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Où en est la lutte contre les violences sexuelles dans les pays de nos correspondants ?

Aujourd’hui, c’est la journée internationale de la lutte contre les violences faites aux femmes. Hier, des milliers de personnes ont marché en France pour dénoncer les violences sexistes et sexuelles. Rassemblées par le mouvement #NousToutes, leur combat est universel. Aperçu au-delà de nos frontières des avancée en cours – ou pas – dans les pays de nos correspondants.
Mobilisation contre les violences faites aux femmes pour la journée de la femme à Beyrouth en 2014. © CrossWorlds / Nicolas Hrycaj.

Mobilisation contre les violences faites aux femmes pour la journée de la femme à Beyrouth en 2014. © CrossWorlds / Nicolas Hrycaj.

Angleterre, Canada, Irlande… Ces femmes qui nous interpellent

Pour la Journée internationale des droits des femmes, nos correspondants vous font rencontrer une femme de leur pays d’accueil. Molly, Joan, Arije, Judy… Des femmes de notre époque qui les ont interpelés ou inspirés.

Chili : Nicole, la voyageuse

Nicole m’invite à la rejoindre au réveil sur son petit balcon. Elle regarde inspirée le port de Valparaíso, ses yeux sont des miroirs à facettes et sa peau respire encore les Caraïbes. On la surnomme pajarito (petit oiseau) et cela fait deux semaines qu’elle est rentrée au nid. Du haut de ses vingt six ans, elle a parcouru pendant un an les terres d’Amérique latine, du Chili jusqu’au Mexique.

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Nicole, du thé et un balcon. Valparaíso © CrossWorlds / Cyndi Portella

 

Lorsqu’elle était enfant, Nicole regardait avec admiration les programmes télévisés où apparaissaient des journalistes aux quatre coins du monde. Elle se souvient que son cœur battait très fort : elle aussi rêvait de prendre la route. Pourtant, son premier grand voyage ne fut pas à la hauteur de son désir de petite fille. Il y a deux ans, elle est partie travailler trois mois en Californie aux côtés d’un ancien petit-ami.

Apparaissent les souvenirs, et un brin de mélancolie se dessine sur son visage : « Là-bas je me suis rendue compte de ma situation de dépendance, je n’arrivais pas à communiquer en anglais, ou seulement à travers lui, je me sentais en perte de confiance et dévalorisée ». Son retour au Chili n’efface pas le sentiment d’insécurité développé lors du voyage, il demeure la peur de ne pas être capable de s’adapter à de nouveaux environnements. Surgit alors la nécessité de repartir, seule cette fois. Elle se souvient précisément de la veille de son départ, les rues de Valparaíso, ses amis tristes et enjoués, son sac fait à la dernière minute, le petit-déjeuner avec sa mère et sa sœur. Une fois dans le train, une question la taraude : quand les reverra-t-elle ?

Nicole revient à sa sérénité naturelle et raconte l’itinéraire au cours duquel elle alterna entre volontariat et couchsurfing traversant le Pérou, l’Équateur, la Colombie, le Panama, le Nicaragua et le Mexique. Même si les pays et les rencontres s’additionnent, elle décrit avant tout ce voyage comme une évolution personnelle, un cheminement fait de longues introspections. Elle sent qu’elle a grandi, qu’elle s’est affirmée aussi.

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Nicole, pensées matinales. Valparaíso. © CrossWorlds / Cyndi Portella

 

“En tant que femmes, on nous limite beaucoup”

Nicole n’était pas seulement une voyageuse, elle était une femme qui voyageait seule. Un détail qui fait la différence. Le regard pensif sur sa tasse de thé, elle reconnaît avoir été confrontée à diverses réactions machistes pour le moins irritantes. Particulièrement en Colombie et en Amérique centrale, où elle dit s’être sentie objectifiée parfois. Sa manière de voyager en surprenait plus d’un et les mêmes interrogations revenaient en boucle : « tu es mariée ? » « Tu as des enfants ? » « Où est ton fiancé? » Elle laissait alors entendre qu’elle n’avait besoin de personne.

Voyager seule, pour Nicole, a été une voie pour gagner sa liberté. Pour se défaire de la peur inculquée depuis toute petite à travers les standards éducatifs, elle souligne comme une évidence: « en tant que femme, on nous limite beaucoup ». Puis, comme elle n’aime pas parler seulement d’elle, elle fait valoir l’empathie qui lui a permis d’accéder à une altérité inspirante : « Je croisais des femmes qui restaient enfermées chez elles, d’autres qui étaient porteuses de grands projets et cela me donnait la force pour continuer ma route. »

Cyndi Portella

 

Jordanie : Aïcha, le « quatrième frère de la famille »

 

Elle est de ces femmes qu’on ne croise pas souvent. Aïcha, 29 ans, œuvre à répandre l’amour dans la ville d’Amman. Tous les samedis soir, nous nous retrouvons au sein d’un cercle de femmes pour discuter de questions diverses : « qu’est-ce que le féminisme ? Qu’est-ce qu’être femme ? » Initiées suite à l’élection de Donald Trump par un groupe d’amies et inspirées par les Women Marches de janvier 2017, ces rencontres hebdomadaires offrent à chacune un espace de partage exclusivement féminin.

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Aïcha. Amman. © CrossWorlds / Camille Lévy

A travers sa campagne « Al Ataa Bi Hob » [donner avec amour], Aïcha apprend aux autres à faire du crochet. Il s’agit, selon elle, de « donner aux gens par amour, parce qu’ils font partie de notre famille, plutôt que de donner par pitié ».

D’origine soudanaise, Aicha est née et a grandi avec sa mère en Jordanie. Sa mère, dit-elle, est sa plus grande source d’inspiration. Elle lui a appris à être forte, indépendante. « A marcher dans la vie avec plus de pouvoir ». Être une fille en Jordanie, poursuit-elle, c’est être façonnée par les normes et les traditions des gens qui nous entourent. C’est obéir à la culture de l’interdit, de l’immoral, dictée en particulier par les normes religieuses de l’islam. La pression sociale, la peur du « qu’en dira-t-on », imposent aux filles, puis aux femmes, des règles genrées auxquelles Aïcha tente d’échapper.

