son chanteur un disque d’or et son vidéoclip visionné plus de 250 millions de fois sur Youtube. Néanmoins, pas besoin d’aller voir les classements pour savoir que ce titre bat son plein. Si vous sortez en boite en Espagne ou avec des Espagnols vous n’échapperez pas à son rythme entraînant. C’est certain.

Hortense Bertand, à Grenade

 

Afrique du Sud

Babes Wodumo a battu un record sud-africain avec cette vidéo qui a atteint, lors de sa première publication sur Youtube, plus de 2 millions de vues en seulement trois mois. A Johannesburg cette chanson est partout, tout le temps, un tube qui dure : dans les boîtes, dans les restaurants, dans les garages, dans les bars ou par les fenêtres ouvertes des voitures qui circulent !

Coline Pélissier, à Johannesburg

Il y a presque un an, les sondages argentins n’avaient pas prévu l’élection de l’actuel président

L’élection américaine a mis en évidence la faillite des sondages à prédire le prochain président des Etats-Unis. Cet effet de surprise, l’Argentine l’a connu plusieurs fois car en matière de politique, l’atypique y fait loi. L’actuel président de la République argentine est l’exemple d’homme politique argentin parvenu au pouvoir contre toute attente.

L’histoire du pays recèle d’anecdotes improbables, d’hommes et de femmes politiques arrivés au pouvoir par ce qui semble parfois être le plus grand des hasards ou par des chemins tortueux. Isabel Martinez de Perón, deuxième femme de Juan Domingo Perón, ancienne danseuse folklorique, devenue Première Dame puis présidente en 1974 à la mort de son mari, en est une illustration. Le gouvernement actuel n’est pas en reste en terme de personnalités atypiques, dont l’un des exemples pourrait être Sergio Bergman, rabbin conservateur devenu Ministre de l’environnement et du développement durable en 2015.

Le président qui a mis fin au règne kirchneriste

L’actuel président de la République argentine est l’exemple d’homme politique argentin parvenu au pouvoir contre toute attente. Les époux Kirchner avaient en effet été au pouvoir pendant douze ans, avec un mandat de Nestor Kirchner suivi de deux mandats de son épouse, Cristina. Ce mouvement politique, qui a vu le jour en 2003, se veut héritier du président Perón et de son idéologie fondée sur la conquête des droits sociaux et le refus du néo-libéralisme. Le péronisme est le fil conducteur de l’histoire politique argentine depuis 1945. Sur les trente-trois années de démocratie qu’a connu l’Argentine depuis la fin de la dictature militaire en 1983, vingt-cinq ont été sous l’égide de gouvernement péroniste.

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L’actuel président de la Nation Argentine, Mauricio Macri. Crédits photo : Presidencia Argentina

 

En 2015, Mauricio Macri change donc la donne après plus d’une décennie kirchneriste en gagnant les élections présidentielles contre Daniel Scioli, le candidat favori de la majorité.

Coup de théâtre : ce que les sondages n’avaient pas prévu

L’élection a été riche en suspens, puisqu’au premier tour, Macri était arrivé en seconde position avec 34% des suffrages, derrière Scioli qui en avait 37%. L’actuel président l’a finalement remporté contre le grand favori au second tour, avec 51,4% des voix. Cette victoire a énormément surpris l’opinion publique : et les médias et les grands instituts de sondages prévoyaient une large victoire de Scioli, candidat péroniste soutenu par Cristina Kirchner, selon le journal web El destape.

Scioli était en effet un candidat très solide, bénéficiant d’une expérience politique à l’échelle nationale puisqu’il a été vice-président de la Nation pendant le mandat de Néstor Kirchner de 2003 à 2007, et à ce titre il a également exercé la fonction de président du Sénat. En outre, Scioli était appuyé par Cristina Kirchner qui jouissait encore en 2015 d’une grande popularité: selon Juan Manuel Germano, directeur de l’institut de sondages Isonomia Consultores, la présidente sortante bénéficiait d’une image positive auprès de 50% de la population.

