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Des ruines dans Berlin

 Article de la première édition de Crossworlds (2013-2014 ).

En échos à mon article sur l’East Side Gallery, j’ai décidé d’en remettre une couche sur Berlin, et de vous aider à comprendre la logique d’une ville qui n’en a pas vraiment.

Berlin, c’est d’abord l’Histoire. On la ressent à tous les coins de rues, de par ses monuments, ses musées, et surtout son architecture incohérente, fruit d’une scission absurde entre deux idéologies, deux historicités : Berlin-Est aux accents soviétiques, entre fripes, avenues staliniennes, créateurs et clubs techno ; puis Berlin-Ouest, bohème et bourgeois (et non pas l’inverse).

Berlin, c’est surtout l’espace. Imaginez une ville 8,4 fois plus étendue que Paris, mais dont la population n’est qu’un 1,5 fois plus élevée. Plus de place pour moins d’habitants et faible densité. Couvrir la ville de pistes cyclables ? OK. Entretenir plus de 2500 parcs et espaces verts ? Pas de problème. Cela fait partie des habitudes berlinoises : une capitale au mode de vie provincial. Les attitudes s’en ressentent, moins de stress qu’à Paris, des vélos dans tous les sens, des flâneurs le long du Landwehrkanal. Chacun y trouve son rythme.

Enfin Berlin, c’est la récupération de cet espace. C’est le point le plus étrange pour le parisien que je suis. La relation au temps, à l’histoire, à la cohérence architecturale, à la réappropriation de l’espace est unique : les berlinois ont fait des stigmates de leur passé, des cicatrices de leur ville une véritable force et un facteur d’identité. L’intérêt de la ville ne réside plus dans la cohérence mais dans l’espace, dans le mouvement, dans le recyclage. J’avais parlé de l’East Side Gallery comme exorcisation du Mur de Berlin par les artistes, symbole de cette Ville Martyr détourné en appel à la paix et au dialogue : c’en est un exemple particulièrement éloquent. On peut également citer toutes ces usines, immeubles et centrales électriques métamorphosées en clubs (Berghain/Panorama Bar pour ne citer que lui), squats (ex-Tacheles) ou résidences étudiantes. L’espace n’est par essence pas immuable, et un lieu n’a pas vocation à être définitif.

Pour illustrer la chose, j’ai sélectionné quelques clichés de lieux illustrant cette logique d’urbanisme : les lieux abandonnés. Qu’ils soient complètement abandonnés, réappropriés par des artistes, squattés par des marginaux à la recherche d’espaces paisibles pour se défoncer, ou salis par maintes parties de paintballs alternatives ; ils sont l’âme de Berlin, et bien qu’interdits au public, leur visite est largement tolérée.

Voici donc l’ancienne ambassade d’Irak, abandonnée précipitamment en 1991 au cœur de la guerre du Golfe, restée déserte suite à un flou concernant les propriétaires du bâtiment.

ambassade d'Irak 1

ambassade d'Irak 2

ambassade d'Irak 3

ambasse d'Irak 4

 

Et le Säuglings-Kinderkrankenhaus de Weißensee, un hôpital pour enfants, abandonné depuis l’inauguration d’un nouvel hôpital plus moderne et central.

photo Hôpital enfants 1

photo Hôpital enfants 2

photo Hôpital enfants 3

photo Hôpital enfants 4

N.B.  Photos de Paloma Mayrargue, étudiante et exploratrice urbaine.

 

Rémi.