A partir de 15 ans, il n’est plus question pour une fille de faire du vélo dans la rue. Il faut couvrir son corps, rentrer de bonne heure, rester discrète. Difficile alors de jouer, comme avant, avec les garçons du quartier. Difficile aussi, en grandissant, d’être une femme « très active, efficace » : la société jordanienne, semble-t-il, rechigne encore à l’émancipation des femmes.

« Je pense que si j’étais un jeune homme dans cette ville, ma vie serait plus facile », conclut-elle.

En Jordanie, une loi permet au violeur d’épouser sa victime. C’est la cause qui, en termes de droit des femmes, lui tient le plus à cœur. Aïcha évoque également le harcèlement de rue, au travail et partout ailleurs. Sifflements, klaxons, regards pénibles et paroles vulgaires : c’est le quotidien d’une femme à Amman. Des sanctions plus sévères, dit-elle, sont nécessaires. En mai dernier, une manifestation invitait le gouvernement à criminaliser le harcèlement de rue – affaire à suivre.

La femme est forte, dit-elle, mais l’ « on prend de ses forces et de ses énergies pour prouver sa propre existence, pour défendre son propre espace ». Aïcha voit en chaque femme « le soleil, l’arbre, la puissance de la terre et de la nature ». En chacun.e d’entre nous, m’explique-t-elle, cohabitent une part masculine et féminine de notre personne.

Aïcha, enfin, refuse l’étiquette de « féministe » : elle résiste en étant elle-même. En suivant simplement ses désirs et ambitions, elle se bat, chaque jour, pour briser les règles, renverser les normes et marcher vers l’égalité.

Camille Lévy

Chine : Xing Qian, la mère

 

La foule se presse dans le parc de People’s square pour le marché des célibataires. Le nom pourrait prêter à sourire, pourtant l’événement est on ne peut plus sérieux.

Je vais m’asseoir quelques instants sur un banc en retrait et c’est alors que Xing Qian (姓钱) se décide à m’accoster, attirée par la vue d’un visage d’expatrié.

Assise face à son mari, elle discute de vive voix avec d’autres parents autour d’elle, mais ne se mêle pas à cette horde de parapluies où sont entreposées les fiches symboliques, façon profil Tinder sur papier, détaillant les mérites des célibataires que ces parents déterminés viennent marier, sans leur accord ni leur présence.

Xing Qian rebondit rapidement quand elle m’entend parler français : sa fille aussi parle français. Le ton est donné, la mère est déterminée à trouver un partenaire de vie pour sa jeune fille de 21 ans. Les mots à son encontre sont durs : « Ma fille n’a ni tempérament, ni ami. Elle a besoin de moi pour s’en sortir » .

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Xing Xian, Shanghai. © CrossWorlds / Nadim Ben Lallahom

 

Xing Qian exprime avec une assurance inébranlable les multiples défauts de sa fille, symbolisant à chaque mot prononcé toute la pression exercée par ces parents qui, en Chine, ne peuvent accepter le célibat de ses enfants. Une phrase est sans cesse répétée,  comme un couperet qui s’abat dans un tempo régulier : « Elle n’a aucune assurance, aucune confiance » . Et moi de naïvement souligner l’importance du soutien familial dans la construction de notre identité. Pourtant, Xing Qian dissémine ça et là des bribes de vie de sa fille, et dresse le portrait d’une personne bosseuse : elle s’envolera en fin de semaine pour le Canada pour poursuivre ses études. Mais pour la mère, le statut de célibataire endurcie de sa fille est une honte qu’elle ne peut plus accepter. Ce célibat révèle pour elle un signe d’immaturité et une inadaptation à la vie en société. Dans la société traditionnelle chinoise, le mariage est une affaire sérieuse, une transaction de personnes. S’en explique ce marché peu commun. Là où les fiches de célibataires vantent les attributs des jeunes gens et formulent les conditions nécessaires au candidat, Xing Qian ne s’en accommode pas et semble résignée face au « cas » de sa fille, volontairement à l’écart de cette agitation commerciale.

Elle répétera néanmoins à maintes prises qu’elle peut appeler sa fille pour me rencontrer. Tout comme elle soulignera avec une malice certaine être surnommée « Qian », argent en chinois. Une façon peu subtile de rappeler l’importance de la dot et le poids financier du mari : un verrou de plus qui contribue à la pression sociale autour du mariage.

Nadim Ben Lallahom

Angleterre : Molly, féministe « plus âgée »

 

Elles sont quatre aujourd’hui : Vivienne, Josefa, Irena, Molly. Moyenne d’âge : 72 ans. Hissant leurs drapeaux du Older Feminist Network (Réseau de féministes plus âgées), ce groupe de femmes s’est réuni samedi dernier dans le centre de Londres pour manifester contre les coupes budgétaires prévues pour le système de santé public britannique (NHS).

Manifestation du " Réseau des féministes plus âgées" à Londres samedi 5 mars 2017. © Crédits photo : CrossWorlds / Lucile Pannetier.

Manifestation du Réseau des féministes plus âgées à Londres, samedi 5 mars 2017. © Crédits photo : CrossWorlds / Lucile Pannetier

 

Depuis 1983, ces Londoniennes se retrouvent le deuxième samedi de chaque mois autour d’une cup of tea pour papoter, organiser des actions, comme des sorties et des manifestations. Selon elles, le mouvement pour la libération de la femme des années 80 n’accordait pas d’attention ou de valeur suffisante aux expériences et besoins des femmes plus âgées. Molly, une dame au regard doux et au sourire facile m’explique : « Aujourd’hui, les femmes qui travaillent se battent pour leurs droits sur leur lieu de travail… mais nous, nous sommes retraitées, nous avons d’autres besoins. »  En tant que féministes âgées, elles se battent contre les stéréotypes négatifs autour de l’âge et du genre, la fragilité et l’incapacité par exemple.

Molly, membre du Réseau des Féministes plus âgées de Londres. © CrossWorlds / Lucile Pannetier

Molly, membre du Réseau des féministes plus âgées de Londres. © CrossWorlds / Lucile Pannetier



Malgré ces réalités différentes, elles se reconnaissent dans les combats des femmes de tout âge. En ce moment, elles lancent une campagne contre la mutilation génitale féminine. Le mois dernier, elles étaient à la Women’s March et ce week-end, elles participeront à la Million Women Rise march, une manifestation contre la violence faite aux femmes. En attendant, j’essaie de garder le rythme de leur marche en direction du Parlement. Alors qu’on piétine, Molly m’avoue : « J’ai entendu dire qu’il y avait plusieurs ‘vagues’ de féminisme, je ne sais pas ce qu’elles sont… Malgré les différences, je pense que les femmes font face à des problèmes similaires ». Le lien entre jeunes et féministes âgées est au cœur de leur projet : le désir commun de défendre leurs droits.