La surprise a été d’autant plus grande que les quatre chefs d’Etat non péronistes élus à travers les urnes depuis 1945 n’ont pas mené leur mandat à terme – deux d’entre eux ayant été renversés par des coups d’état militaires, et les deux autres renoncé durant leur mandat. Macri souffrait donc d’un manque de crédibilité dû à la faiblesse de l’opposition au péronisme antérieure à son élection et à l’échec des politiques non péronistes. Le péronisme se dressait comme un vainqueur évident, habitué à la victoire dès le premier tour lors des trois précédentes élections présidentielles. Macri a déjoué les pronostics une première fois en mettant en ballotage le favori, puis a donné le coup de grâce en remportant l’élection au second tour.

L’une des explications de cette victoire peut être que Scioli vient de l’aile droite du mouvement péroniste, à l’inverse du couple Kirchner, et fut très proche de Carlos Menem, l’ancien président de la République dont le mandat a abouti à la crise économique de 2001. Malgré le soutien de Cristina Kirchner, Scioli n’était donc pas garant de continuité, notamment en termes de politique sociale. On peut donc penser que l’électorat argentin a choisi, quitte à avoir un changement, de ne pas en avoir en demi teinte et de choisir un candidat réellement différent, Macri.

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Au Patio Olmos, à Cordoba, le 22 Novembre 2015, une affiche anti-kirchnériste lors de la victoire de Macri . On peut y lire « Corruption, mensonge, Orgueil. Merci Macri pour l’espèrance » ainsi que « enfin tu t’en vas » et « justice pour Nisman »/ Crédits photo : CrossWorlds/Marine Segura et Alicia Arsac

 

Macri a donc créé une grande rupture, renversant la dynastie créée érigée douze ans par les Kirchner. Il est assez ironique de rappeler que Nestor Kirchner avait lui-même été élu en 2003 alors qu’il était encore un illustre inconnu, gagnant avec 22% des votes après l’abandon de son adversaire, Menem, pourtant en tête à l’issue du premier tour, selon les résultats officiels. Avant de devenir une figure iconique de la politique argentine, Nestor Kirchner avait lui aussi été un outsider que personne n’avait vu venir. Les coups de théâtre ne sont donc pas rares sur la scène politique argentine.

Pour le meilleur ou pour le pire ?

Qui est donc Mauricio Macri, l’homme qui a réussi à s’imposer et à faire de son parti d’opposition le parti dirigeant ? Macri est tout d’abord un homme d’affaires venant d’une des plus riches familles argentines. Il fut notamment président du club de football Boca Juniors, véritable institution locale digne du PSG français. Il est nommé député national en 2005, année où il fonde son parti politique, Propuesta Republicana (Proposition Républicaine, souvent abrévié à PRO). En 2007, il devient Chef du gouvernement de Buenos Aires et l’une des principales figures politiques argentines. En 2015, il devient donc président de la République argentine en remportant l’élection au second tour. Son élection a ouvert une nouvelle ère de l’histoire argentine et une reconfiguration de l’horizon politique, respectant les promesses de sa campagne axée sur le changement. Une nouvelle période démarre également pour le péronisme qui doit retrouver sa place dans la politique du pays, désormais force d’opposition.

Les campagnes des deux candidats se sont intensifiées avec le ballotage. Ici, des militant pro-Macri sur l’une des places principales de Cordoba le 19 Novembre 2015. Crédits photo : CrossWorlds/Marine Segura et Alicia Arsac

 

Une arrivée au pouvoir inattendue, pour le meilleur ou pour le pire ? La première année de gouvernement de Macri s’est faite sous le signe des réformes : réduction de postes dans la fonction publique, réduction de subventions aux factures d’eau, électricité et gaz… Cette politique de rigueur budgétaire et d’austérité cause le mécontentement de nombreux Argentins, selon le Grupo de Opinion Publica, essentiellement issus des classes modestes.  En effet, bien que ces réformes aient été annoncées dans le programme électoral de Macri, leur application a causé l’insatisfaction et la colère des Argentins. L’exemple le plus parlant est peut-être celui de la hausse des factures, réalisée de façon très brutale avec des hausses de tarifs pouvant atteindre 700%.