Clara Hernanz

Irlande : Joan, l’oreille des femmes abusées

 

En Irlande, plus de 300 000 personnes auraient été sévèrement abusées par un partenaire à un moment de leur vie, dont 213 000 femmes. Un chiffre communiqué lors de la campagne de sensibilisation « What would you do?«  (« Que feriez-vous ? ») et auquel Joan se confronte chaque jour.

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Joan, employée au Centre de Ressources pour Femmes de Tralee devant le mur aux citations. Derrière elle, on peut lire : « Vous n’êtes pas responsables si vous êtes à terre, mais c’est votre responsabilité de vous relever ». © CrossWorlds / Olga Lévesque

 

Au Centre de Ressources pour Femmes de Tralee, on accueille les femmes victimes d’abus, physiques ou psychologiques, ou de violences dans leur couple. C’est ici que j’ai pour la première fois rencontré Joan. Elle me reçoit dans une salle où les murs sont tapissés de phrases encourageantes et valorisantes. Avec une voix basse, un débit calme, elle pèse ses mots avant de répondre.

Le centre a été fondé il y a 35 ans. Joan en a pris connaissance quand elle était elle-même victime de violences conjugales. Après s’en être sortie, elle a décidé de s’engager. Elle travaille comme employée au centre depuis 19 ans. “C’est un travail incroyable et épanouissant”, dit-elle avec un sourire penseur aux lèvres. Elle reçoit des femmes dans le besoin cinq jours par semaine, de neuf heures à dix-sept heures, pour une conversation profonde ou simplement pour prendre le thé.

Elle anime actuellement un cours pour les femmes victimes de violences conjugales. Pendant trois mois, 14 femmes se regroupent deux fois par semaine pour parler des abus qu’elles subissent. Joan leur montre les chemins qui s’offrent à elles : quitter un compagnon abusif, rester tout en se protégeant, résister… Mais sans leur donner d’impératif.

« J’essaie de leur montrer qu’elles ont le choix. Mais jamais je ne leur dirai qu’elles doivent quitter leur partenaire. »

Afin que ces femmes aient toutes les cartes en main pour prendre la décision qui leur conviendra, le centre travaille en collaboration avec des psychologues professionnels mais aussi d’autres organismes qui sauront les aider à trouver des solutions de logement et à gérer leurs finances.

Chaque femme qui prend contact avec le centre a une situation qui lui est propre. Les origines sociales sont diverses, il n’y a pas de norme lorsque l’on fait face à des situations d’abus. Joan les écoute et surtout, elle les « croit » . C’est, selon elle, la condition sine qua non pour établir une relation avec celles qui viennent la voir.

Le second cours que Joan anime se concentre sur l’estime de soi. Elle raconte que les femmes abusées par leur entourage ne se reconnaissent pas à leur juste valeur. S’estimer et appréhender son pouvoir est d’ailleurs le sujet d’une discussion organisée par le centre et qui aura lieu le 8 mars pour la Journée internationale des droits des femmes. Pour Joan, cette journée est une véritable célébration.

Joan n’aime pas parler d’elle-même, mais elle rayonne quand elle évoque ces femmes qu’elle aide. Certaines ne viennent au centre qu’une fois, d’autres sont là depuis deux ans, voire même dix. La discrétion et la confidentialité sont de mise. On ne détaillera pas ici les bribes de conversations entendues dans les couloirs du centre. On sait en revanche que Joan sera là demain pour les recueillir.

Olga Lévesque

Canada francophone : Arije, l’ado rebelle devenue adulte assumée

 

Arije Mahmoud, 31 ans, cinq pieds, peau tannée, casquette insolente sur cheveux frisés. Adossée contre un bureau de travail encombré, où s’alignent scotch, tissu et crayons de couleur éparpillés ; avec lesquels elle réalise des décors pour émissions de télé. En face, un buste de mannequin vêtu de sequins qu’Arije s’amuse souvent à habiller.

Arije Mahmoud, Québecoise ayant rencontré nos correspondants pour la Journée internationale des droits des femmes. © CrossWorlds / Clément Foutrel

Arije Mahmoud, Québecoise ayant rencontré nos correspondants pour la Journée internationale des droits des femmes. © CrossWorlds / Clément Foutrel

 

Arije, syrienne de nom et de racines, mais au fond surtout québécoise. Ses parents ont coupé toute attache avec la Syrie, même si des bribes de tradition tentent de subsister au sein du foyer.

« Si j’avais écouté mes parents, je serais restée vierge jusqu’à l’âge de vingt-six ans », commente-t-elle en riant.

Mais Arije a détruit un à un les rêves de stabilité. A quatorze ans, lorsque son père découvre qu’elle a un copain, les liens semblent brisés – ils ne s’adressent plus la parole cinq ans durant.

« Mes parents voulaient que je me marie et que j’aie des enfants. Je ne me suis pas mariée. Des enfants, j’en veux pas, un job stable, j’en veux pas, une maison, le rêve américain que ma mère souhaitait pour moi… Il n’y a rien de tout ça.  Elle voulait que je sois chirurgien : je suis artiste. Il n’y a rien qui a fonctionné », lâche-t-elle avec un rire amusé.

Après de longues années, ses parents se sont adaptés. L’adolescente rebelle s’est transformée en adulte au mode de vie assumé. Seule sa mère, de temps à autres, lâche un mélancolique : « Oh Arije, tu n’aimerais pas me faire des petits-enfants…? ».  Les rêves bien rangés ne viennent pas que d’Orient.  « La seule pression sociale que j’ai récemment ressentie est venue de la famille de mes ex-petits amis québécois », raconte Arije. Des familles traditionnelles catholiques, attendant des petits-enfants qui ne venaient pas.

Pour les Canadiennes, les préjugés sociaux s’arrêtent rarement au cadre familial. Technicienne sur un plateau de tournage, Arije a souvent l’impression d’être ignorée.

« Est-ce que c’est parce que je suis une femme, ou est-ce à cause de ma position hiérarchique ? », se demande-t-elle, elle qui travaille comme assistante décoratrice.

« On pourrait trouver une liste de raisons : parce que j’ai des piercings, parce que je suis arabe, parce que je suis une fille … », lance la jeune femme en riant. Elle pense donc que les femmes doivent agir pour les minorités ethniques et culturelles, même si elle trouve parfois « que c’est une drôle de chose de rassembler tous ces combats sous le terme de féminisme ».

Lorsqu’on lui demande ce qu’est le droit des femmes, Arije répond simplement : « C’est le droit de chaque individu, c’est le droit tout court. C’est le droit de tout le monde ». Mais un peu plus tard, elle ajoute : « Dire que les femmes ont les mêmes droits, ça n’enlève pas les inégalités. Donc peut-être que j’aimerais dire que les femmes ont droit à plus. Plus de respect, plus de place dans l’espace public. Mais c’est touchy [délicat], hein ? ».

Rime Abdallah (texte) et Clément Foutrel (photo)

Canada anglophone : Judy, l’entrepreneuse (en anglais)

Judy Machado-Duque, creator of Life Purpose Playbook, an interactive daily planner meant to help people beat procrastination and encourage entrepreneurship.

Judy Machado-Duque, habitante de Toronto. © CrossWorlds / Tara Mirkovic

Judy Machado-Duque, habitante de Toronto. © CrossWorlds / Tara Mirkovic

 

On the balance between male and female energies in society: “Society has always been very much male centric. When you think about the possibility of adding more inherently feminine traits such as nourishment, supporting, community and kindness to humankind and the business world, and empower more women so that there are more of those natural traits that come with us in everything we do, just imagine what the world could look like. If more women are empowered in business especially and bring those traits to the forefront, I believe that the world’s going to be completely transformed. It’s already changing; we are rising, the feminine energy is rising, and it’s going to create a beautiful balance in society.”

On women’s rights: “Neither governments nor religion are quite there yet, and I believe business or society in general are not at a place where equality has been achieved. Rather than coming at it from an aggressive point, I think women’s groups and companies that are really focusing on helping women to discover their voice and their passion are doing a better job at promoting equality. I’m excited about what I see but there’s also a lot of work to be done for sure.”

Tara Mirkovic

 

Cuba, Canada’s protégée

It is with deep sorrow that I learned today of the death of Cuba’s longest serving President. Fidel Castro was a larger than life leader who served his people for almost half a century.

A legendary revolutionary and orator, Mr. Castro made significant improvements to the education and healthcare of his island nation. While a controversial figure, both Mr. Castro’s supporters and detractors recognized his tremendous dedication and love for the Cuban people who had a deep and lasting affection for ‘El Comandante’.

On behalf of all Canadians, Sophie and I offer our deepest condolences to the family, friends and many, many supporters of Mr. Castro. We join the people of Cuba today in mourning the loss of this remarkable leader.

Justin Trudeau lors de son discours devant le think tank Canada 2020 en 2016. Crédits photo : Flick (cc)

Justin Trudeau lors de son discours devant le think tank ‘Canada 2020’ en 2016. Crédits photo : Flickr (cc)

 

Although the death of Fidel Castro last month has triggered vivid reactions worldwide, none of them have sparked quite so much controversy and criticism as Canadian Prime Minister Justin Trudeau’s statement praising the late Cuban leader. Journalists and political figures alike, both in Canada and abroad, have had a tremendous time slamming Justin Trudeau, pointing out his blatant disregard of the communist leader’s violation of human rights and disrespect of democracy. They found his speech to be an awkwardly heartfelt message to a man who monopolized the presidency for 47 years, ruthlessly restricted freedom of speech and executed many whose views did not fit his own.

Republican Senator Marco Rubio, the son of Cuban immigrants to the US and openly against the US rapprochement with Cuba, tweeted that the statement was “shameful and embarrassing”, while others, such as Jonathan Kay, Canadian journalist and editor-in-chief of The Walrus, accused Trudeau’s speech of showing “naïve campus leftism”.

However, Justin Trudeau and his team mustn’t have been oblivious to the turmoil such a statement could cause. The statement might indeed stem from the more than cordial diplomatic relations between Canada and Cuba, and the friendship between the Canadian Prime Minister Pierre Trudeau, Justin’s father, and his counterpart, Fidel Castro.

 

A diplomatic and personal history

Canada first established diplomatic relations with Cuba in 1945. It was the first country in the Caribbean selected by Canada to locate a diplomatic mission. Along with Mexico, Canada was the only country in the world to maintain uninterrupted relations with Cuba following the 1959 Revolution.

The diplomatic ties were strengthened in the 1970s after Prime Minister Pierre Trudeau, following the normalization of relations with China, paid a historic visit to the Cuban leader in 1976. This enthusiasm was however not shared with the Canadian public opinion at the time, and Pierre Trudeau was harshly criticized for his move.

I know my father was very proud to call him a friend and I had the opportunity to meet Fidel when my father passed away. It was also a real honour to meet his three sons and his brother President Raúl Castro during my recent visit to Cuba,” the current Prime Minister Justin Trudeau said in his speech after Fidel Castro’s death.

Justin Trudeau’s message is seen by many as warm farewell to a late family friend. After 1976, Pierre Trudeau and Fidel Castro developed a close personal relationship, and despite important ideological differences and disagreements, particularly regarding Cuba’s involvement in Angola, had great respect for one another. Fidel Castro became one of Pierre Trudeau’s closest friends, and was even a pallbearer at his funeral in 2000. Is it then sentimentalism from the Trudeau family’s past that slipped  into last week’s press release?

 

A special diplomatic relationship

Cuba is today the third most popular destination for Canadians. Cuba and Canada share a relationship built on collaboration in a wide range of sectors including government, business, NGOs and the civil society as a whole. Areas of collaboration include climate change, gender equality, regional safety and security, and commercial and economic relations.

On the website of the Canadian embassy in Cuba, several such initiatives developed and/or supported by Canada are outlined. These range from a food security programme soon to be implemented by the UN Development Program, to the construction of an International Development Research Centre (IDRC) aiming to multiply research partnerships between the two countries in various areas such as climate change, agriculture and economic growth.

 

Canada, Cuba and the USA, an explosive cocktail?