Soutenu par les milieux économiques et les organismes internationaux, Macri a encore tout à faire pour susciter une adhésion globale. Au terme de sa première année, les résultats se font encore discrets dans un pays ruiné par l’ingérence économique des dernières décennies et le Président aura besoin de temps pour convaincre des bienfaits de sa politique. Conscient que le redressement économique ne peut se faire en un mandat de quatre ans, Macri s’est engagé dans une course contre la montre en vue de l’élection présidentielle de 2019.

Agathe Hervey (Buenos Aires, Argentine)

  • Retrouvez l’article sur l’élection de Mauricio Macri, dont sont issues nos photos, de nos précédentes correspondantes Alice Arsac et Marine Segura depuis Cordoba l’année dernière.

 

 

L’Argentine punit le « féminicide ». Et pourtant…

22 février 2016. Deux touristes argentines sont portées disparues le 22 février 2016 à Montañita, en Equateur, alors qu’elles voyageaient avec leur sac à dos. Leurs corps sont retrouvés dans des sacs poubelle et toute l’Argentine s’affole. Deux jeunes femmes de Buenos Aires, rencontrées en Bolivie, évoquent leurs familles très préoccupées et la nécessité de leur envoyer des nouvelles chaque jour pour les tranquilliser.

Deux mois plus tôt, le 15 décembre 2015, Ibar Bek, une Allemande de 50 ans, est assassinée par son mari Claudio Angel López dans le quartier de Belgrano, à Buenos Aires. C’est leur fils d’une dizaine d’années qui alerte les secours après avoir été témoin de l’agression de sa mère à l’arme blanche. Le meurtre est classé à la rubrique « violence de genre » dans le quotidien argentin La Nación.

Le point commun entre ces deux faits divers ? Tous deux ont secoué le pays et pourtant, ils ne sont pas des cas isolés. En effet, depuis 2008, une femme a été assassinée toutes les 32 heures en Argentine, et 277 féminicides ont eu lieu en 2014 dans le pays, selon l’association féministe nationale La Casa del Encuentro.

Crédits photo : Flickr/CC/Ana Lignelli

En Argentine, le code pénal reconnait comme « circonstance aggravante » les meurtres perpétrés contre les femmes parce qu’elles étaient des femmes, depuis 2012. Crédits photo : Flickr/CC/Ana Lignelli en Argentine.

 

« Circonstance aggravante » depuis 2012

Ces crimes, en Amérique Latine, ont la particularité d’avoir un nom qui accuse, qui désigne et caractérise de manière précise l’acte d’assassiner une femme en raison de son genre. On parle de femicidio, c’est-à-dire de féminicide, un néologisme au sens évident qui n’a pas de valeur juridique en France. 

Le féminicide, en Argentine, est devenu une circonstance aggravante en décembre 2012 suite à une réforme du code pénal. Dans le cadre d’un jugement pour meurtre, le crime est passible de prison à perpétuité.  C’est d’ailleurs la peine qui a été appliquée lors du premier jugement pour ce nouveau chef d’accusation en novembre 2014 : Luis Barbato a été condamné à la prison à vie pour l’assassinat de Graciela Tirador le 13 janvier 2013, victime qu’il avait séduite via un site de rencontre.

La mort de Graciela Tirador, qui s’ajoute à celle de bien d’autres femmes, a fait naître en Argentine et en Amérique latine de nombreux rassemblements dont sont issus des organisations comme Ni Una Menos, très active sur les réseaux sociaux, et qui se battent pour faire reconnaitre et condamner les violences de genre en Argentine.

Sur les pas de Susana Chavez

Ni Una Menos a d’abord été un marathon de lectures organisé en Argentine en mars 2015 après le meurtre de Daiana Garcia, asphyxiée par un petit ami dont son entourage ne connaissait pas l’existence et qui s’était donné la mort par la suite. Le mouvement est né pour dénoncer la situation alarmante vécue par les femmes dans le pays. Sa dépouille avait été retrouvée au moment de l’anniversaire des dix ans de la mort de Susana Chavez à Ciudad Juarez, au Mexique. Les manifestations ont été baptisées d’après un poème de cette dernière, poétesse mexicaine militante des droits de l’Homme dont le meurtre avait déjà soulevé d’importantes réactions dans toute l’Amérique latine.