When Russian nuclear missiles were discovered in Cuba in 1962, the then Prime Minister John Diefenbaker resisted John F. Kennedy’s urge to put the Canadian military on high alert, creating unease in Washington.

Relations between the US and Canada were already strained at the time. Diefenbaker lamented the growing influence of the US in Canada and the dissolving links with Britain following the plan for joint continental air defence (NORAD) signed in 1958 and the Canada-US Defence Production Sharing Program, agreed upon the year after. What is more, the two leaders were not extremely fond of each other, and when Canada refused nuclear arms for Canada, Diefenbaker was outright accused by of not carrying out commitments. By 1967, Canadians had become increasingly hostile to US foreign policy, especially in Southeast Asia. Nationalistic initiatives demanded that American cultural influence in Canada be significantly reduced.

Tensions went on under Ronald Reagan and Pierre Trudeau, whose views on international affairs diverged significantly. However, the election of Conservatives in 1984 marked a reconciliation with the US, and by 1995 trade had grown exponentially between the two countries. Although the disagreements on foreign policy during the Cold War did not eventually lead to a full blown confrontation, Canada’s stance showed the US that it would not blindly back up its Southern neighbour nor undergo political integration.

Will the recent US election have an effect on the Canada-Cuba relationship? On November 15, during his stay in La Havana, Justin Trudeau clearly stated, “election results in the United States won’t change the strong relationship that is a friendship and a partnership between Canada and Cuba.” This was probably an answer to Donald  Trump’s statement that: “If Cuba is unwilling to make a better deal for the Cuban people, the Cuban/American people and the U.S. as a whole, I will terminate deal.”. Cuba might yet again play a central role in the US-Canada relationship.

 

Is all this fuss really necessary?

Justin Trudeau did not express regret for the tone of his statement. But when publicly asked whether Fidel Castro had been a dictator a few days later, after a brief silence, he simply replied: “Yes”. Taking a more careful stance so as to avoid further criticism, he decided to skip Castro’s funeral. Did his statementdeserve so much attention? So much indeed, that a hashtag #TrudeauEulogies appeared on Twitter, with people making eulogies of criminals in Trudeau’s style.

Such interest in what the Canadian Prime Minister has to say might mean Canada is now worthy of attention on the international stage. But it is also, in a way, a display of hypocrisy from other western nations. Last year, the passing of King Abdullah bin Abdulaziz of Saudi Arabia, leader of another authoritarian regime, was not greeted with such relief as Castro’s death. UN Secretary-General Ban Ki-Moon, after expressing his condolences to his family and the government of Saudi Arabia, said “King Abdullah made major contributions to the development of the Kingdom. Under his leadership over many decades in different high-level positions in Government, the Kingdom of Saudi Arabia achieved remarkable progress and prosperity for its people.” Many others, including Obama and David Cameron, publicly paid tribute to the late Saudi King. Abdullah’s family, known as the House of Saud, has been on the throne since 1932, elections even at the municipal level being extremely rare, and corruption high. Of course, Cuba is nearly not as of strategic and economic value as Saudi Arabia, so why would anyone need to hold their tongues?

The Prime Minister of one of the most peaceful and tolerant countries in the world could indeed have chosen his words more carefully when mourning the loss of the Cuban leader. But the criticism, coming in large part from the Canadian Conservative party and the Republican party in the US, seems more targeted towards the liberal government than towards the lack of acknowledgement of the violation of human rights in Trudeau’s statement.

Tara Mirković.

La West Coast canadienne fête le Nouvel An chinois

Le dimanche est le jour de la parade. Et ce ne sont pas les festivités du Nouvel An chinois qui dérogeront à la règle. Sur la West Coast américaine, on célèbre l’entrée dans l’année de la Chèvre (ou du Mouton ou du Bélier, on saisit l’idée).

Vancouver, métropole canadienne qui rassemble la deuxième plus grande communauté chinoise d’Amérique du Nord, la parade a attiré près de 100 000 personnes dans les rues du Chinatown historique (à l’est de la ville, autour de Main Street). Pas moins de 80 groupes différents ont défilé au son de musiques traditionnelles.

 

Les rues grouillent pour le Nouvel An chinois à Vancouver, au Canada, le dimanche 22 février 2015. Crédits photo : CrossWorlds/Hadrien Bouvier

Les rues grouillent pour le Nouvel An chinois à Vancouver, au Canada, le dimanche 22 février 2015. Crédits photo : CrossWorlds/Hadrien Bouvier

 

La parade du Nouvel An chinois à Vancouver, le dimanche 22 février 2014. Crédits photo : CrossWorlds/Hadrien Bouvier

La parade du Nouvel An chinois à Vancouver, le dimanche 22 février 2015. Crédits photo : CrossWorlds/Hadrien Bouvier

 

Sont présents danseurs et boy-scouts mais aussi des dragons en papier ou des musiciens en tout genre, beaucoup ayant revêtu leur plus beau kimono ou parfois fait le choix de cornes plus ou moins crédibles pour évoquer la chèvre (ou le bélier).

La parade du Nouvel An chinois à Vancouver, le dimanche 22 février 2014. Crédits photo : CrossWorlds/Hadrien Bouvier

La parade du Nouvel An chinois à Vancouver, le dimanche 22 février 2015. Crédits photo : CrossWorlds/Hadrien Bouvier

La parade du Nouvel An chinois à Vancouver, le dimanche 22 février 2014. Crédits photo : CrossWorlds/Hadrien Bouvier

La parade du Nouvel An chinois à Vancouver, le dimanche 22 février 2015. Crédits photo : CrossWorlds/Hadrien Bouvier

 

Cornes qui sont d’ailleurs trompeuses car l’année de la Chèvre est supposément celle de l’harmonie et de la paix. D’ailleurs, comme on nous l’a expliqué, « ce défilé est de plus en plus multiculturel », en témoigne la présence de paradeurs plutôt incongrus voire carrément improbables à l’image d’une école de karaté, d’une reine d’Angleterre asiatique ou des bikers sikhs.

Des paradeurs inattendus lors du Nouvel An chinois 2015 à Vancouver, comme cette école de karaté, art martial japonais. Crédits photo : CrossWorlds/Hadrien Bouvier

Des paradeurs inattendus lors du Nouvel An chinois 2015 à Vancouver, comme cette école de karaté, art martial japonais. Crédits photo : CrossWorlds/Hadrien Bouvier

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Un sikh pour le Nouvel An chinois dans les rues de Vancouver au Canada. 22 février 2015. Crédits photo : Crossworlds/Hadrien Bouvier

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Une reine d’Angleterre chinoise pour le Nouvel An chinois dans les rues de Vancouver au Canada, le 22 février 2015. Crédits photo : Crossworlds/Hadrien Bouvier

 

Plus on recule dans la parade et plus on se demande ce que ces gens ont à voir avec le Nouvel an chinois. Le dernier groupe se contente d’ailleurs de déambuler avec des drapeaux chinois et canadien dans chaque main.

Des groupes plus ou moins liés à la communauté chinoise défilent lors de la parade du Nouvel An chinois à Vancouver, le dimanche 22 février 2014. Crédits photo : CrossWorlds/Hadrien Bouvier

Des groupes plus ou moins liés à la communauté chinoise défilent lors de la parade du Nouvel An chinois à Vancouver, le dimanche 22 février 2014. Crédits photo : CrossWorlds/Hadrien Bouvier

 

Crédits photo : Crossworlds/Hadrien Bouvier

Vancouver se situe sur la côte ouest canadienne, réputée pour sa « cool attitude ». Lors du Nouvel An chinois, des personnes défilent pour célébrer cet art de vivre côtier. Crédits photo : Crossworlds/Hadrien Bouvier

 

Cette parade est en fait un joyeux pèle mêle de traditions et de nouveauté, de solennel et de plus léger, l’ambiance y est très bonne enfant. On allume quelques pétards et un dragon vient bénir les magasins du quartier sous les hourras de la foule.

On entre dans l'année de la Chèvre à Vancouver (Canada) aussi ! 22 février 2015. Crédits photo : CrossWorlds/Hadrien Bouvier

On entre dans l’année de la Chèvre à Vancouver (Canada) aussi ! 22 février 2015. Crédits photo : CrossWorlds/Hadrien Bouvier

 

Bonne année de la chèvre – enfin du bouc – à nos lecteurs, synonyme de paix et de prospérité !

Hadrien Bouvier

Première guerre mondiale : les Canadiens s’en souviennent aussi

Article de la première édition de Crossworlds (2013-2014 ). English version below.

Parade du 11 novembre 2013, sur la place de la Victoire à Vancouver. Crédits photo - Clara.

Parade du 11 novembre 2013, sur la place de la Victoire à Vancouver. Crédits photo : CrossWorlds/Clara Wright.

 

11 Novembre 2013, jour du Remembrance Day. A Vancouver, il y a foule place de la Victoire : aujourd’hui, on honore les soldats ayant participé au premier conflit mondial, mais pas seulement. Le 11 novembre est aussi l’occasion de se souvenir de toutes les guerres pour lesquelles le Canada s’est sacrifié. Cette année, il se trouve que le Remembrance Day célèbre aussi le 60ème anniversaire de la fin de la guerre de Corée – le Canada y perdit 516 hommes.

Le public est important et d'origines variées pour le Remembrance Day à Vancouver. Crédits photo - Clara

Le public est important et d’origines variées pour le Remembrance Day à Vancouver. Crédits photo – Clara

 

Mais revenons à la première guerre mondiale et à ce constat étonnant : en 1914, en tant que membre du Commonwealth, les Canadiens ont, eux aussi, pris les armes aux côtés de l’Entente. Leur engouement est connu – du moins, dans les livres scolaires canadiens. A la fin de l’année 1914, le but était de rassembler 50 000 soldats dans le Corps Expéditionnaire ; dès l’été 1915, ils étaient le triple grâce aux nombreux volontaires. En 1915, le Premier Ministre demanda un effort de guerre s’élevant à 50 millions de dollars et reçut le double. Mais cet enthousiasme s’estompa avec les années. En 1916, lorsque le Premier Ministre promit à l’Angleterre d’envoyer 500 000 soldats, soit le seizième de la population totale du pays, il dut revenir sur sa promesse et seulement 330 000 hommes partirent. En 1918, le Canada opta pour la conscription obligatoire.

Résultat : 56 683 soldats moururent selon les statistiques gouvernementales, plus de 60 000 selon le site de l’encyclopédie canadienne. Si l’on s’en tient aux chiffres du gouvernement, le Canada perdit 0,7% de sa population durant les combats. Et une petite comparaison aide à se faire une idée : l’Inde, qui était aussi membre du Commonwealth, perdit « seulement » 0,02% des siens tandis que 2,2% de la population anglaise mourut.

En France, l’on n’est peu informé de l’effort de guerre canadien. De manière générale, en France, on s’intéresse peu au Canada. On nous parle des Etats-Unis, ces héros que l’on adule et déteste. Et de l’Angleterre, notre allié ambigu. Pourtant, sur la place de la Victoire aujourd’hui, le souvenir des morts est brûlant.

Célébration du Remembrance Day à Vancouver 11 novembre 2013. Crédits photo : CrossWorlds/Clara Wright

Célébration du Remembrance Day à Vancouver 11 novembre 2013. Crédits photo : CrossWorlds/Clara Wright

Célébration du Remembrance Day à Vancouver le 11 novembre 2013. Crédits photo : CrossWorlds/Clara Wright

Célébration du Remembrance Day à Vancouver le 11 novembre 2013. Crédits photo : CrossWorlds/Clara Wright

 

La cérémonie se déroule comme toute cérémonie : solennellement, entre chants et silences. Il n’y a pas de tristesse exagérée sur les visages. Il fait beau, c’est un jour férié, et la parade vient juste de commencer. Les vétérans sont les premiers à défiler, suivis des légions actuelles et enfin des cadets. Vieux et jeunes, ils semblent venir des quatre coins du monde avec leurs uniformes de toutes les couleurs et marchent tous sous le même drapeau canadien. Fiers, souriant à un public tout autant multiculturel que son armée. Pour le Remembrance day, l’élan patriotique paraît réunir les âmes.

Célébration du Remembrance Day à Vancouver 11 novembre 2013. Crédits photo : CrossWorlds/Clara Wright

Célébration du Remembrance Day à Vancouver 11 novembre 2013. Crédits photo : CrossWorlds/Clara Wright

 

Le parfait tableau ?