Elle a été suivie d’une protestation le 3 juin 2015 au Chili, en Uruguay et en Argentine (qui a réuni 300 000 personnes à Buenos Aires). Le hashtag et la page Facebook de Ni Una Menos sont aujourd’hui encore actifs : ils permettent le signalement des disparitions des jeunes femmes de toute l’Argentine, proposent nombre de conférences et de mobilisations contre les violences de genre et publient régulièrement des bilans de la situation du pays.

66.000 féminicides dans le monde chaque année

Aujourd’hui, les féminicides représentent 66 000 décès chaque année dans le monde selon Small Arms Surveys, un projet de recherche indépendant suisse. Ces chiffres prennent en compte à la fois les femmes assassinées et les « femicidios vinculados », les personnes assassinées « par accident » par le meurtrier et les victimes dites « colatérales », les enfants des victimes notamment.

Ce terme permet de rendre compte d’une réalité particulièrement alarmante concernant les violences faites aux femmes, qui restent trop souvent impunies.  Lucia Riba, auteur féministe argentine, n’hésite pas à affirmer dans plusieurs de ses essais que ces violences sont permises par un système patriarcal, qui donne l’impunité aux hommes qui s’en rendent coupables. Selon la même auteure, ces violences permettent une démonstration de virilité, et entretiennent la domination des hommes sur la société en général tout en excluant ceux qui refusent d’y prendre part.

Un statut pénal difficilement reconnu par les jurys

La décision d’intégrer au langage juridique le terme féminicide est une preuve de la prise de conscience de la société civile, notamment des associations de lutte contre les violences de genre. Néanmoins, comme le confie Gonzalo, un jeune avocat qui a travaillé dans le domaine des abus sexuel pendant plusieurs années :

« Si le statut de féminicide a le mérite d’exister, il est extrêmement difficile de le faire reconnaître par un jury ».

En effet, le jeune homme insiste sur la difficulté de convaincre les jurés du caractère particulier du féminicide, d’ajouter cette qualification propre au crime : on a tué parce qu’il s’agissait d’une femme. 

Malgré les avancées juridiques argentines, le pays fait encore régulièrement face à de grandes vagues de mobilisations et de protestation et réclame justice pour toutes les femmes qui sont maltraitées, agressées et tuées chaque année. La dernière manifestation, à Cordoba a eu lieu le 25 novembre, le jour de la lutte contre la violence de genre. Hommes comme femmes se sont retrouvés entre musique et slogans féministes, pour marquer leur mobilisation contre les féminicides.

« Pire que la mort, l’humiliation qui la suit »

1er mars 2016. Le post d’une argentine, étudiante en communication, fait le tour du web. «Ayer me mataron » ou « Hier, ils m’ont tuée » en français, est un hommage aux deux touristes assassinées en Equateur.

« Mais pire que la mort, il y a eu l’humiliation qui l’a suivie.

Depuis le moment où ils ont retrouvé mon corps inerte, personne ne s’est demandé où était le fils de pute qui avait effacé mes rêves, mes espoirs, ma vie. 

Non, au lieu de cela, ils ont commencé à me poser des questions inutiles. A moi! Vous vous imaginez ? une morte qui ne peut pas parler, qui ne peut pas se défendre. 

Quels vêtements tu portais?

Pourquoi tu voyageais seule?

Comment une femme peut-elle voyager sans compagnie?

Tu as été dans un quartier dangereux alors qu’est-ce que tu espérais ? »

Ce texte, devenu viral, revient sur le sexisme ambiant et accuse la société de justifier les féminicides, de déplacer la culpabilité sur la victime et de faire ainsi d’un meurtre un crime de seconde zone, explicable et donc, en quelque sorte, moins condamnable.

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« Les orgasmes, comme la terre, appartiennent à ceux qui la travaillent. Film : Las mujeres chiquititas » et « je ne veux pas de ma chatte fermée. Macri = néfaste », le 25 novembre à Cordoba, crédit photo : CrossWords/Marine Segura

 

Dans le domaine des violences de genre, l’Argentine est loin d’être un modèle mais a le mérite d’essayer de faire bouger les lignes. En France, la reconnaissance des féminicides n’existe pas et pourrait être une prochaine étape permettant de diminuer le nombre de féminicides – 146 chaque année selon le Ministère de l’intérieur.