Le Remembrance Day a soulevé des polémiques cette année à Vancouver. Comme ce journaliste, dans le Vancouver Observer, qui déclare qu’il ne respectera pas les deux minutes de silence à 11h. Comment les respecter lorsque, des soldats anglais ayant combattu aux côtés du Canada se voient refuser la citoyenneté canadienne sous prétexte que l’Acte de Citoyenneté Canadienne, celui qui pour la première fois distingua le statut canadien de la nationalité anglaise, n’a pris effet qu’en 1947 ?

Ou comme cette journaliste, dans le Huffington post, qui refuse de porter son « poppy » cette année. Le poppy est un petit coquelicot de velours que les Canadiens arborent sur leurs vêtements pendant deux semaines jusqu’au Remebrance Day. L’idée vient du poème « In Flanders field », écrit par un Canadien, et de l’image d’un coquelicot qui pousserait à chaque fois qu’un soldat est mort.

Mais selon cette journaliste, le poppy a perdu son sens original et revêt aujourd’hui une dimension politique : celui qui porte le poppy adhèrerait, implicitement, à toutes les actions militaires du Canada. Ce à quoi elle s’oppose depuis que son pays a rejoint les troupes américaines en Afghanistan.

L’artiste Andy Everson a dessiné un poppy avec des motifs dits « indigènes », histoire d’être sûr que, si les canadiens ne sont pas enclins à écouter les revendications de ces peuples pour leurs terres et leurs droits, au moins, ils ne pourront ignorer l’effort de guerre et les sacrifices que ces derniers ont fait pour le Canada et aux côtés des Canadiens. L’image de ce poppy a été partagé plus d’un millier de fois sur Facebook.

Les Canadiens présents ce jour place de la Victoire portent le fameux poppy. Les meilleurs élèves répondent que c’est un modeste moyen de montrer leur soutien aux vétérans, les cancres avouent qu’il ajoute une touche de couleur à leur tenue.

Clara Wright

World War I : Canadians remember it too

 

November 11th, Remembrance Day. The Victory Square Cenotaph of Vancouver is crowded: today not only Canadians gather to remember their eldest who fought during the First World War, but remembrance day aims to remember all the wars Canada fought for. This year, “Remembrance day comes on the 60th anniversary of the Korean War” the Vancouver Sun explains, “Canadians who gather on the 11th hour of the 11th day of the 11th month will do so in memory of all conflicts, among them the Korean War” – 516 Canadian lost their lives in Korea.

Célébration du Remembrance Day à Vancouver 11 novembre 2013. Crédits photo : CrossWorlds/Clara Wright

Célébration du Remembrance Day à Vancouver 11 novembre 2013. Crédits photo : CrossWorlds/Clara Wright

 

But let’s focus on the First World War and a surprising observation: in 1914, Canadians also took up arms by the Entente power’s side, as a member of the Commonwealth. Their enthusiasm was impressive according to Canadian schoolbooks at least. By the end of 1914, the government’s goal was to have 50,000 soldiers in the Expeditionary Force; six months later, they were 150,000 soldiers as a huge number of volunteers enlisted. The commitment was the same when it came to financing the war: in 1915, the government asked for 50 millions of dollars, it collected twice that amount. Yet, enthusiasm decreased as the years went by In 1916, the Canadian Prime Minister promised Britain to gather 500 000 people, that is, a sixteenth of the whole population, but he only managed to send 330,000 people to war that year. In January 1918, conscription had to become mandatory. 

All in all: 56, 683 soldiers died according to the government’s statistics, more than 60,000 according to the Canadian encyclopaedia. If we stick to the government’s numbers, Canada lost 0,7% of its population during the war. As a comparison, India, which was also a Commonwealth country “only” lost 0,02% of its population, and the UK itself lost 2,2%.

In France, we are not told a lot about the Canadian participation in the war. In fact, in France, we are not interested in Canada in general. We know about the Americans, these heroes, who we both love and hate; and about the British, our ambiguous allies. However, here in the Victory place, the memory of the slain is burning.

Célébration du Remembrance Day à Vancouver 11 novembre 2013. Crédits photo : CrossWorlds/Clara Wright

Célébration du Remembrance Day à Vancouver 11 novembre 2013. Crédits photo : CrossWorlds/Clara Wright

Célébration du Remembrance Day à Vancouver 11 novembre 2013. Crédits photo : CrossWorlds/Clara Wright

Célébration du Remembrance Day à Vancouver 11 novembre 2013. Crédits photo : CrossWorlds/Clara Wright

 

The ceremony is like any other ceremony with appropriate times for singing and others for silence. Yet, there is no excessive sadness on the people’s faces. And that is understandable: it’s sunny, it’s a public holiday and the parade has just started. The veterans come first, warmly acclaimed by the public. Then the current legions march, quickly followed by the cadets. Young or old, according to the varied uniforms, they seem to come from all over the world – in the cadets’ ranks, the visible minority is white – but they all march under the same Canadian flag. Proudly and smiling to a just as much multicultural public. On Remembrance Day, patriotic momentum seems to connect the souls. The perfect scene.

But Remembrance Day has given rise to arguments in Vancouver.

This journalist for instance, who declares in the Vancouver Observer that he won’t respect anymore the two minutes of silence at 11 am. He has charges against the government and is determined to voice them. He stands up against the current legislation that does not give the Canadian citizenship to all the British soldiers who fought in the Canadian forces during World War I. A legislation that follows The Canadian Citizenship Act, the first act that created a status for the Canadians distinct from the British one, but which came into effect in 1947 only.

Or this other journalist, in the Huffington post,  who refused to wear her “poppy” this year. The idea of the poppy comes from the poem “In Flanders field”, written by a Canadian poet, from the moving image of poppies flowering wherever a soldier died. But, to her, nowadays, people who wear the red poppy do not “just (pay tribute to) the sacrifices made by soldiers in past wars”: they also show their adhesion to any military action led by Canada, such as Canada’s involvement, which is disturbing when you know Canadian soldiers were sent to Afghanistan to fight side by side with the US soldiers.

Actually, this year, if the poppy had a warlike message to spread, it would be the Indigenous one: an artist, Andy Everson, drew a poppy with aboriginal signs on it to make sure that, if Canadian people are not willing to recognize the legitimacy of the First Nations’ claims for their lands or for their rights, they will at least remember the effort of the latter during the war. The Everson’s poppy was shared more than a thousand times on Facebook.