Alicia Arsac et Marine Segura

Dame un… peso

Mauricio Macri, leader du parti conservateur Cambiemos, a succédé à Cristina Kirchner le 10 décembre 2015 après les élections du 22 novembre. Les Argentins attendaient beaucoup de cette rupture avec les politiques péronistes de l’ancienne présidente. Retour sur les premières actions du gouvernement.

Mauricio Macri, actuel président argentin. Crédits photo : Flickr/CC/Gobierno de la Ciudad de Buenos Aires

Mauricio Macri, actuel président argentin. Crédits photo : Flickr/CC/Gobierno de la Ciudad de Buenos Aires

 

Dès les premiers jours de son mandat, Macri a commencé à tenir les promesses qu’il avait faites au peuple argentin. Que ce soit dans le domaine de la justice, de la politique ou des affaires internationales, le président agit sur tous les fronts : en effet, à peine 72h après sa prise de fonction, Macri avait déjà publié 29 décrets sous le titre « Protection des libertés de la presse et d’expression ». Mais une des mesures les plus attendues était celle relative à l’économie et au taux de change du peso, la monnaie argentine.

Le dollar « blue »

Depuis 2011, les Argentins connaissaient des restrictions de change qui visaient à éviter une fuite des devises. Ils ne pouvaient échanger qu’un montant restreint de pesos en dollars chaque mois. Le plafond pour ce change était déterminé au cas par cas, en fonction des raisons amenant une personne à demander des dollars (voyage/importations) entre autres limitations. Néanmoins, El Pais affirme que les Argentins pouvaient changer au maximum l’équivalent de 2 000 dollars par mois en 2011, alors que cette limite est désormais placée à 2 millions de dollars. 

  En effet, dans un pays où l’inflation bouleverse le quotidien des particuliers comme des entreprises, le dollar était une monnaie très prisée, en particulier pour l’épargne, contrairement au peso qui perdait rapidement de sa valeur depuis la crise de 2001.

Cette restriction des changes a limité les investissements en Argentine puisque les entreprises étrangères ne peuvent rapatrier leurs bénéfices qu’au compte-gouttes. Cette situation a conduit à l’émergence d’un marché noir extrêmement bien rodé et quasiment institutionnel puisque les Argentins, comme les étrangers, y ont systématiquement recours. Sur ce marché parallèle, on peut échanger en moyenne 1 dollar dit « blue » pour 14,50 pesos, contrairement au marché officiel où l’on obtenait 1 dollar pour environ 9,50 pesos.

La monnaie argentine : le peso. Crédits photo : Flickr/CC/Esteban Maringolo

La monnaie argentine : le peso. Crédits photo : Flickr/CC/Esteban Maringolo

 

Stabilisation depuis mi-décembre

Mauricio Macri avait donc pour objectif de « normaliser l’économie », ce qui a conduit à une dévaluation du peso, maintenu artificiellement haut pendant plusieurs années. Suite à cette mesure de fin ou plutôt de moindre restriction des changes, le dollar s’est stabilisé à 14 pesos depuis mi-décembre, soit une dévaluation de 30% de la monnaie argentine. Le dollar blue, taux du dollar au marché noir, semble réagir faiblement suite à cette dévaluation, puisqu’il se maintient légèrement au-dessus du nouveau taux officiel.

La presse argentine souligne les craintes des habitants quant à cette mesure. Certes, la restriction des changes était très impopulaire, cependant, beaucoup ont peur que l’inflation, conséquence de la dévaluation, affaiblisse le commerce et le niveau de vie en Argentine. D’autres considèrent que c’est un mal nécessaire pour rattraper les erreurs du Kirchnérisme.

L’économiste Nicolas Dujovne ajoute que l’inflation qui commence déjà à se faire sentir devrait baisser à partir d’avril, rapporte le journal local Infobae. En attendant, pour tenter d’éviter que l’inflation ne porte préjudice au niveau de vie des Argentins, Mauricio Macri doit rencontrer les syndicats en janvier pour discuter une augmentation des salaires.

Marine Segura et Alicia Arsac