However, such a standpoint seems far stretched when you actually ask people next to you why they are wearing the poppy: the best pupils answer that this is a humble way to pay tribute to their eldest, the dunces admit the poppy looks great on them. No warriors in the public, no warriors either in the badly organized ranks of the younger cadets, who, a bit confused and a bit happy, march to the beat of the drums.

Célébration du Remembrance Day à Vancouver 11 novembre 2013. Crédits photo : CrossWorlds/Clara Wright

Célébration du Remembrance Day à Vancouver 11 novembre 2013. Crédits photo : CrossWorlds/Clara Wright

 


@clarawright_

Halloween au Canada : la maîtresse en maillot de bain

Article de la première édition de Crossworlds (2013-2014 ).

A Vancouver, Halloween est l’occasion de souligner la différence de perception de l’enseignement entre le Canada et la France.

1er novembre 2013, lendemain de Halloween. Vancouver se repose après une semaine d’effervescence. Car ici, Halloween se prépare, que l’on ait 7 ou 77 ans. Sur le campus de l’Université de British Columbia (UBC), c’est une folie. Le jour J, les élèves viennent déguisés en cours, certains portent des masques. Les costumes sont réfléchis et diversifiés, parfois politisés, toujours drôles ou effrayants. UBC se transforme en un vrai microcosme avec les traditionnels vampires et citrouilles, mais aussi des sacs Ikea, des cafés Starbuck et des hamburgers ambulants. Personne ne craint de se pavaner en banane pour la journée, ou en infirmière beaucoup trop sexy pour être prise au sérieux – il faut dire que les canadiennes optent aisément pour des tenues courtes et vulgaires.

 

Best costumes in Vancouver. Credits photo - Mike Chatwick

Best costumes in Vancouver. Credits photo – Mike Chatwick

 

Personne n’a honte, même pas les professeurs. Sur Facebook, les élèves européens en échange s’extasient. Un pingouin enseigne un cours d’économie, une sorcière s’occupe du cours d’histoire. Pour ma part, l’invité auteur JJ Lee interrompt son émouvante présentation à propos de la mort de son père – qui était cruel, qui battait sa mère, qui a tué son chien – pour lancer sur les élèves des dizaines de gâteaux et bonbons et gesticuler d’un bout à l’autre de l’amphithéâtre en criant: « Candies for everybody ! It’s Halloween ! ».

 

Activité sur Facebook le jour d'Halloween. Credits photo - Clara

Activité sur Facebook le jour d’Halloween. Credits photo – Clara

 

Cela peut paraître anecdotique : un déguisement pour Halloween, quelques professeurs revêtant leurs costumes de jeunesse. Mais, premièrement, l’enthousiasme pour Halloween ne touche pas que les adultes en relation avec les jeunes, il suffit de se balader dans Vancouver pour s’en rendre compte. Deuxièmement, la facilité avec laquelle les professeurs se prêtent au jeu révèle une vision de l’enseignement différente de la perception française : ici, le professeur n’est pas cet imposant homme en costume, demandant que l’on se lève lorsqu’il entre dans la classe, qui fait les cent pas devant le tableau noir, marquant ses phrases avec des coups de décimètre jaune sur son bureau, exigeant ponctualité, attention et manières de l’élève. Ici, le prof’ est « sympa » : il veut qu’on l’appelle par son prénom, il porte un jean, il raconte des blagues. Il vend son cours.

Oui, enseigner est un « service », au sens commercial du terme. Les deux premières semaines du semestre, pendant la période de « Add and drop », les élèves peuvent essayer différents cours et ensuite choisir lesquels ils souhaitent suivre. Ainsi, les premiers cours ne « servent » à rien : le professeur raconte sa vie, les élèves racontent la leur. Il y a quelque chose de très frustrant à assister à des cours où l’on n’apprend rien ; puis il y a quelque chose d’étonnamment enrichissant lorsqu’on se rend compte à quel point nous sommes scolaires. Qui peut qualifier un cours « d’inutile » ? Parce que je n’ai pas trois papers à écrire, un exposé à préparer, des examens en bonne et due forme, je n’ai pas l’impression d’apprendre. Je ne saisis donc pas que le professeur, en discutant avec l’élève, essaie d’établir un climat de confiance qui l’aidera certainement à véhiculer son savoir par la suite. Un peu comme Obama aux Etats-Unis, qui commence chaque discours politique par une boutade. Je ne comprends pas non plus que les « Teaching Assistants », des étudiants de 25 ans en master, sont réellement là pour nous aider durant les « office hours » si nous avons raté un cours et non pas là pour tenir une fiche d’assiduité.

Dessin tiré du site radio-canada.

Dessin tiré du site radio-canada.

 

Il n’y a pas de piège dans une salle de classe au Canada. Il est même d’ailleurs plus qu’encouragé de prendre la parole, et cela même pour une intervention qu’un enseignant français jugerait « non pertinente ». Après deux mois d’échange à Vancouver, les élèves ne me paraissent plus aussi distraits que les premiers jours. Même s’ils arrivent en retard, un skate à la main et avec nonchalance, ils ont lu tous leurs « readings » et ne tricheront jamais lors d’un exam. J’ai d’ailleurs été informée par ma colocataire que la délation était répandue, mais ça, c’est une autre histoire.

Difficile néanmoins d’établir une opinion tranchée sur le rapport « potes » étudiant-professeur. Après avoir discuté avec des élèves européens et nord-américains, il semble que cette « friendly » relation ne perturbe que les premiers. Mais il faudrait être vraiment très autonome, mature et motivé pour réussir à travailler lorsque, au bout de vingt minutes de cours, l’enseignant « comprend » que les élèves s’endorment. Ou lorsque votre professeur de sociologie vous explique les règles du jeu qu’elle vient d’inventer : à chaque fois que son portable joue une sonnerie d’ultrasons, vous devez vous jeter sous votre bureau. « Ca relaxe », apparemment. Certains enseignants sont très créatifs, et n’ont pas peur d’user de leur talent pour attirer l’attention des élèves. D’ailleurs, hier, en plein cours, mon professeur d’écriture créative a hurlé : « Raise your hands if your life is a comedy ! ». Croyez-moi ou non, mais certains élèves – dont Mario et Luigi – se sont même levés. Comme quoi, cela fonctionne.

 

Clara.